La Commission européenne a lancé une enquête sur les conséquences du décret présidentiel signé en mai 2025 par Donald Trump aux États-Unis, qui impose aux laboratoires pharmaceutiques d’aligner leurs prix sur ceux des pays les plus favorables – un mécanisme connu sous le nom de « nation la plus favorisée » (MFN). Selon Euronews FR, cette initiative vise à réduire les coûts des médicaments aux États-Unis, premier marché mondial avec plus de la moitié de la demande mondiale en produits sur ordonnance. Pourtant, les ministres européens de la Santé s’interrogent déjà sur les répercussions indirectes de cette politique sur l’accès aux traitements innovants en Europe.

Ce qu'il faut retenir

  • Le décret de mai 2025 de Donald Trump impose aux laboratoires d’aligner leurs prix sur ceux des pays aux tarifs les plus bas, via le mécanisme MFN.
  • Les États-Unis représentent plus de 50 % de la demande mondiale en médicaments sur ordonnance.
  • Dix mois après ce décret, les lancements de nouveaux médicaments en Europe ont chuté de 35 % par rapport à la période précédente, selon une analyse de GlobalData rapportée par Reuters en mars 2026.
  • La Commission européenne, sous la direction du commissaire à la Santé Olivér Várhelyi, doit rendre un rapport avant l’été pour évaluer l’impact du MFN sur l’accès aux médicaments en UE.
  • Les ministres veulent savoir si la politique américaine entraîne des retards de lancement, une hausse des prix ou un retrait partiel des laboratoires du marché européen.

Une politique américaine à double tranchant pour l’industrie pharmaceutique

En signant ce décret, Donald Trump a souhaité répondre à la hausse continue des dépenses en santé aux États-Unis, où les prix des médicaments figurent parmi les plus élevés au monde. Le mécanisme MFN, appliqué depuis mai 2025, oblige les groupes pharmaceutiques à ajuster leurs tarifs en fonction des niveaux pratiqués dans les pays partenaires des États-Unis – une liste incluant notamment l’Allemagne, la France ou encore le Japon. Autant dire que les laboratoires se trouvent face à un dilemme : soit réduire leurs marges aux États-Unis, soit reporter leurs lancements sur d’autres marchés, comme celui de l’Union européenne, où les prix sont traditionnellement plus élevés.

Or, ces derniers mois, les premiers effets de cette politique commencent à se faire sentir. D’après les données compilées par le cabinet GlobalData et relayées par Reuters en mars 2026, le nombre de nouveaux médicaments commercialisés dans l’UE a reculé de 35 % sur les dix mois suivant la mise en place du décret, comparé à la même période l’année précédente. Une tendance qui inquiète les autorités européennes, d’autant que l’UE reste un marché stratégique pour les laboratoires, malgré sa taille plus réduite que celle des États-Unis.

Bruxelles sonne l’alarme sur l’accès aux traitements innovants

Face à ce constat, les ministres de la Santé des États membres de l’UE ont chargé la Commission européenne d’évaluer en urgence l’impact réel du MFN sur leur marché. Lors d’une réunion à Luxembourg, le commissaire à la Santé, Olivér Várhelyi, a confirmé que l’exécutif européen allait examiner « comment fonctionne [le mécanisme MFN] et quel impact général il a sur les marchés de l’UE ». « C’est la mission que nous ramenons à Bruxelles », a-t-il précisé, ajoutant : « Nous voulons aller vite, ce qui signifie que je veux encore le faire avant l’été ».

« Les pays veulent obtenir des réponses sur comment fonctionne [le MFN] et quel impact général il a sur les marchés de l’UE. »
— Olivér Várhelyi, commissaire européen à la Santé, lors d’un point presse à Luxembourg

L’enquête portera notamment sur les médicaments concernés par cette politique tarifaire, l’éventualité d’une hausse des prix en Europe, ou encore la possibilité que certains laboratoires renoncent à commercialiser leurs produits sur le continent. Autant de scénarios qui pourraient aggraver les inégalités d’accès aux soins entre les deux rives de l’Atlantique.

Un marché européen sous tension, entre dépendance et résistance

L’Union européenne, qui représente environ 20 % du marché pharmaceutique mondial, pourrait devenir un terrain de tensions entre les laboratoires et les régulateurs nationaux. Historiquement, les prix y sont encadrés par des négociations centralisées ou décentralisées selon les pays, ce qui limite la marge de manœuvre des industriels. Pourtant, avec la pression exercée par la politique américaine, certains acteurs pourraient être tentés de privilégier les marchés où les prix sont moins régulés, au détriment de l’innovation thérapeutique en Europe.

Cette situation place les autorités européennes dans une position délicate. D’un côté, elles doivent protéger l’accès des patients à des traitements abordables et innovants. De l’autre, elles craignent que les laboratoires ne fassent primer leurs intérêts économiques, quitte à réduire leur présence sur le continent. Pour l’instant, aucun retrait massif n’a été signalé, mais la Commission reste vigilante. « Nous allons regarder si certains laboratoires pourraient se retirer du marché européen », a indiqué Olivér Várhelyi, sans préciser quels groupes pourraient être concernés.

Un calendrier serré pour une réponse européenne

Le temps presse pour la Commission. Alors que le rapport doit être finalisé avant l’été 2026, les négociations entre États membres et avec les laboratoires pharmaceutiques s’annoncent complexes. Plusieurs pistes sont évoquées pour limiter les effets négatifs du MFN, comme l’accélération des procédures d’autorisation de mise sur le marché ou la création de mécanismes de compensation pour les médicaments prioritaires.

Cependant, aucune mesure concrète n’a encore été annoncée. Les discussions devraient se poursuivre dans les semaines à venir, avec la participation active des associations de patients et des industriels. Une chose est sûre : l’issue de cette enquête pourrait redéfinir les équilibres du marché pharmaceutique mondial pour les années à venir.

Et maintenant ?

D’ici la fin du mois de juin 2026, la Commission européenne devrait rendre un premier rapport préliminaire sur l’impact du MFN américain en Europe. Selon plusieurs sources proches du dossier, ce document pourrait servir de base à une communication officielle de l’exécutif européen, voire à des propositions législatives si les conclusions s’avèrent alarmantes. En parallèle, des discussions informelles avec les laboratoires pharmaceutiques pourraient débuter dès juillet, afin d’anticiper d’éventuels retraits de produits ou de marchés. Reste à voir si ces mesures suffiront à préserver l’attractivité de l’UE face à la pression américaine.

En attendant, les patients européens pourraient ressentir les premiers effets de cette politique d’ici la fin de l’année, avec un possible ralentissement des innovations thérapeutiques ou une hausse des prix sur certains médicaments essentiels. La balle est désormais dans le camp de Bruxelles.