Alors que le salon VivaTech 2026 met l’intelligence artificielle à l’honneur et après un G7 où ce sujet a occupé une place centrale, la ministre chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff, a réaffirmé ce 18 juin sur Franceinfo la capacité de l’Europe à développer sa propre filière technologique. « On choisira notre IA, l’IA à la française, à l’européenne, qu’on est en train de construire », a-t-elle déclaré lors d’un entretien accordé à Alix Bouilhaguet.
Interrogée sur les craintes des Français face à l’essor de l’IA, Anne Le Hénanff a adopté un ton rassurant. Elle a souligné que le choix de ne pas intégrer cette technologie dans les modèles européens reviendrait à laisser les États-Unis ou la Chine en prendre le contrôle. « Si nous ne le faisons pas, et à notre manière, c’est-à-dire avec une IA qui nous ressemble, qui respecte nos valeurs européennes, ce sont les Chinois qui vont le faire à notre place, ce sont les Américains, et je ne le souhaite pas », a-t-elle affirmé. Pour la ministre, l’Europe dispose des moyens nécessaires pour bâtir une filière souveraine, en s’appuyant sur ses valeurs et en investissant massivement dans ses startups et entreprises.
Ce qu'il faut retenir
- L’Europe a la capacité de développer sa propre filière d’intelligence artificielle, selon Anne Le Hénanff, ministre chargée de l’IA et du Numérique.
- La France et l’UE misent sur une IA « éthique, respectueuse de l’environnement et transparente », avec l’humain au cœur de son développement.
- Plus de 16 % des emplois en France sont menacés par l’IA d’ici la fin de la décennie, soit environ cinq millions de postes dans des secteurs comme l’assurance, la finance ou la presse.
- Les investissements annuels des États-Unis dans l’IA (60 à 70 milliards de dollars) sont bien supérieurs à ceux de l’UE (7 à 8 milliards), mais l’Europe mise sur ses atouts : ses valeurs et sa vision de l’innovation.
- Le salon VivaTech 2026, qui se tient à Paris jusqu’au 18 juin, place l’IA au centre des débats technologiques européens.
Une IA européenne pour des valeurs européennes
Anne Le Hénanff a rappelé que l’objectif n’est pas seulement de suivre la course technologique, mais de le faire en cohérence avec les principes européens. « Les valeurs que nous défendons, elles vont, à mon sens, assez rapidement, entrer dans la compétitivité », a-t-elle expliqué. Pour la ministre, l’IA doit être conçue comme un outil au service de l’humain, respectueux de l’environnement et transparent. « On exige, comme on l’a souhaité et discuté au G7 numérique, une IA éthique, une IA qui respecte l’environnement et une IA qui est également transparente et sécurisée », a-t-elle précisé.
Cette approche se distingue de celle d’autres grandes puissances technologiques, comme les États-Unis ou la Chine, où l’accent est davantage mis sur la performance et la domination du marché. Pour Anne Le Hénanff, l’Europe a une carte à jouer en misant sur une innovation responsable, intégrant des garde-fous éthiques et environnementaux. « Nous devons penser en Européens », a-t-elle insisté, soulignant que cette vision pourrait devenir un atout majeur dans les années à venir.
L’IA, une menace pour l’emploi ? Le point sur les chiffres
La ministre a reconnu que l’essor de l’IA soulève des inquiétudes légitimes parmi les Français, notamment en matière d’emploi. Selon ses propos, « plus de 16 % des emplois en France sont menacés d’ici à la fin de la décennie » dans des secteurs variés : assurance, finance, juridique, édition ou encore presse. Ces chiffres, qui concernent environ cinq millions de personnes, expliquent en partie les craintes des citoyens face à l’automatisation des tâches.
Pourtant, Anne Le Hénanff a nuancé cette perspective en insistant sur la transformation des métiers plutôt que leur disparition pure et simple. « L’IA va transformer les métiers, va supprimer des métiers. Ce serait malhonnête de dire le contraire », a-t-elle admis. « Par contre, ça va surtout transformer les métiers. » La ministre a cité l’exemple de tâches administratives fastidieuses, comme la rédaction de résumés de 250 pages, qui pourraient être automatisées pour libérer du temps aux employés afin qu’ils se concentrent sur des missions à plus forte valeur ajoutée.
