Fin 2024, la France comptait 18,2 millions de personnes percevant une pension, selon les dernières données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), compilées par Capital. Parmi elles, 17,3 millions étaient des retraités de droit direct, dont 718 000 primo-liquidants, tandis que 900 000 bénéficiaient uniquement d’une pension de réversion — une prestation majoritairement perçue par des femmes. Ces chiffres illustrent l’ampleur du système de retraite français, confronté à l’allongement de l’espérance de vie et à l’évolution démographique.
Ce qu'il faut retenir
- 18,2 millions de retraités en France fin 2024, dont 17,3 millions de retraités de droit direct et 900 000 bénéficiaires d’une pension de réversion.
- Pension moyenne brute de 1 705 euros par mois pour les retraités résidant en France, en hausse de 0,8 % par rapport à 2023.
- Écart de 36 % entre les pensions des femmes et celles des hommes, une différence qui s’atténue à 25 % si l’on inclut les pensions de réversion.
- Âge moyen de départ à la retraite de 63 ans et 7 mois pour le régime général, et de 63 ans et 2 mois pour la fonction publique civile de l’État, en hausse par rapport à 2023.
- 718 000 nouveaux retraités en 2024, un chiffre appelé à augmenter chaque année avec le vieillissement de la population.
Côté montants, la pension moyenne brute de droit direct s’établissait à 1 705 euros par mois pour les retraités résidant en France à la fin de l’année 2024. Ce chiffre, en progression de 0,8 % par rapport à 2023, reste avant tout une moyenne statistique. « Ce montant cache de grands écarts, allant des très petites pensions aux retraites très élevées », souligne Marylin Vilardebo, PDG d’Origami&Co, interrogée par Capital. Autant dire que ce chiffre ne reflète pas la diversité des situations individuelles, entre carrières incomplètes, temps partiel subi ou périodes de chômage.
Les inégalités entre hommes et femmes persistent, même si elles tendent à se réduire progressivement. La pension moyenne des femmes est inférieure de 36 % à celle des hommes lorsqu’on ne prend en compte que les pensions de droit direct. Cette différence s’explique en grande partie par les écarts de salaire tout au long de la carrière, mais aussi par des carrières souvent plus hachées pour les femmes, notamment en raison des maternités ou de l’accompagnement des enfants. « Même si ce chiffre va évoluer dans les prochaines années, il confirme les enjeux de réformes et de validation des trimestres pour les femmes ayant eu des enfants », précise Marylin Vilardebo. En incluant les pensions de réversion, cet écart se réduit à 25 %, les femmes étant majoritaires parmi les bénéficiaires de cette prestation.
Un âge de départ en hausse, sous l’effet des réformes
L’âge moyen de départ à la retraite a également augmenté en 2024. Dans le régime général, il s’établissait à 63 ans et 7 mois, soit un mois de plus qu’en 2023. Pour la fonction publique civile de l’État, la hausse est plus marquée : l’âge moyen de départ est passé à 63 ans et 2 mois, soit cinq mois supplémentaires par rapport à l’année précédente. « Cette augmentation s’explique par la réforme des retraites, et l’âge légal va continuer de progresser », rappelle Marylin Vilardebo. Cette évolution crée des situations complexes pour de nombreux salariés, notamment ceux qui, ayant quitté le marché du travail avant l’âge légal, se retrouvent sans emploi et dépendants des allocations de subsistance versées par France Travail en attendant d’atteindre l’âge de la retraite.
Le nombre de nouveaux retraités continue par ailleurs d’augmenter chaque année. En 2024, on dénombrait 718 000 primo-liquidants, un chiffre qui devrait continuer de croître dans les années à venir. « Chaque année, le nombre de nouveaux retraités va augmenter », anticipe la PDG d’Origami&Co. Cette dynamique s’explique par le vieillissement de la population et l’arrivée à la retraite des générations du baby-boom, dont les carrières ont souvent été longues et continues. Pour autant, ce vieillissement pose des défis majeurs pour le système de retraite, déjà sous tension en raison de l’allongement de la durée de vie.
Les pensions de réversion : un filet de sécurité principalement féminin
Parmi les 18,2 millions de personnes percevant une pension fin 2024, 900 000 bénéficiaient uniquement d’une pension de réversion, une prestation versée au conjoint survivant — et dans 90 % des cas à des femmes. Ces pensions, souvent modestes, jouent un rôle crucial pour éviter la précarité des veuves ou veufs âgés. Leur montant varie en fonction des revenus du défunt et du régime de retraite concerné, mais elles représentent parfois le seul revenu pour des milliers de ménages.
Le système des pensions de réversion reste marqué par des inégalités de genre. Les femmes, plus souvent en situation de veuvage et ayant des carrières moins favorables, sont surreprésentées parmi les bénéficiaires. « La pension de réversion permet de réduire l’écart entre les hommes et les femmes, mais elle ne suffit pas à compenser totalement les inégalités accumulées tout au long de la carrière », analyse Marylin Vilardebo. Les réformes successives du système de retraite, comme celle de 2023, ont parfois complexifié les conditions d’accès à cette prestation, notamment en relevant l’âge minimal ou en durcissant les critères de ressources.
Dans ce contexte, la question des petites pensions et de l’adéquation entre le montant des retraites et le coût de la vie reste un sujet de préoccupation majeur. Plusieurs pistes sont évoquées pour y répondre : revalorisation plus forte des petites pensions, création de dispositifs spécifiques pour les carrières hachées, ou encore incitations à l’épargne retraite. Pour les retraités actuels et futurs, ces évolutions pourraient faire la différence entre une retraite sereine et une précarité accrue.
Enfin, la question de la pérennité du système de retraite français reste entière. Avec un ratio de plus en plus faible entre actifs et retraités, les débats sur le financement des pensions — via l’augmentation des cotisations, le report de l’âge légal ou encore l’élargissement de l’assiette des prélèvements — devraient s’intensifier dans les années à venir. Les prochaines élections et la situation économique du pays joueront un rôle clé dans ces arbitrages.
Une pension de droit direct est versée à une personne ayant cotisé suffisamment pendant sa carrière, tandis qu’une pension de réversion est une prestation versée au conjoint survivant (ou à d’autres ayants droit) après le décès du bénéficiaire. Cette dernière est donc liée au statut du défunt et non à celui du survivant.
Le montant de la pension de réversion dépend des revenus du défunt et du régime de retraite concerné (régime général, fonction publique, régimes spéciaux, etc.). En 2026, son montant est généralement plafonné à 54 % de la pension du défunt pour le régime général, sous conditions de ressources. Chaque régime a ses propres règles.