Les cent premières entreprises européennes cotées en Bourse ont distribué, en 2025, près de 70 % de leurs bénéfices sous forme de dividendes à leurs actionnaires. C’est ce que révèle un rapport publié ce mardi par l’ONG Oxfam, qui souligne que cette pratique alimente les inégalités en Europe en limitant les investissements dans l’emploi et l’innovation. Selon Libération, qui publie ces données, cette tendance s’est accentuée ces dernières années, au détriment des salariés et des politiques sociales.

Ce qu'il faut retenir

  • Les 100 plus grandes entreprises européennes ont reversé 70 % de leurs bénéfices aux actionnaires en 2025.
  • Cette part est en hausse, au détriment des investissements dans l’emploi et l’innovation.
  • L’ONG Oxfam dénonce un système qui creuse les inégalités en Europe.
  • Les dividendes ont été privilégiés par rapport aux rémunérations des salariés ou aux politiques sociales.
  • Le rapport met en lumière une déséquilibre structurel dans la répartition des richesses produites.

Un modèle économique au service des actionnaires

Le rapport d’Oxfam, intitulé « Dividendes contre emplois : comment les grandes entreprises européennes alimentent les inégalités », analyse les stratégies financières des 100 plus grandes capitalisations boursières du continent. Comme le rapporte Libération, ces entreprises ont versé près de 70 % de leurs bénéfices sous forme de dividendes en 2025, un niveau historiquement élevé. Pour comparaison, cette part n’était que de 55 % en 2010, ce qui illustre une accélération de cette tendance ces quinze dernières années.

Les auteurs du rapport pointent du doigt un choix délibéré : les dirigeants et conseils d’administration de ces groupes privilégient systématiquement la rémunération des actionnaires à court terme, plutôt que des investissements dans la formation des salariés, la recherche ou des hausses de salaires. « Les entreprises européennes ont choisi de maximiser les profits pour leurs actionnaires, au détriment des travailleurs et des services publics », a déclaré Max Lawson, responsable des politiques de justice fiscale chez Oxfam.

Des conséquences sociales et économiques mesurables

Cette politique de dividendes généreux a des répercussions concrètes sur l’économie européenne. D’après le rapport, les 100 entreprises étudiées ont versé près de 500 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2025, un montant équivalent à 1,5 % du PIB de l’Union européenne. Autant dire que ces fonds, s’ils avaient été réinvestis dans les salaires ou les infrastructures, auraient pu avoir un impact significatif sur la croissance et l’emploi.

Par ailleurs, les auteurs du rapport soulignent que cette dynamique contribue à creuser les écarts de richesse entre les actionnaires — souvent des ménages aisés — et les salariés, dont les rémunérations stagnent ou progressent bien moins vite que les dividendes. « Les inégalités en Europe sont en partie le résultat de ces choix stratégiques », a rappelé Lawson, qui insiste sur le rôle des États dans la régulation de ces pratiques.

Des secteurs particulièrement concernés

Le rapport d’Oxfam identifie plusieurs secteurs où cette logique de dividendes élevés est particulièrement marquée. Les entreprises énergétiques, les banques et les géants de la pharmacie figurent en tête de liste. Ces secteurs bénéficient souvent de rentes de situation, comme des monopoles ou des subventions publiques, tout en redistribuant une part disproportionnée de leurs bénéfices à leurs actionnaires. Selon Libération, certaines entreprises du CAC 40, par exemple, affichent des taux de distribution supérieurs à 80 %, là où la moyenne des entreprises européennes se situe autour de 70 %.

Les auteurs du rapport appellent à une réforme des règles de gouvernance d’entreprise, afin d’imposer un rééquilibrage entre la rémunération des actionnaires et celle des salariés. Ils proposent notamment d’introduire des quotas de réinvestissement ou de limiter les dividendes dans les entreprises bénéficiant de subventions publiques.

Et maintenant ?

La publication de ce rapport intervient à quelques semaines de l’examen, par le Parlement européen, d’un projet de directive visant à renforcer la transparence des rémunérations dans les grandes entreprises. Ce texte, s’il est adopté, pourrait contraindre les groupes cotés à publier des rapports détaillés sur la répartition de leurs bénéfices entre actionnaires, salariés et investissements. Une première étape, selon Oxfam, mais insuffisante pour inverser la tendance.

Les prochaines étapes dépendront aussi des États membres, qui pourraient choisir d’encadrer davantage les pratiques des entreprises installées sur leur territoire. Pour l’instant, aucun calendrier précis n’a été annoncé, mais les discussions devraient s’intensifier d’ici la fin de l’année.

La question reste entière : ces mesures suffiront-elles à rééquilibrer la répartition des richesses en Europe, ou les actionnaires continueront-ils à capter une part toujours plus grande des bénéfices ?

D’après le rapport d’Oxfam, les secteurs de l’énergie, de la finance et de la pharmacie sont particulièrement touchés. Certaines entreprises du CAC 40, comme TotalEnergies ou LVMH, affichent des taux de distribution de dividendes supérieurs à 80 %, selon les données compilées par Libération.