Elle a appelé les chefs d’entreprise, les administrations et les collectivités locales à jouer un rôle clé dans l’accompagnement de cette transition. « Chacun aura un rôle à jouer, notamment pour permettre aux personnes de modifier leur façon de travailler en utilisant l’IA », a-t-elle souligné. Pour Anne Le Hénanff, l’enjeu n’est donc pas tant de craindre l’IA que de l’intégrer de manière stratégique pour en tirer le meilleur parti.
VivaTech 2026 : l’IA au cœur des débats technologiques
Le salon VivaTech, qui se tient à Paris jusqu’au 18 juin 2026, consacre cette année l’intelligence artificielle comme thème central. Cet événement, considéré comme le plus grand salon tech d’Europe, accueille cette édition l’Allemagne en tant que pays d’honneur. Pour Anne Le Hénanff, ce rassemblement est l’occasion idéale pour mettre en avant les atouts de l’Europe dans ce domaine.
Interrogée sur la position de l’UE face à des investissements massifs des États-Unis (60 à 70 milliards de dollars par an) et de la Chine, la ministre a balayé l’idée d’un retard irréversible. « Absolument pas », a-t-elle répondu. « Si c’était le cas, ce serait grave si on se disait ça en tant que Français et en tant qu’Européens. » Elle a rappelé que l’Europe dispose d’un avantage de taille : ses valeurs, qui pourraient rapidement devenir un critère de compétitivité.
Selon elle, les investissements européens, bien que moindres en volume, sont ciblés et visent à créer une filière souveraine. « On a la capacité en Europe d’avoir notre propre filière IA », a-t-elle martelé, insistant sur la nécessité de bâtir une industrie technologique indépendante, alignée sur les principes démocratiques et écologiques du continent.
Anne Le Hénanff et le contrôle des drogues dans les cabinets ministériels
Lors de son entretien, Anne Le Hénanff a également abordé un sujet annexe mais révélateur de l’importance accordée à la probité dans les sphères dirigeantes. Elle a confirmé que les tests de dépistage de drogues, récemment instaurés pour les collaborateurs de cabinets ministériels et certains hauts fonctionnaires, seraient appliqués à l’ensemble des ministres, y compris elle-même. « Je ne l’ai pas encore fait mais je le ferai évidemment », a-t-elle indiqué.
Interrogée sur la pertinence de cette mesure, la ministre a rappelé que la confiance était un pilier essentiel dans la gestion des cabinets. « De la même manière que, moi, dans mon cabinet ou dans mon ministère, il y a des habilitations secret défense, des diffusions restreintes, il y a une relation de confiance qu’on doit avoir, et en l’occurrence, la drogue n’a pas sa place dans un cabinet, c’est certain », a-t-elle expliqué. Elle a précisé que ces tests, initialement réservés aux collaborateurs, seraient étendus aux ministres dès la fin de l’événement VivaTech, qu’elle supervise actuellement.
Selon Anne Le Hénanff, la ministre chargée de l’IA et du Numérique, l’Europe a choisi une voie distincte pour se différencier des États-Unis et de la Chine. En misant sur une IA « éthique, respectueuse de l’environnement et transparente », l’UE espère créer un modèle technologique aligné sur ses valeurs démocratiques et écologiques. Cette approche pourrait devenir un atout compétitif à long terme, en répondant à une demande croissante des citoyens pour des technologies responsables.
Les secteurs les plus menacés par l’automatisation incluent l’assurance, la finance, le juridique, l’édition et la presse. Selon les estimations d’Anne Le Hénanff, plus de 16 % des emplois en France, soit environ cinq millions de postes, pourraient être impactés d’ici la fin de la décennie. Ces chiffres soulignent l’urgence de former et d’accompagner les travailleurs vers de nouvelles compétences.
L’intelligence artificielle représente à la fois un défi et une opportunité pour l’Europe. Alors que les géants américains et chinois investissent massivement dans cette technologie, l’UE tente de tracer sa propre voie, en combinant innovation et éthique. Le salon VivaTech 2026 et les prochaines discussions politiques au niveau européen seront déterminants pour savoir si cette stratégie portera ses fruits.