L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité ce lundi une loi issue du Sénat, permettant enfin la restitution à la Guyane des dépouilles de six Amérindiens, décédés après avoir été exhibés au Jardin d’acclimatation de Paris en 1892. Ces restes, conservés en France depuis plus d’un siècle, vont donc pouvoir regagner leur terre d’origine, selon Libération.

Ce qu'il faut retenir

  • 130 ans après leur mort, les six Amérindiens exposés dans un « zoo humain » en 1892 voient leurs restes enfin restitués à la Guyane.
  • La loi, votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale ce 15 juin 2026, est issue d’une proposition sénatoriale.
  • Les dépouilles étaient conservées en France depuis leur mort, survenue après leur exposition au Jardin d’acclimatation.
  • Cette restitution s’inscrit dans un mouvement plus large de reconnaissance des violences coloniales et de réparation.

Un retour longtemps retardé

En 1892, six Amérindiens, probablement originaires de Guyane, furent exhibés au Jardin d’acclimatation de Paris dans le cadre d’une exposition ethnographique. Ces « zoos humains », alors en vogue en Europe, consistaient à présenter des êtres humains comme des curiosités, souvent dans des conditions dégradantes. Les six personnes exposées sont mortes peu après leur arrivée en France, et leurs dépouilles ont été conservées à des fins scientifiques ou muséales.

Longtemps ignoré, ce dossier a refait surface grâce à des associations de défense des droits des peuples autochtones et à des élus guyanais. Après des années de mobilisation, le Sénat a adopté une première loi en 2024, avant que l’Assemblée nationale ne valide définitivement le texte ce 15 juin 2026.

Un vote historique et unanime

Le projet de loi, porté par des sénateurs de tous bords politiques, a été adopté sans opposition à l’Assemblée nationale. « C’est un symbole fort de reconnaissance des crimes coloniaux et de réparation », a déclaré Cécile Muschotti, rapporteure du texte à l’Assemblée. Elle a rappelé que ces restitutions s’inscrivaient dans une dynamique internationale, citant les exemples de la restitution des restes de Sarah Baartman ou des bronzes du Bénin.

Le gouvernement, par la voix du ministre des Outre-mer, a salué une « avancée majeure » pour les communautés amérindiennes de Guyane. « Nous ne pouvons effacer le passé, mais nous pouvons réparer une partie de ses conséquences », a-t-il souligné.

Les modalités pratiques de la restitution

Les restes des six Amérindiens seront transférés vers la Guyane d’ici la fin de l’année 2026, après une phase de consultation avec les familles et les communautés concernées. Les autorités guyanaises ont indiqué qu’une cérémonie d’accueil serait organisée à leur arrivée, en présence des représentants des peuples autochtones.

Une commission scientifique franco-guyanaise sera chargée de déterminer les conditions de conservation et de restitution des dépouilles, dans le respect des traditions et des croyances amérindiennes. « Nous travaillons main dans la main avec les communautés locales pour que cette restitution soit respectueuse et porteuse de sens », a précisé Rodolphe Alexandre, président de la Collectivité territoriale de Guyane.

Et maintenant ?

Cette restitution pourrait ouvrir la voie à d’autres demandes similaires, notamment pour les autres dépouilles amérindiennes encore conservées en France. Les associations de défense des droits autochtones appellent déjà à une loi-cadre sur la restitution des biens culturels et des restes humains aux peuples spoliés. Une mission parlementaire devrait être lancée d’ici la fin de l’année pour évaluer l’opportunité d’un tel texte.

Par ailleurs, cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de réflexion sur la mémoire coloniale en France. Des initiatives similaires ont été lancées pour les restes humains conservés dans les musées nationaux, mais leur mise en œuvre reste lente. La restitution des six Amérindiens de 1892 pourrait donc accélérer ce mouvement.

Une question reste en suspens : celle des compensations financières ou symboliques pour les communautés autochtones, souvent victimes de discriminations persistantes. Les associations espèrent que cette restitution ne sera qu’une première étape vers une véritable réconciliation.

À la fin du XIXe siècle, les « zoos humains » étaient courants en Europe. Les dépouilles des personnes exhibées étaient souvent conservées dans des musées ou des collections scientifiques, parfois à des fins de recherche raciale. Ces pratiques, aujourd’hui considérées comme des violations graves des droits humains, ont laissé des traces encore visibles dans les institutions françaises.