La Banque de France anticipe un ralentissement marqué de la croissance française en 2026, en raison d’un choc énergétique dont les effets se maintiendront « quoi qu’il arrive » à court terme, a annoncé son nouveau gouverneur, Emmanuel Moulin, vendredi 6 juin sur LinkedIn. Selon BFM Business, l’institution monétaire doit officialiser mardi 10 juin ses nouvelles prévisions pour l’économie française, après une première estimation de 0,9 % publiée en avril. Ces chiffres devraient être révisés à la baisse, dans un contexte où la Banque centrale européenne (BCE) vient de relever ses taux directeurs pour contenir une inflation persistante, alimentée par la flambée des prix de l’énergie.

Ce qu'il faut retenir

  • La Banque de France révise en baisse ses prévisions de croissance pour 2026, initialement fixées à 0,9 % en avril, selon BFM Business.
  • Le choc énergétique issu du conflit au Moyen-Orient sera « persistant » malgré l’évolution géopolitique, selon Emmanuel Moulin, nouveau gouverneur de la Banque de France.
  • La BCE a augmenté ses taux directeurs de 25 points de base jeudi, une décision unanime visant à limiter les risques de spirale inflationniste.
  • L’inflation en France atteint 2,4 % sur un an en mai, tirée par la hausse des prix de l’énergie, selon l’Insee.
  • Le FMI avait déjà revu à la baisse sa prévision pour 2026, passant de 0,9 % à 0,7 % en mai, saluant la réponse « limitée, temporaire et ciblée » du gouvernement.

Une croissance française en net recul pour 2026

La Banque de France doit publier mardi ses nouvelles projections macroéconomiques pour 2026, qui s’annoncent bien en deçà des attentes initiales. En avril, l’institution tablait sur une croissance de 0,9 %, mais cette estimation devrait être revue à la baisse, notamment en raison de la dégradation du contexte énergétique. Cette révision s’inscrit dans la lignée des prévisions du Fonds monétaire international (FMI), qui a déjà abaissé sa propre estimation de 0,9 % à 0,7 % en mai. Le gouvernement français, de son côté, avait légèrement ajusté sa prévision mi-avril, passant de 1 % à 0,9 %, tout en qualifiant sa réponse à la crise énergétique de « limitée, temporaire et ciblée ».

Un choc énergétique appelé à durer, malgré les incertitudes géopolitiques

Emmanuel Moulin, ancien secrétaire général de l’Élysée et désormais à la tête de la Banque de France, a souligné vendredi sur LinkedIn que le choc énergétique issu de la guerre au Moyen-Orient resterait « persistant » quel que soit l’évolution géopolitique à court terme. Cette analyse rejoint les craintes des économistes, qui anticipent une transmission progressive de la hausse des prix de l’énergie aux autres composantes du panier de consommation. « La hausse des prix du pétrole et du gaz a commencé à se transmettre aux autres prix du panier de consommation, notamment aux prix de certains services, même si nous ne voyons pas encore d’effets de second tour via les salaires », a-t-il précisé.

Cette situation a déjà un impact visible sur l’inflation en France. Selon les dernières données de l’Insee publiées vendredi, les prix à la consommation ont progressé de 2,4 % sur un an en mai, après une hausse de 2,2 % en avril. Cette accélération s’explique principalement par la flambée des prix de l’énergie, elle-même liée au conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, ainsi qu’à la fermeture du détroit d’Ormuz.

La BCE serre la vis monétaire pour éviter une spirale inflationniste

Jeudi, la Banque centrale européenne a décidé d’augmenter ses taux directeurs de 25 points de base, une décision prise à l’unanimité par les membres du directoire. Cette mesure, largement anticipée par les marchés, vise à « contenir » le risque de spirale inflationniste, alors que les pressions sur les prix restent fortes. « Cette décision sur les taux d’intérêt s’impose pour s’assurer que les effets de second tour restent contenus », a défendu Emmanuel Moulin. Les « effets de second tour » désignent la diffusion de la hausse des prix de l’énergie à d’autres secteurs de l’économie, avec un risque d’emballement de l’inflation si les salaires suivent cette tendance.

La BCE justifie sa décision par la nécessité de maintenir la stabilité des prix, alors que l’inflation en zone euro reste supérieure à l’objectif de 2 % à moyen terme. Certains économistes, cependant, jugent cette hausse des taux risquée dans un contexte de croissance ralentie et en l’absence, à ce stade, de diffusion généralisée des hausses de prix. « Nous prenons au sérieux les pressions inflationnistes et sommes déterminés à ramener la hausse des prix à notre cible de 2 % à moyen terme », a rappelé le gouverneur de la Banque de France.

Une inflation sous haute surveillance

Les dernières données de l’Insee confirment que l’inflation en France reste tirée par les prix de l’énergie, qui ont connu une accélération notable depuis le début du conflit au Moyen-Orient. En mai, l’indice des prix à la consommation a atteint 2,4 % sur un an, contre 2,2 % en avril. Cette tendance s’explique par la transmission progressive de la hausse des coûts énergétiques aux autres postes de dépenses, bien que les effets sur les salaires restent pour l’instant limités. « Nous ne voyons pas encore d’effets de second tour via les salaires », a tempéré Emmanuel Moulin, tout en insistant sur la vigilance de la Banque de France face à ce risque.

Cette situation a également conduit le FMI à revoir ses prévisions pour la France, passant de 0,9 % à 0,7 % de croissance en 2026. L’institution internationale a salué la réponse du gouvernement français, qu’elle juge « appropriée » et adaptée à la crise énergétique actuelle. Le gouvernement, dirigé par Sébastien Lecornu, avait en effet ajusté sa propre prévision à 0,9 % en avril, après l’avoir initialement fixée à 1 %.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact réel du choc énergétique sur l’économie française. La publication des nouvelles prévisions de la Banque de France mardi 10 juin devrait apporter des éléments concrets sur l’ampleur du ralentissement attendu. Dans le même temps, la BCE devra poursuivre son suivi de l’inflation, avec une attention particulière portée à la transmission des hausses de prix de l’énergie aux autres secteurs. Reste à voir si les mesures prises suffiront à éviter une spirale inflationniste, alors que la croissance reste fragile et que les incertitudes géopolitiques persistent.

Ce contexte économique tendu intervient alors que la France fait face à des défis structurels, notamment en matière de transition énergétique et de compétitivité industrielle. La capacité des pouvoirs publics à limiter l’impact du choc énergétique sur le pouvoir d’achat des ménages et la santé des entreprises sera déterminante pour les mois à venir. La Banque de France, comme la BCE, devront donc naviguer entre le maintien de la stabilité des prix et le soutien à une croissance déjà affaiblie.

La révision à la baisse des prévisions de croissance s’explique principalement par l’impact du choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient. Selon Emmanuel Moulin, ce choc restera « persistant » malgré les évolutions géopolitiques à court terme. La transmission de la hausse des prix de l’énergie aux autres secteurs de l’économie, ainsi que les décisions de la BCE visant à contenir l’inflation, contribuent également à ce ralentissement anticipé.

Les risques d’une spirale inflationniste en France proviennent principalement de la transmission de la hausse des prix de l’énergie aux autres secteurs de l’économie, notamment via les salaires. Si les entreprises répercutent les hausses de coûts sur leurs prix, et que les salariés obtiennent des augmentations pour compenser la perte de pouvoir d’achat, cela peut alimenter une boucle prix-salaires difficile à briser. La BCE et la Banque de France surveillent de près ce risque pour éviter une inflation durable au-dessus de leur objectif de 2 %.