Le livre « Du stade aux barricades », signé par l’historienne Nikol Dziub, rend hommage à l’importance du Dynamo Kiev dans le réveil de l’identité nationale ukrainienne. Selon Le Monde, cette grande équipe de football n’a pas seulement marqué l’histoire du sport, mais a aussi joué un rôle symbolique et politique majeur pour le pays.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Dynamo Kiev est présenté comme un acteur clé dans l’éveil de la conscience nationale ukrainienne, bien au-delà du domaine sportif.
  • L’ouvrage « Du stade aux barricades », écrit par Nikol Dziub, explore ce lien entre football, supporters et engagement politique.
  • Le club et ses supporters, souvent remuants, ont incarné une forme de résistance et de fierté ukrainienne, notamment dans les années 1980 et 1990.
  • Nikol Dziub s’appuie sur des archives et des témoignages pour illustrer cette dimension méconnue de l’histoire du club.

Une équipe de football au cœur de l’histoire nationale

Le Dynamo Kiev n’est pas qu’un simple club de football, rappelle Le Monde. À travers son livre, Nikol Dziub démontre comment ce club, fondé en 1927, est devenu un symbole de l’identité ukrainienne, en particulier pendant la période soviétique. Alors que l’Ukraine était intégrée à l’URSS, le Dynamo Kiev a souvent été perçu comme un représentant de la culture et des aspirations locales, malgré la domination sportive et politique de Moscou.

Le club a également été marqué par des supporters engagés, dont certains ont joué un rôle dans les mouvements pro-démocratie et pro-indépendance. Leur mobilisation, notamment lors des matchs, a parfois débordé le cadre sportif pour s’inscrire dans une lutte plus large pour la reconnaissance nationale. C’est cette dimension que Nikol Dziub met en avant, soulignant que le stade était bien plus qu’un terrain de jeu : un lieu de résistance.

Le Dynamo Kiev et ses supporters, figures d’une résistance silencieuse

Les supporters du Dynamo Kiev, souvent décrits comme parmi les plus passionnés et engagés d’Europe, ont contribué à forger l’image d’un club ancré dans son époque. Selon l’auteure, ces groupes organisés, parfois en conflit avec les autorités soviétiques, ont utilisé le football comme un outil de contestation et de mobilisation. Leurs chants, leurs banderoles et leur présence massive dans les stades ont servi de caisse de résonance à des revendications politiques.

Nikol Dziub s’appuie sur des archives et des entretiens pour étayer cette thèse. Elle cite notamment des épisodes où des matchs du Dynamo Kiev ont dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre, reflétant une tension plus large entre le pouvoir central et les aspirations locales. « Le stade était un espace où l’on pouvait, un temps, échapper à la surveillance soviétique », a déclaré Nikol Dziub au Monde.

Un livre qui dépasse le cadre sportif

« Du stade aux barricades » ne se contente pas de retracer l’histoire sportive du Dynamo Kiev. L’ouvrage propose une analyse plus large, montrant comment le football a servi de vecteur à des idées politiques et sociales. Nikol Dziub y explore également le rôle des joueurs, comme Valeri Lobanovski, dont le charisme et les méthodes d’entraînement ont marqué l’histoire du club, mais aussi l’imaginaire collectif ukrainien.

Le livre met aussi en lumière des figures méconnues, comme celles des ultras ou des journalistes sportifs, qui ont contribué à faire du Dynamo Kiev bien plus qu’un club : une institution nationale. « Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui encore, le Dynamo Kiev est associé à l’idée de liberté et de résistance », précise Nikol Dziub. Selon elle, cette dimension reste vivace, même après l’indépendance de l’Ukraine en 1991.

Et maintenant ?

La sortie de « Du stade aux barricades » intervient alors que l’Ukraine commémore les trente ans de son indépendance. L’ouvrage pourrait nourrir les débats sur le rôle du sport dans la construction nationale, un sujet qui prend une résonance particulière dans le contexte actuel de tensions géopolitiques. Nikol Dziub a indiqué qu’elle prévoyait de donner une série de conférences en Ukraine et en Europe pour présenter ses travaux, avec une première date prévue à Kiev en septembre 2026.

L’auteure espère que son livre contribuera à mieux faire connaître cette histoire, souvent éclipsée par d’autres récits nationaux. Si l’impact immédiat sur le grand public reste à mesurer, l’ouvrage a d’ores et déjà suscité l’intérêt des historiens et des amateurs de football. Une chose est sûre : le Dynamo Kiev, à travers ces pages, continue de faire parler bien au-delà des pelouses.