Au premier trimestre 2026, l’Union européenne a importé un volume record de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance de Russie depuis 2022, selon une étude publiée ce mercredi 13 mai par le centre de réflexion IEEFA. Ce niveau, qui marque un rebond inattendu des approvisionnements, intervient alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient perturbent durablement les marchés mondiaux des hydrocarbures. Autant dire que la dépendance européenne au gaz russe reste un enjeu stratégique majeur, malgré les sanctions et les discours de diversification énergétique.
Ce qu'il faut retenir
- Volume record : Le GNL russe importé dans l’UE au premier trimestre 2026 dépasse les niveaux enregistrés depuis 2022, année du début de l’invasion de l’Ukraine.
- Source : L’analyse émane du IEEFA (Institute for Energy Economics and Financial Analysis), un centre de réflexion spécialisé dans les questions énergétiques.
- Contexte géopolitique : Cette hausse survient alors que les conflits au Moyen-Orient exacerbent l’instabilité des approvisionnements en hydrocarbures à l’échelle mondiale.
- Dépendance énergétique : Malgré les efforts de diversification, l’Europe continue de s’approvisionner massivement en GNL russe, soulignant les limites des alternatives disponibles.
Une hausse qui interroge malgré les tensions
Les données publiées par le IEEFA révèlent que les importations européennes de GNL russe ont atteint un pic historique au premier trimestre 2026, soit près de quatre ans après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Ces chiffres contredisent les objectifs affichés par plusieurs États membres de l’UE, qui avaient promis de réduire leur dépendance aux énergies fossiles russes. D’après l’étude, les volumes importés ont dépassé les 12 millions de tonnes sur trois mois, un niveau comparable à celui observé en 2021, avant le début du conflit.
Cette situation s’explique en partie par la structure même du marché du GNL, où la Russie reste un fournisseur compétitif malgré les sanctions. Les contrats à long terme signés avant 2022 continuent de lier certains pays européens, tandis que d’autres, comme la France ou l’Espagne, ont maintenu des livraisons pour des raisons logistiques ou économiques. « Les pays de l’UE n’ont pas encore trouvé d’alternatives viables capables de compenser totalement le retrait du gaz russe via gazoducs », a déclaré un analyste du IEEFA sous couvert d’anonymat.
Un paradoxe énergétique amplifié par les crises au Moyen-Orient
La hausse des importations de GNL russe coïncide avec une période de forte volatilité sur les marchés énergétiques mondiaux. Depuis octobre 2023, le conflit entre Israël et le Hamas, puis son extension régionale, ont provoqué des perturbations majeures dans les flux de pétrole et de gaz, notamment via les détroits stratégiques comme celui d’Ormuz. Résultat : les prix de l’énergie restent élevés, poussant certains pays à privilégier les sources d’approvisionnement les plus stables — quand bien même elles proviennent de Russie.
L’Europe, qui avait accéléré ses achats de GNL américain et qatari en 2022-2023, se retrouve aujourd’hui dans une position délicate. Les terminaux de regazéification européens, bien que modernisés, peinent à absorber la demande supplémentaire. « On observe une course contre la montre pour sécuriser des volumes, même si cela signifie traiter avec des fournisseurs sous sanctions », a expliqué un responsable de la Commission européenne, cité par RFI. Les stocks de gaz en Europe restent suffisants pour l’hiver 2026, mais la question de la souveraineté énergétique redevient centrale.
En attendant, la dépendance au GNL russe rappelle que les transitions énergétiques, même engagées, prennent du temps — et que les crises géopolitiques en redessinent souvent les contours. Pour l’heure, les États membres de l’UE devront naviguer entre pragmatisme et principes, dans un contexte où chaque mégawatt compte.
Plusieurs raisons expliquent cette persistance. D’abord, les contrats à long terme signés avant 2022 lient encore certains pays européens. Ensuite, les alternatives comme le GNL américain ou qatari restent coûteuses ou limitées en volume. Enfin, la Russie a su adapter ses circuits de vente, en privilégiant des pays moins regardants sur les sanctions, comme l’Inde ou la Chine, tout en maintenant des livraisons vers l’Europe via des sociétés écrans.