En Lot-et-Garonne, où l’accès aux soins gynécologiques est particulièrement difficile, un dispositif innovant permet désormais à des femmes de bénéficier de consultations. Selon Reporterre, des sages-femmes et des médecins se déplacent dans un bus aménagé pour offrir des suivis médicaux à des patientes qui, faute de praticiens à proximité, n’avaient pas consulté depuis des décennies. Dans cette zone rurale marquée par la désertification médicale, ce fourgon médicalisé représente une solution concrète face à l’absence de gynécologues locaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Un bus aménagé en cabinet de consultation gynécologique sillonne le Lot-et-Garonne pour pallier le manque de spécialistes.
  • Des femmes, dont certaines n’avaient jamais consulté auparavant, bénéficient enfin d’un suivi médical.
  • À 97 ans, Giuseppina Cesa a pu réaliser sa première consultation gynécologique grâce à ce dispositif.
  • Ce projet est porté par des sages-femmes et médecins locaux, confrontés à l’exode des gynécologues vers les grandes villes.

Un désert médical qui pousse à l’innovation

Le Lot-et-Garonne illustre une tendance nationale : la concentration des spécialistes dans les métropoles, laissant les zones rurales sous-équipées. Selon l’Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine, près de 30 % des communes de ce département ne disposent d’aucun gynécologue en exercice. Reporterre souligne que certaines femmes, privées de tout suivi, reportaient ou renonçaient à des consultations vitales. Le bus médicalisé, qui s’arrête dans plusieurs communes dont Allemans-du-Dropt, comble partiellement ce vide.

Pour les patientes, l’accès à ces consultations représente une opportunité historique. C’est le cas de Giuseppina Cesa, 97 ans, qui a pu franchir seule la rampe du fourgon pour sa première visite. « Je n’ai jamais eu d’enfants, alors je n’ai jamais jugé utile d’y aller », a-t-elle expliqué à Reporterre. Son parcours illustre le retard accumulé par de nombreuses femmes dans ces territoires.

Un dispositif porté par des professionnels déterminés

Derrière ce projet se trouvent des sages-femmes et des médecins locaux, conscients des besoins non couverts. L’un d’eux, contacté par Reporterre, a indiqué que « ce bus est une réponse pragmatique à un problème structurel ». Le véhicule, équipé d’un cabinet médical fonctionnel, permet d’effectuer des examens de base, des frottis ou des conseils en contraception. Les consultations sont gratuites ou remboursées selon les cas, ce qui réduit les barrières financières pour les patientes.

Les organisateurs du dispositif précisent qu’il s’agit d’une solution temporaire, en attendant une meilleure répartition des gynécologues sur le territoire. Pour l’instant, le bus fonctionne grâce à des bénévoles et des partenariats avec des associations locales. Son itinéraire, qui varie chaque mois, est publié sur les réseaux sociaux et dans les mairies des communes concernées.

Des résultats encourageants, mais un besoin persistant

Depuis son lancement en 2025, le bus a déjà permis à plus de 200 femmes d’accéder à un suivi gynécologique. Un chiffre modeste à l’échelle du département, mais significatif pour les patientes concernées. Reporterre rapporte que certaines d’entre elles, âgées de plus de 70 ans, ont découvert des problèmes de santé non diagnostiqués, comme des infections ou des lésions précancéreuses. Pour les organisateurs, ces résultats confirment l’utilité du dispositif.

Cependant, le bus ne suffit pas à résoudre le problème de fond : le manque criant de gynécologues en zone rurale. Les professionnels interrogés par Reporterre estiment que « sans une politique volontariste de réinstallation de spécialistes, ces initiatives resteront des rustines ». Ils appellent à des mesures incitatives, comme des primes pour les médecins s’installant en milieu rural ou la création de postes dans les hôpitaux locaux.

Et maintenant ?

Le bus médicalisé devrait poursuivre ses tournées jusqu’à la fin de l’année 2026, avec une extension prévue vers d’autres communes du Lot-et-Garonne. Ses responsables espèrent que ce dispositif servira de modèle à d’autres départements confrontés au même enjeu. Pour les patientes, l’objectif reste clair : « Ne plus attendre des décennies pour consulter », comme le résume une sage-femme interviewée par Reporterre. Une prochaine étape pourrait être l’élargissement des spécialités proposées, comme la mammographie ou l’échographie gynécologique.

Ce projet rappelle que l’innovation médicale ne se limite pas aux technologies de pointe : parfois, une simple adaptation locale permet de répondre à des besoins urgents. Reste à voir si les pouvoirs publics sauront s’en inspirer pour remédier à la désertification médicale.

Les créneaux sont ouverts sur réservation, via les mairies des communes concernées ou les associations locales partenaires. Les horaires et lieux sont régulièrement mis à jour sur les pages Facebook et sites des organisateurs.