Cinq jours d’attente, des températures dépassant les 50°C dans la cabine de son camion, et l’épuisement des longues heures passées sur la route. Yasser Shérif, chauffeur irakien, incarne le quotidien des centaines de conducteurs qui relient désormais les champs pétrolifères de Bassora aux raffineries syriennes de Banyias. Une route terrestre de près de 1 500 kilomètres, empruntée depuis que Bagdad a dû se résoudre à contourner le détroit d’Ormuz, principale voie maritime pour l’exportation de son pétrole. Selon Le Figaro, cette nouvelle route, rouverte après plus de vingt ans d’interruption, s’impose comme une solution de secours provisoire, mais éprouvante pour les infrastructures et les hommes.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Irak exporte désormais son pétrole vers la Syrie via un corridor terrestre évitant le détroit d’Ormuz, fermé depuis plusieurs mois.
  • Ce détournement concerne plusieurs centaines de camions-citernes, dont certains attendent depuis près d’une semaine près de la raffinerie de Banyias.
  • Les chauffeurs, comme Yasser Shérif, subissent des conditions extrêmes : chaleur, routes dégradées et attentes interminables.
  • Cette route alternative, bien que coûteuse et risquée, permet à Bagdad de maintenir ses exportations malgré les tensions régionales.
  • Les infrastructures syriennes, vieillissantes, limitent la capacité de transit et posent question sur la durabilité de ce corridor.

Un corridor terrestre forcé par l’instabilité maritime

Depuis des mois, l’Irak peine à exporter son pétrole via le golfe Persique. Le détroit d’Ormuz, passage obligé pour près de 20 % du pétrole mondial, est devenu une zone de tensions géopolitiques majeures. Entre les tensions entre Téhéran et Washington, les attaques de drones et les blocus partiels, Bagdad a dû se tourner vers une solution terrestre. Selon les données disponibles, l’Irak achemine désormais une partie de sa production vers la Syrie via des camions-citernes, une route abandonnée depuis la guerre en Irak au début des années 2000. « Nous n’avions plus le choix », confie Yasser Shérif à Le Figaro. « Chaque jour passé à attendre ici coûte cher, mais c’est le seul moyen de livrer la marchandise. »

La route choisie, bien que fonctionnelle, n’a rien d’une autoroute. Les chauffeurs roulent de nuit pour éviter les pics de chaleur, mais les contrôles militaires fréquents, les barrages improvisés et l’état des chaussées — souvent fissurées ou défoncées — ralentissent considérablement le transit. À Banyias, la scène est révélatrice : des centaines de camions s’alignent sous un soleil de plomb, moteurs au ralenti, dans l’attente d’une autorisation de déchargement à la raffinerie.

Des conditions de travail extrêmes pour les chauffeurs

Yasser Shérif, qui a quitté les champs pétrolifères de Rumaila il y a dix-sept jours, illustre le calvaire des conducteurs. Sa cabine, transformée en fournaise, l’oblige à s’arrêter fréquemment pour se reposer. « Les claquettes collent à l’asphalte brûlant », explique-t-il en désignant ses chaussures usées. « On dort par tranches de deux heures, quand on trouve un endroit à l’ombre. » Pour tromper l’attente, il fume une cigarette après l’autre, partageant une chicha corrodée avec d’autres chauffeurs. La fatigue physique et mentale est palpable, mais l’alternative — un blocus maritime total — serait bien plus dévastateur pour l’économie irakienne.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : un trajet complet entre Bassora et Banyias prend désormais entre deux et trois semaines, contre quelques jours par voie maritime. Le coût logistique explose, entre la consommation accrue de carburant, les péages informels et les pots-de-vin exigés par les milices locales contrôlant certaines portions de route. « On gagne moins, on travaille plus », résume un autre chauffeur sous couvert d’anonymat. « Mais au moins, le pétrole part. »

Une Syrie en quête de devises, mais des infrastructures en lambeaux

Pour Damas, cette affluence de camions-citernes représente une manne financière inespérée. En pleine reconstruction — après plus de dix ans de guerre civile —, la Syrie a désespérément besoin de devises étrangères. Selon les estimations, le transit de pétrole irakien pourrait rapporter plusieurs centaines de millions de dollars par an à l’État syrien, sous forme de taxes et de frais de transit. Pourtant, les infrastructures locales peinent à suivre. La raffinerie de Banyias, construite dans les années 1980, n’a pas été modernisée depuis des décennies. Les risques de fuites, d’incendies ou de retards en cascade sont réels.

Les observateurs soulignent un paradoxe : alors que la Syrie cherche à attirer des investissements étrangers — jusqu’à 200 milliards de dollars selon les promesses internationales —, son incapacité à garantir la sécurité et l’efficacité des routes internes freine considérablement ces ambitions. « On ne peut pas attirer des capitaux avec des camions qui brûlent au bord de la route », ironise un analyste basé à Beyrouth. « C’est un pis-aller, pas une solution durable. »

Et maintenant ?

Ce corridor terrestre reste une solution temporaire, tant que les tensions en mer Persique ne s’apaisent pas. Bagdad pourrait négocier des accords avec d’autres pays voisins, comme la Turquie ou la Jordanie, pour diversifier ses routes d’exportation. Une conférence régionale prévue en juin à Istanbul doit aborder cette question. Dans l’immédiat, les chauffeurs comme Yasser Shérif n’ont d’autre choix que de patienter — et de prier pour que les moteurs ne calent pas. « On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a », confie-t-il avant de s’allumer une nouvelle cigarette. « L’important, c’est que le pétrole arrive. »

La fermeture prolongée du détroit d’Ormuz a révélé la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales. Pour l’Irak, ce détour par la Syrie n’est qu’un symptôme d’une crise plus large, où la géopolitique dicte les règles du jeu énergétique. Une chose est sûre : tant que les armes parleront dans le golfe, les camions continueront de brûler sous le soleil syrien.

Le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour l’exportation irakienne, est depuis plusieurs mois le théâtre de tensions géopolitiques majeures. Entre les tensions entre l’Iran et les États-Unis, les attaques de drones contre des tankers et les menaces de blocus, Bagdad a dû se résoudre à suspendre une partie de ses exportations maritimes. Selon Le Figaro, cette situation a forcé l’Irak à chercher des alternatives terrestres, malgré les risques et les coûts accrus.

Plusieurs risques majeurs pèsent sur ce corridor terrestre. D’abord, les infrastructures syriennes, vieillissantes, ne sont pas adaptées à un trafic aussi intense, ce qui augmente les risques d’accidents ou de retards. Ensuite, les routes traversent des zones contrôlées par des milices locales, où les chauffeurs doivent souvent payer des pots-de-vin pour avancer. Enfin, la chaleur extrême et les longues heures de conduite exposent les conducteurs à un épuisement physique et mental. « C’est une solution de dernier recours », souligne un analyste cité par Le Figaro.