Selon nos confrères de Ouest France à la une, les affiches de santé qui parsèment les murs des salles d’attente ne sont pas neutres, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Les slogans de ces affiches, tels que « N’attendez pas les premiers effets des fortes chaleurs », « Debout, chez vous – 10 astuces anti-sédentarité », « Avec le cannabis, on peut vite se sentir dépassé », « Pour un mode de vie plus équilibré, chaque petit pas compte », constituent autant de rappels destinés à inciter les individus à faire les bons gestes et à adopter les bons comportements pour leur santé.

Cependant, ces affiches sont également des outils de normalisation qui individualisent des problèmes collectifs, construisent un référentiel universel trompeur et occultent les inégalités sociales, matérielles ou linguistiques qui rendent certains comportements difficiles, voire impossibles. Elles déplacent subtilement les responsabilités collectives vers les individus, sous couvert d’aide ou de prévention.

Ce qu'il faut retenir

  • Les affiches de santé sont des outils de normalisation qui individualisent des problèmes collectifs.
  • Elles construisent un référentiel universel trompeur et occultent les inégalités sociales, matérielles ou linguistiques.
  • Elles déplacent subtilement les responsabilités collectives vers les individus.

La prévention et la promotion de la santé

La prévention, telle qu’elle est mise en scène dans la plupart des affiches, repose sur la discipline individuelle. Les messages proposés visent à éviter un risque ou l’aggravation d’une pathologie en demandant aux individus d’adopter un « bon » comportement. En revanche, la promotion de la santé vise à transformer l’environnement social pour rendre les comportements souhaités possibles.

Cette approche relève d’une tout autre logique, qui consiste à créer les conditions favorables à l’action, plutôt que de simplement dire aux individus quoi faire. Il s’agit d’horaires adaptés, de renforcement de l’accueil, de simplification administrative, de médiation linguistique, etc.

La fabrique du « bon patient »

Les travaux du philosophe français Michel Foucault et du sociologue britannique Nikolas Rose constituent un cadre d’analyse particulièrement opérant pour comprendre les ressorts de cette orientation. La biopolitique désigne la manière dont le pouvoir s’exerce non plus uniquement sur les territoires et les lois, mais directement sur la vie des individus et des populations.

Les institutions modernes gèrent également les populations par le biais de la santé, de la natalité, de l’hygiène, etc. L’État ne contrôle plus directement l’individu, mais l’incite à s’autodiscipliner et à s’autoréguler. C’est ainsi que les individus sont sommés de devenir des acteurs actifs de leur propre santé, sous peine d’être considérés comme irresponsables, voire coupables.

Entre humour et culpabilité

L’affiche des « lapins posés aux rendez-vous médicaux » est un exemple très parlant de ce type de processus. Cette campagne de sensibilisation à la gestion du parcours de soin transforme un problème systémique en faute individuelle, à travers un dispositif graphique, langagier et moral, politiquement et économiquement pensé.

Le message véhiculé par cette affiche est de culpabiliser les patients « défaillants ». À sa lecture, le lecteur est engagé dans une sorte de dette symbolique envers les soignants. Le soin se trouve ainsi dépolitisé ; c’est le comportement individuel – ici, le fait de ne pas honorer un rendez-vous – qui serait responsable de la dégradation du système, plutôt que ses limites structurelles.

Et maintenant ?

Les affiches de santé continueront-elles à jouer un rôle important dans la formation du « bon patient » ? Quelles seront les prochaines étapes dans la promotion de la santé et la prévention des maladies ? Les institutions prendront-elles en compte les inégalités sociales, matérielles ou linguistiques qui rendent certains comportements difficiles, voire impossibles ?

Il reste à voir comment les campagnes de sensibilisation à la santé évolueront pour prendre en compte ces facteurs et promouvoir une véritable culture de la santé, qui ne se limite pas à la discipline individuelle, mais qui vise à transformer l’environnement social pour rendre les comportements souhaités possibles.

En conclusion, les affiches de santé sont des outils de normalisation qui individualisent des problèmes collectifs et déplacent subtilement les responsabilités collectives vers les individus. Il est essentiel de prendre en compte les inégalités sociales, matérielles ou linguistiques qui rendent certains comportements difficiles, voire impossibles, pour promouvoir une véritable culture de la santé.