Le Parlement européen a adopté, jeudi 18 juin 2026 à Strasbourg, une loi imposant l’utilisation d’une part croissante de plastique recyclé dans la fabrication des automobiles neuves. Voté par 437 voix pour, 112 contre et 20 abstentions, ce texte s’inscrit dans une logique d’économie circulaire visant à réduire les déchets plastiques et à renforcer la durabilité du secteur automobile. Selon Le Figaro, cette mesure résulte d’un compromis ardu entre législateurs et industriels, après des mois de négociations serrées.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Parlement européen a validé une loi rendant obligatoire l’incorporation de 15 % de plastique recyclé dans les voitures neuves d’ici 2032, puis 25 % d’ici 2036.
  • L’objectif initial de la Commission européenne prévoyait un taux de 25 % dès 2032, mais les constructeurs ont obtenu un délai étendu.
  • 20 % des plastiques recyclés devront provenir d’une filière en boucle fermée, c’est-à-dire issus de véhicules en fin de vie.
  • Les constructeurs devront prendre en charge les coûts de collecte et de traitement des voitures hors d’usage trois ans après l’entrée en vigueur des règles.
  • L’industrie automobile représente 10 % de la consommation totale de plastique dans l’UE et 19 % de la demande en sidérurgie.

Cette législation s’inscrit dans un cadre plus large de transition écologique, alors que la fabrication automobile consomme une part significative des ressources européennes. En 2023, l’Union européenne a produit 14,8 millions de véhicules, tandis que 6,5 millions de voitures atteignaient leur fin de vie chaque année. Le compromis adopté par les eurodéputés reflète les tensions entre ambition environnementale et réalisme industriel, alors que le secteur reste l’un des plus gourmands en matières premières.

Le texte a été porté par les corapporteurs Jens Gieseke et Paulius Saudargas (PPE, droite), qui saluent des « mesures importantes pour accélérer la transition du secteur », avec des « objectifs réalistes » pour les constructeurs. Leur satisfaction contraste avec les critiques des organisations environnementales, qui dénoncent des délais jugés trop longs. « C’est un recul politique sous la pression de l’industrie », estime Fynn Hauschke, membre du Bureau européen de l’environnement, une coalition d’ONG. Il regrette également l’absence de mesures pour limiter la taille ou le nombre de véhicules produits.

« Les délais accordés aux constructeurs sont un cas d’école de recul face aux lobbies industriels. Aucune action n’est prévue pour réduire l’impact environnemental global des voitures, seulement pour recycler une partie de leurs déchets. »
— Fynn Hauschke, Bureau européen de l’environnement

Les nouvelles règles imposent aux constructeurs de couvrir, trois ans après leur entrée en vigueur, les coûts de collecte et de traitement des véhicules en fin de vie. Cette obligation s’inscrit dans le principe de « responsabilité élargie des producteurs », déjà appliqué dans d’autres secteurs comme l’électronique. Elle vise à inciter les fabricants à concevoir des véhicules plus facilement recyclables et à financer la filière de récupération des matériaux.

Parmi les contraintes imposées, 20 % des plastiques recyclés utilisés devront provenir du recyclage en boucle fermée, c’est-à-dire issus de véhicules mis au rebut. Cette exigence devrait favoriser le développement de filières dédiées au traitement des épaves automobiles, un secteur encore en développement dans plusieurs États membres. Les constructeurs auront jusqu’en 2032 pour atteindre un taux global de 15 % de plastique recyclé, puis de 25 % en 2036 – un calendrier bien moins ambitieux que la proposition initiale de la Commission européenne, qui visait 25 % dès 2032.

La mesure divise les acteurs du secteur. Certains constructeurs, comme Renault ou BMW, ont déjà commencé à intégrer des plastiques recyclés dans leurs modèles, notamment pour les éléments intérieurs ou les pièces techniques. D’autres, notamment les fabricants de véhicules haut de gamme ou de sports utilitaires, redoutent une hausse des coûts et des contraintes techniques. « Atteindre 15 % de plastique recyclé en six ans est un défi logistique et industriel », a reconnu un responsable de la filière, sous couvert d’anonymat. « Il faudra revoir les processus de production, former les équipes et sécuriser les approvisionnements ».

Et maintenant ?

La loi doit encore être formellement approuvée par le Conseil de l’Union européenne avant d’entrer en vigueur. Une fois ratifiée, elle s’appliquera progressivement à partir de 2029, avec une montée en puissance des exigences jusqu’en 2036. Les constructeurs auront donc trois ans pour se préparer à la première échéance, notamment en développant des partenariats avec des recycleurs et en adaptant leurs chaînes de production. Les associations environnementales, elles, appellent déjà à renforcer les obligations, notamment en limitant la taille des véhicules ou en imposant des objectifs plus stricts pour les matériaux autres que le plastique. Le débat sur l’impact réel de cette mesure sur l’empreinte carbone de l’industrie automobile reste donc ouvert.

Cette initiative s’ajoute à d’autres réglementations européennes visant à verdir le secteur automobile, comme l’interdiction des véhicules thermiques neufs à partir de 2035. Elle reflète une volonté croissante de l’UE de réduire l’empreinte écologique de ses industries, tout en préservant leur compétitivité. Reste à voir si les délais accordés aux constructeurs suffiront à concilier ces deux impératifs.

La loi ne précise pas de catégories spécifiques de plastiques, mais elle exige que 20 % des plastiques recyclés proviennent d’une filière en boucle fermée, c’est-à-dire issus de véhicules en fin de vie. Les autres matériaux pourront provenir de sources extérieures, comme les emballages ou les déchets industriels, à condition qu’ils respectent les normes de qualité et de sécurité requises pour une utilisation dans l’automobile.

Les coûts seront intégrés dans le prix de vente des nouveaux véhicules, selon le principe de la « responsabilité élargie des producteurs ». Trois ans après l’entrée en vigueur de la loi, les constructeurs devront prendre en charge l’intégralité des frais de collecte, de démantèlement et de recyclage des voitures qu’ils mettent sur le marché. Ce système existe déjà dans certains pays, comme la France avec le dispositif Citeo pour les emballages.