Selon BFM Business, les 100 plus grandes entreprises européennes « alimentent la crise mondiale des inégalités » en distribuant 70% de leurs bénéfices aux actionnaires. Cependant, cette analyse mérite d'être regardée de plus près. En effet, une entreprise ne partage pas sa richesse uniquement au moment où elle verse un dividende, mais bien avant, principalement aux salariés sous forme de salaires, primes, participation, intéressement et cotisations sociales.
Le problème de ce type d'analyse est qu'elle se focalise systématiquement sur la dernière ligne du compte de résultat : le bénéfice net, où figurent les dividendes. C'est donc là que se concentre la critique. Mais les premiers bénéficiaires de la valeur créée sont les salariés, de très loin. Une partie de ces salariés sont eux-mêmes actionnaires, via l'épargne salariale, l'assurance-vie ou les fonds de pension lorsqu'ils existent.
Ce qu'il faut retenir
- Les 100 plus grandes entreprises européennes distribueraient 70% de leurs bénéfices aux actionnaires, selon un rapport d'Oxfam.
- Les salariés sont les premiers bénéficiaires de la valeur créée par les entreprises, avec des salaires, primes, participation, intéressement et cotisations sociales.
- L'État est le deuxième grand bénéficiaire, avec des prélèvements obligatoires qui captent une part considérable de la valeur créée par les entreprises.
- La valeur ajoutée se répartit approximativement entre 70% pour le travail, 20% pour les administrations publiques et 10% pour les apporteurs de capitaux, selon l'Institut économique Molinari.
La rémunération du capital
La question est de savoir si la rémunération du capital est suspecte par nature. Un dividende n'est pas une fuite de richesse, mais la rémunération d'un risque, le prix payé à ceux qui acceptent de financer l'entreprise, parfois pendant des années, sans garantie de retour. On ne s'étonne jamais qu'un salarié soit rémunéré pour son travail, pourquoi faudrait-il s'étonner qu'un investisseur soit rémunéré pour son capital ?
La véritable question est peut-être ailleurs : pourquoi l'Europe attire-t-elle si difficilement l'épargne vers ses entreprises quand les États-Unis captent une part croissante des capitaux mondiaux ? Peut-être parce que, contrairement au récit dominant, le problème européen n'est pas que les actionnaires soient trop riches, mais qu'ils ne sont pas assez nombreux.
Les besoins d'investissement de l'Europe
L'Europe entre dans une période où ses besoins d'investissement sont gigantesques, avec la transition énergétique, l'intelligence artificielle, les infrastructures numériques, la réindustrialisation et la défense. Tout cela nécessitera des centaines de milliards d'euros de capitaux privés. Or, les capitaux ont une caractéristique simple : ils vont là où ils sont bien accueillis.
En conclusion, la question de la rémunération du capital et de la distribution des bénéfices aux actionnaires est complexe et nécessite une analyse nuancée. Il est important de prendre en compte les différents acteurs et leurs rôles dans l'économie, ainsi que les besoins d'investissement de l'Europe, pour élaborer des politiques qui favorisent la croissance et la création de richesse.