La Commission européenne accélère la mise en place de mesures pour protéger l’industrie de l’Union face à la concurrence déloyale des produits chinois et à la menace qu’elle fait peser sur des milliers d’emplois. Selon Euronews FR, Bruxelles envisage notamment de réduire sa dépendance aux composants en provenance de Chine et d’instaurer des droits de douane sur des secteurs stratégiques, alors que les tensions commerciales avec Pékin s’intensifient.

Les dernières données des douanes chinoises, publiées en mai 2026, révèlent que Pékin a enregistré un excédent commercial de 113 milliards de dollars avec l’UE sur les quatre premiers mois de l’année, contre 91 milliards de dollars sur la même période en 2025. Cet excédent s’est creusé de 22 milliards de dollars en douze mois, alors que le déficit commercial de l’UE avec la Chine avait déjà atteint 359,9 milliards d’euros en 2025. Ces chiffres illustrent l’ampleur des déséquilibres commerciaux et alimentent les craintes d’une guerre commerciale ouverte.

Ce qu'il faut retenir

  • Excédent commercial chinois : 113 milliards de dollars sur les quatre premiers mois de 2026, en hausse de 22 milliards sur un an.
  • Déficit de l'UE : 359,9 milliards d’euros en 2025, selon les dernières estimations.
  • Mesures envisagées : Réduction de la dépendance aux composants chinois, droits de douane sur les secteurs stratégiques et protection contre les subventions déloyales.
  • Réactions chinoises : Pékin a menacé de représailles et interdit aux entreprises chinoises de coopérer avec la Commission européenne dans le cadre d’enquêtes sur les subventions étrangères.
  • Débat à Bruxelles : Les commissaires européens doivent examiner la question le 29 mai pour rétablir des conditions de concurrence équitables.

Des outils concrets pour limiter la dépendance aux importations chinoises

Parmi les pistes explorées par la Commission, la réduction de la dépendance aux composants chinois figure en tête de liste. Selon Euronews FR, un projet de règlement vise à obliger les entreprises européennes à diversifier leurs approvisionnements. Les seuils proposés imposeraient que 30 à 40 % des composants critiques proviennent d’au moins trois fournisseurs différents, aucun ne devant représenter plus de 40 % des achats totaux. Cette mesure s’inscrit dans un contexte où la Chine a déjà restreint en 2025 ses exportations de terres rares et de puces, deux ressources essentielles pour les secteurs de l’automobile, des technologies vertes et de la défense.

Cette stratégie de diversification s’accompagnerait de l’imposition de droits de douane ciblés sur des secteurs stratégiques. Dès avril 2026, l’UE a déjà validé le doublement des taxes sur les importations d’acier, dominées par les surcapacités chinoises. D’autres mesures, comme des quotas, pourraient être adoptées d’ici septembre 2026, dans le cadre de la stratégie de sécurité économique présentée par la Commission en décembre 2025. « Nous nous battrons bec et ongles pour chaque emploi européen, pour chaque entreprise européenne, pour chaque secteur ouvert, si nous voyons qu’ils sont traités de manière injuste », a déclaré Maroš Šefčovič, Commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, à Euronews FR.

L’industrie chimique dans le viseur des importations chinoises

Un autre secteur fait l’objet d’une attention particulière : l’industrie chimique. Les importations chinoises de produits chimiques ont bondi de 81 % en cinq ans, une hausse qui inquiète les industriels européens. Philipp Sauer, expert en commerce au Cefic, le groupe de pression de l’industrie chimique européenne, souligne que « 30 % des ventes de ce secteur sont réalisées à l’export, dont une partie importante vers la Chine, quatrième marché de l’industrie ». Cette dépendance crée un risque de représailles, ce qui complique toute initiative unilatérale de l’UE contre Pékin.

Pour contrer ces pratiques, la Commission pourrait recourir à des droits antidumping ou antisubventions. Ces mesures permettent de sanctionner les entreprises chinoises vendant à perte ou bénéficiant de subventions déloyales. Cependant, les enquêtes peuvent durer jusqu’à 18 mois, et la Direction générale du Commerce de la Commission, qui ne compte que 140 fonctionnaires, peine à absorber le volume des dossiers. Selon Philipp Sauer, « entre un tiers et la moitié des enquêtes en cours concernent le secteur chimique ».

Un « bazooka commercial » en réserve, mais son utilisation incertaine

Pour faire face à d’éventuelles pressions économiques chinoises, l’UE dispose d’un outil de dernier recours : l’instrument de lutte contre la coercition. Ce mécanisme, surnommé le « bazooka commercial », permettrait à Bruxelles de restreindre l’accès des entreprises chinoises aux licences ou aux marchés publics européens en cas de menace. Toutefois, son activation nécessiterait l’accord d’une majorité qualifiée des États membres, une condition difficile à réunir. Plusieurs pays, comme l’Allemagne, se sont déjà opposés à des mesures similaires par le passé. Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol, a effectué quatre voyages en Chine en trois ans et prône un rapprochement économique avec Pékin, ce qui complique encore la recherche d’un consensus.

Les divisions entre États membres pourraient aussi fragiliser la stratégie de découplage prônée par Bruxelles. Les gouvernements restent partagés sur la marche à suivre, notamment dans le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC). L’UE a proposé d’éliminer progressivement les fournisseurs chinois dits « à haut risque », comme Huawei ou ZTE, des infrastructures stratégiques. Pourtant, cette initiative suscite des réticences en Espagne et en Allemagne, où ces équipements sont déjà profondément intégrés dans les réseaux numériques.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront décisives pour l’UE. Le 29 mai 2026, les commissaires européens doivent se réunir pour débattre d’une réponse coordonnée face à la Chine. Les discussions porteront notamment sur les moyens de rétablir un équilibre commercial, tout en évitant des représailles qui pourraient fragiliser davantage les industries européennes. Une chose est sûre : le coût politique et économique d’un découplage total avec Pékin s’annonce élevé, et les États membres devront trancher entre fermeté et pragmatisme.

Reste à savoir si les capitales européennes parviendront à s’accorder sur une ligne commune. Les prochaines décisions de la Commission, attendues d’ici septembre 2026, pourraient en effet redéfinir les règles du jeu commercial entre l’UE et la Chine pour les années à venir.

La Commission européenne souhaite limiter les risques liés à la production excédentaire chinoise, qui menace des milliers d’emplois dans l’Union. En diversifiant ses approvisionnements, l’UE cherche à sécuriser ses chaînes de production face aux restrictions chinoises, comme celles imposées en 2025 sur les exportations de terres rares et de puces, essentielles pour les secteurs stratégiques.

L’industrie chimique, l’acier et les technologies de l’information sont particulièrement concernés. Les importations chinoises de produits chimiques ont augmenté de 81 % en cinq ans, tandis que l’acier et les puces électroniques font face à des surcapacités de production en Chine, poussant les prix à la baisse et menaçant les producteurs européens.