Malgré l’omniprésence des smartphones et des applications GPS, les cartes de randonnée de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) continuent de séduire les amateurs de pleine nature. Un million d’exemplaires sont encore écoulés chaque année, selon Franceinfo - Sport.
Ce qu'il faut retenir
- Un million de cartes vendues annuellement, malgré la concurrence des outils numériques.
- Une précision inégalée : 1 cm sur la carte équivaut à 250 mètres sur le terrain, grâce à des relevés aériens au laser.
- Les cartes en relief thermoformées, dont 4 000 exemplaires sont vendus chaque année, connaissent un succès constant.
- La fabrication repose sur un processus industriel de haute technicité, de l’acquisition des données à l’impression.
- Les randonneurs citent la fiabilité et l’autonomie des cartes papier comme atouts majeurs face aux smartphones.
Dans le sous-sol du 5e arrondissement de Paris, un lieu reste le point de départ symbolique de nombreuses aventures en pleine nature. Il s’agit du seul endroit où sont stockées les 1 700 références de cartes IGN, ces documents en papier qui, malgré l’essor des technologies numériques, conservent une place de choix auprès des randonneurs.
« Je pars dans le Vercors cet été avec mes deux fils. J’ai préparé un petit parcours, et je vais acheter des cartes parce que c’est indispensable », confie un client. Un autre souligne : « Par rapport aux smartphones, c’est large. On voit vraiment très largement l’espace. » Ces témoignages illustrent une réalité : les cartes papier résistent à l’épreuve du temps et des innovations.
Un outil fiable face aux limites du numérique
En 2025, l’IGN a encore vendu un million de cartes. Cette popularité s’explique par des arguments simples, mais décisifs pour les amateurs de randonnée. « Pour moi, c’est indispensable, parce que le téléphone, la batterie peut être déchargée. On se retrouve très embêté quand on arrive à un croisement, surtout quand il y a trois ou quatre chemins qui se rejoignent », explique Patrick Dépré, organisateur de randonnées en Sologne. Dans cette région, chaque sortie du club de marcheurs de Souesmes (Loir-et-Cher) commence par une réunion autour d’une carte IGN, malgré la présence de GPS sur les téléphones.
Pour ce public, le papier offre une sécurité que les outils numériques ne garantissent pas toujours. « Je pars avec mon père. Lui, il va plutôt tenir la carte. Et moi, pour vérifier si on se perd, j’aurai quand même mon téléphone », confie une jeune randonneuse. Cette complémentarité entre les deux supports illustre bien leur usage croisé sur le terrain.
Une précision garantie par des relevés aériens de haute technologie
La fiabilité des cartes IGN repose sur une méthode de collecte de données unique. Pour obtenir une précision inégalée, l’Institut survole l’intégralité du territoire français. Sous le ventre de l’avion, une caméra et un laser mesurent le relief à 10 cm près. « On le fait sur toute la France, sur des dalles de 50 km par 50 km, qui font chacune environ 20 heures de vol. Avec ces dix points au mètre carré, on obtient une topographie très précise », détaille Florance Willay, photographe navigante pour l’IGN.
Cette technologie permet de représenter fidèlement les moindres détails du terrain. Sur une carte, 1 cm équivaut à 250 mètres dans la réalité. Ce niveau de détail est essentiel pour les randonneurs, qui peuvent ainsi anticiper les dénivelés, les chemins et les points d’eau. Les données recueillies sont ensuite traitées dans les locaux de l’IGN, à Saint-Mandé (Val-de-Marne), où elles sont transformées en tracés cartographiques avant impression.
De la carte à l’imprimé : un processus industriel exigeant
Une fois les données traitées, les cartes sont envoyées vers l’unité de production située à Villefranche-sur-Cher (Loir-et-Cher), dans une ancienne base militaire reconvertie. C’est ici que les fichiers numériques sont préparés pour l’impression sur de grandes bobines de papier plastifié. « Ces fichiers viennent de Saint-Mandé. Là, par exemple, on a la carte de Rouen. On va la préparer pour l’impression », montre Jonathan Perrin, chef d’équipe à l’IGN.
Les rotatives industrielles transforment ensuite ces fichiers en cartes physiques. Chaque année, ce sont un million de cartes qui sortent des machines, ainsi que 4 000 cartes en relief thermoformées. Ces dernières, qui représentent des paysages en trois dimensions, connaissent un succès particulier : le Mont-Blanc figure en tête des ventes. Leur fabrication, plus complexe, explique leur volume annuel plus modeste, mais leur attrait ne se dément pas auprès des passionnés de montagne.
Une production qui allie tradition et innovation
Malgré leur ancienneté, les cartes IGN bénéficient d’améliorations constantes. Les relevés laser et les traitements numériques ont permis d’actualiser régulièrement les données, garantissant une précision toujours accrue. « Un nouveau sentier qui rejoint deux chemins, donc qui est important, vient d’être ajouté », note Fabien Poilane, restituteur cartographe à Saint-Mandé, en désignant une carte du Lot en cours de finalisation.
Cette capacité à intégrer rapidement les changements du terrain, comme l’apparition de nouveaux sentiers ou la modification de parcours existants, est un atout majeur face à la concurrence des applications mobiles. Les cartes IGN offrent ainsi une vision stable et exhaustive du territoire, là où les mises à jour des outils numériques peuvent parfois être fragmentaires ou incomplètes.
Quant aux randonneurs, ils semblent déterminés à conserver ces alliés de papier. « La carte, au moins, ne connaît pas de défaillance », résume Patrick Dépré. Une certitude qui explique pourquoi, malgré l’ère du numérique, les cartes IGN continuent de tracer leur route.
Oui, les cartes IGN sont régulièrement mises à jour grâce à des relevés aériens et des traitements numériques. Les nouvelles éditions intègrent les changements de parcours, l’apparition de sentiers ou les modifications du relief, garantissant une précision constante. Les responsables de l’IGN soulignent que cette actualisation régulière est l’un des principaux atouts des cartes papier face aux applications mobiles, dont les données peuvent parfois être obsolètes ou incomplètes.