Les actions des spécialistes des semi-conducteurs ont reculé jeudi 4 juin à Paris, Francfort et Amsterdam après les résultats moins ambitieux que prévu du géant américain Broadcom, qui a déçu les investisseurs sur ses perspectives pour l’intelligence artificielle.

Ce qu'il faut retenir

  • Broadcom, sixième capitalisation boursière mondiale, voit son titre s’effondrer de 14% en préouverture à Wall Street après avoir maintenu ses objectifs annuels sans les relever, malgré une croissance de 48% de son chiffre d’affaires au deuxième trimestre.
  • Les craintes d’un ralentissement des investissements dans l’IA se renforcent, entraînant une chute des valeurs technologiques européennes : STMicroElectronics perd 5,4%, Soitec recule de 8,6%, et Infineon chute de 5,6% à Francfort.
  • Les partenariats stratégiques de Broadcom avec OpenAI, Meta ou Anthropic, ainsi que ses commandes massives de processeurs, avaient pourtant alimenté l’optimisme sur le secteur jusqu’ici.
  • En Europe, les valeurs indirectement liées à l’IA mais exposées aux infrastructures, comme Schneider Electric (-1,3%) ou Legrand (-0,2%), sont également en baisse.
  • À l’inverse, les éditeurs de logiciels profitent d’une rotation sectorielle, avec Capgemini en tête du CAC 40 (+7,1%) et Dassault Systèmes (+5,5%).

Selon BFM Bourse, les perspectives décevantes de Broadcom ont ravivé les interrogations sur le rythme réel de croissance de l’intelligence artificielle, un thème qui avait porté les marchés mondiaux depuis le début de l’année. Le géant américain, dont le titre a dévissé de 14% en préouverture à Wall Street, avait pourtant enregistré une hausse de 48% de son chiffre d’affaires au deuxième trimestre, clôturé début mai.

Broadcom avait récemment signé des partenariats majeurs avec OpenAI, Meta ou Anthropic, ces derniers lui ayant passé commande de millions de processeurs dans un contexte d’accélération de l’IA. Pourtant, malgré ces signaux positifs, le groupe n’a pas relevé ses prévisions annuelles, suscitant la déception des investisseurs. « L’absence de relèvement des prévisions annuelles a clairement déçu de nombreux investisseurs », a souligné Matt Britzman, analyste actions chez Hargreaves Lansdown.

« Seulement réitérer les objectifs à long terme en matière d’IA s’avère quelque peu décevant », a précisé Deutsche Bank dans une note.

Pour l’exercice clos en 2027, les revenus liés à l’IA étaient estimés à « plus de 100 milliards de dollars ». Bien que le directeur général de Broadcom, Hock Tan, ait exprimé une confiance accrue pour atteindre ou dépasser cet objectif, aucun nouveau palier n’a été communiqué. « Nous considérons que ce manque de révision positive est principalement dû au conservatisme et non à une perte de parts de marché ou à des retards dans le déploiement des centres de données », a nuancé Deutsche Bank. « Nous pensons que les revenus en IA dépasseront probablement son objectif initial. »

Cette prudence a suffi à semer le doute sur le marché. « Cela ravive les interrogations sur le rythme réel de croissance de l’intelligence artificielle, un thème qui a largement porté les marchés mondiaux depuis le début de l’année », a expliqué John Plassard, stratégiste chez Cité Gestion. « Cela montre à quel point, dans un secteur qui était le moteur de la hausse de nombreux indices technologiques, les marchés intègrent la perfection avec des croissances gigantesques », a analysé Alexandre Baradez, responsable de la recherche marchés chez IG Markets, auprès de l’AFP.

Les valeurs européennes des semi-conducteurs en première ligne

En Europe, les répercussions de cette déception se sont fait sentir dès l’ouverture des marchés. À Paris, STMicroElectronics a perdu 5,4%, tandis que Soitec reculait de 8,6%. À Francfort, Infineon, l’un des leaders allemands du secteur, abandonnait 5,6% de sa valeur. Même ASML, première capitalisation boursière européenne, n’a pas été épargnée, avec une baisse de 2,6% à Amsterdam.

Les entreprises spécialisées dans les infrastructures électriques liées aux centres de données, souvent perçues comme des bénéficiaires indirects de l’essor de l’IA, ont également été touchées. Schneider Electric a cédé 1,3% à 278,75 euros, tandis que Legrand perdait 0,2% à 146,05 euros.

Rotation sectorielle : les logiciels en hausse, le luxe en vue

Face à cette défiance envers les valeurs liées à l’IA, une rotation s’est opérée au sein même du secteur technologique. « Lorsque l’IA ne marche pas, on vend l’IA pour acheter les secteurs délaissés comme les logiciels ou le luxe en Europe », a résumé Grégoire Kounowski, conseiller en investissement chez Norman K.

Les éditeurs de logiciels ont ainsi profité de ce mouvement. En France, Capgemini a mené la hausse du CAC 40 avec un gain de 7,1%, suivi de près par Dassault Systèmes (+5,5%). Du côté allemand, SAP, poids lourd du Dax 40, a progressé de 5,6%.

Pour Alexandre Baradez, cette dynamique s’inscrit dans une tendance plus large : « Les valeurs liées aux logiciels restent mal orientées sur l’année, la concurrence de l’IA pesant depuis plusieurs trimestres sur leurs cours. » Une rotation qui pourrait se poursuivre si les doutes sur l’IA persistent.

Et maintenant ?

Les prochains mois s’annoncent décisifs pour le secteur des semi-conducteurs. Les investisseurs attendent désormais des clarifications de la part des principaux acteurs, notamment sur leurs prévisions pour 2026 et 2027. Une réunion des dirigeants de Broadcom avec les analystes, prévue dans les prochaines semaines, pourrait apporter des éléments supplémentaires. Par ailleurs, les publications des résultats trimestriels d’autres géants du secteur, comme Nvidia ou AMD, pourraient donner un nouvel éclairage sur l’évolution réelle de l’IA.

Côté européen, l’évolution des valeurs technologiques dépendra en grande partie de la capacité des entreprises à démontrer leur résilience face à un environnement moins porteur. Les prochaines séances boursières pourraient ainsi être marquées par une volatilité accrue, selon les analystes.

Alors que le CAC 40 affichait une hausse de 1,20% jeudi, les valeurs technologiques ont donc fait bande à part, rappelant la fragilité des marchés face aux révisions de perspectives. Pour les investisseurs, l’enjeu reste de distinguer les acteurs capables de tirer leur épingle du jeu dans un secteur en pleine mutation.

En attendant, la prudence semble de mise, d’autant que le contexte macroéconomique reste marqué par des incertitudes sur la croissance mondiale et les politiques monétaires des grandes banques centrales.

Broadcom a enregistré une hausse de 48% de son chiffre d’affaires au deuxième trimestre, mais n’a pas relevé ses objectifs annuels. Les investisseurs espéraient un signal plus ambitieux, notamment sur les revenus liés à l’IA, estimés à plus de 100 milliards de dollars pour 2027. Le maintien des prévisions sans ajustement à la hausse a été perçu comme un manque d’optimisme, déclenchant une réaction négative en Bourse.