Le gouvernement pakistanais a convoqué ce lundi 11 mai 2026 le chargé d’affaires afghan en poste à Islamabad, accusant Kaboul d’avoir laissé planifier un attentat suicide contre un poste de police dans la province de Khyber Pakhtunkhwa. Selon Le Figaro, l’attaque, menée samedi dans la ville de Bannu, a fait au moins quinze morts parmi les forces de l’ordre et plus d’une centaine d’assaillants auraient participé à l’assaut.

Ce qu'il faut retenir

  • Un attentat suicide à Bannu, en Khyber Pakhtunkhwa, a coûté la vie à 15 policiers et fait plusieurs blessés samedi 9 mai 2026.
  • Le kamikaze a actionné une voiture piégée avant que des assaillants n’ouvrent le feu, selon les autorités locales citées par Le Figaro.
  • Plus de 100 personnes ont participé à l’attaque, utilisant également des drones et un armement lourd, selon un responsable administratif de Bannu.
  • Islamabad accuse des terroristes « résidant en Afghanistan » d’avoir planifié l’opération, une affirmation que Kaboul dément systématiquement.
  • Le ministère pakistanais des Affaires étrangères a convoqué le chargé d’affaires afghan pour exiger des explications.

Un attentat meurtrier revendiqué par des groupes insurrectionnels

L’attaque a été perpétrée samedi 9 mai 2026 vers 14 heures locales, lorsqu’un kamikaze a fait exploser un véhicule piégé à proximité d’un poste de contrôle policier à Bannu, ville située dans la province de Khyber Pakhtunkhwa. Cette région, frontalière avec l’Afghanistan, est régulièrement ciblée par des attentats et des violences attribués à des groupes armés opposés au pouvoir central pakistanais. « Les attaquants ont ensuite ouvert le feu sur les forces de l’ordre », a précisé la police pakistanaise dans un communiqué.

D’après un haut responsable administratif de Bannu cité par l’AFP sous couvert d’anonymat, les assaillants ont utilisé des petits drones ainsi qu’un armement lourd pour soutenir leur offensive. Plus de 100 personnes auraient pris part à l’assaut, un chiffre qui dépasse largement les premières estimations et qui illustre l’ampleur de l’opération.

Islamabad pointe du doigt Kaboul, qui rejette toute responsabilité

Dans un communiqué publié ce lundi 11 mai, le ministère pakistanais des Affaires étrangères a convoqué le chargé d’affaires afghan pour lui signifier sa « profonde préoccupation ». Le texte précise que les « preuves recueillies lors de l’enquête scientifique et l’investigation menée sur place » établissent que l’attaque a été « planifiée par des terroristes résidant en Afghanistan ».

Cette accusation s’inscrit dans une longue série de tensions entre les deux pays. Islamabad reproche régulièrement à Kaboul d’abriter des groupes insurrectionnels, notamment le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), responsable de nombreux attentats au Pakistan. Le gouvernement afghan, de son côté, dément systématiquement ces allégations, affirmant ne pas soutenir les mouvements armés opérant depuis son territoire.

La province de Khyber Pakhtunkhwa, zone de tensions permanentes

La province de Khyber Pakhtunkhwa, située à la frontière afghane, est depuis des années un foyer de violences et d’attentats. Cette région montagneuse et difficile d’accès sert de base arrière à plusieurs groupes armés, dont certains sont liés à Al-Qaïda ou à l’État islamique. Les autorités pakistanaises multiplient les opérations militaires pour tenter de sécuriser la zone, mais les attaques restent fréquentes.

Selon les observateurs, la porosité de la frontière, longue de près de 2 600 kilomètres, rend difficile le contrôle des mouvements transfrontaliers. Les groupes insurgés profitent de ce contexte pour se déplacer, se ravitailler et lancer des opérations contre les forces pakistanaises. Les tensions entre Islamabad et Kaboul se cristallisent autour de cette question sécuritaire, chaque camp accusant l’autre de complaisance envers les milices.

Un climat de méfiance persistant entre le Pakistan et l’Afghanistan

Les relations entre les deux pays se sont fortement dégradées ces dernières années, notamment depuis le retour des talibans au pouvoir à Kaboul en 2021. Islamabad accuse les autorités afghanes de ne pas assez lutter contre les groupes qui opèrent depuis leur sol et menacent la stabilité du Pakistan. En réponse, le gouvernement afghan rejette toute responsabilité et dénonce des ingérences pakistanaises dans ses affaires intérieures.

En février 2026, Islamabad avait déjà franchi un cap dans son escalade militaire en menant des frappes aériennes en Afghanistan contre des positions présumées de miliciens. Cette opération avait provoqué une vive réaction de Kaboul, qui avait dénoncé une « violation de sa souveraineté ». Dans ce contexte, la convocation du diplomate afghan ce lundi 11 mai s’inscrit dans une logique de pression accrue sur le gouvernement taliban.

Et maintenant ?

Pour l’heure, aucune réaction officielle n’a encore été enregistrée du côté afghan, mais l’incident risque d’alourdir davantage le climat déjà tendu entre les deux pays. Les autorités pakistanaises pourraient durcir leur discours ou engager de nouvelles mesures sécuritaires le long de la frontière. De son côté, Kaboul pourrait tenter de désamorcer la crise en proposant une coopération judiciaire, comme cela a été évoqué à plusieurs reprises par le passé. Reste à savoir si cette attaque suffira à relancer un dialogue bilatéral, alors que les deux capitales s’accusent mutuellement de soutenir des groupes armés.

L’enquête se poursuit côté pakistanais pour identifier les auteurs de l’attentat et déterminer leurs éventuels liens avec des réseaux transfrontaliers. Les autorités locales de Bannu ont indiqué qu’elles renforçaient les mesures de sécurité dans la région, sans préciser si des opérations militaires seraient lancées en représailles.

Islamabad estime que le gouvernement afghan, notamment depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021, ne fait pas assez pour empêcher les groupes armés comme le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) d’opérer depuis son territoire. Les autorités pakistanaises s’appuient sur des rapports de renseignement pour affirmer que des cellules terroristes planifient des attaques au Pakistan depuis l’Afghanistan. Kaboul, de son côté, dément toute implication et accuse Islamabad de instrumentaliser ces accusations pour justifier des opérations militaires.