L’entreprise ukrainienne Celebra Tech vient de franchir une étape significative dans la guerre technologique contre les drones russes. Selon BFM Business, elle a développé un système laser baptisé « Trident », capable de perforer des drones ennemis à plus de cinq kilomètres de distance, une portée bien supérieure à celle des solutions actuelles. Présenté comme une alternative économique aux missiles intercepteurs, dont le coût avoisine les 3 à 5 millions de dollars par unité, ce laser pourrait révolutionner la défense aérienne ukrainienne face à l’afflux de drones low-cost comme les Shahed ou les FPV.
Ce qu'il faut retenir
- Le système laser « Trident » développé par Celebra Tech est capable de neutraliser des drones à plus de 5 km de distance, selon les annonces de l’entreprise.
- Ce laser cible notamment les drones russes Shahed et les drones FPV à moins d’un kilomètre, avec une précision améliorée grâce à l’intelligence artificielle.
- Coût estimé : bien inférieur à celui des missiles intercepteurs comme le Patriot PAC-3, estimés entre 3 et 5 millions de dollars l’unité.
- Déployé sur le front depuis décembre 2024, le système a déjà fait l’objet de tests en conditions réelles avant une présentation publique imminente.
- Les défis techniques incluent la nécessité d’une alimentation électrique puissante pour générer un faisceau laser suffisamment intense pour perforer les drones.
Le « Trident » s’inscrit dans une stratégie ukrainienne visant à compenser l’avantage technologique russe en matière de drones, dont le coût unitaire ne dépasse pas 20 000 dollars. « Le déséquilibre est criant : pour détruire un drone à 20 000 dollars, Kiev doit engager un missile à 5 millions. Cette asymétrie n’est tenable pour aucune armée », rappelle un expert cité par BFM Business. Face à cette équation financière insoutenable, les armes à énergie dirigée comme le laser ukrainien pourraient offrir une solution viable à moindre coût.
Selon les informations rapportées par le média ukrainien Militarnyi, le système a déjà été testé en conditions réelles depuis fin 2024, sous la supervision du commandant des forces de systèmes sans pilote ukrainiennes, Vadym Sukharevskyi. Ce dernier avait confirmé dès décembre 2024 le déploiement opérationnel du « Trident », avant même sa présentation officielle. Les tests ont permis de valider un modèle mobile, intégrant un logiciel basé sur l’intelligence artificielle pour détecter et suivre automatiquement les cibles.
Pourtant, ni l’entreprise ni le média ukrainien n’ont divulgué de détails techniques sur le fonctionnement du laser. Un choix compréhensible au vu des enjeux de confidentialité militaire, mais qui laisse en suspens des questions essentielles : quelle est la puissance exacte du faisceau ? Comment le système gère-t-il les conditions météorologiques défavorables, comme la pluie ou le brouillard ? Autant de paramètres cruciaux pour évaluer l’efficacité réelle du « Trident » sur le terrain.
Un concept déjà adopté par plusieurs armées, dont la France
Les armes à énergie dirigée ne sont pas une nouveauté en soi. Plusieurs pays, dont les États-Unis, Israël et la France, ont déjà développé des systèmes similaires pour contrer les menaces de drones. En France, le démonstrateur Helma-P, conçu par la société Cilas, a notamment été testé lors des Jeux olympiques et paralympiques de Paris en 2024, dans le cadre du dispositif de lutte antidrone mis en place pour sécuriser l’événement.
La Direction générale de l’armement (DGA) avait d’ailleurs annoncé en septembre 2025 avoir passé une commande – dont le montant reste confidentiel – pour un démonstrateur d’arme laser destiné à renforcer la défense aérienne à courte portée. « Ces systèmes offrent une réponse adaptée aux menaces actuelles, notamment les drones de petite taille ou les essaims, difficiles à intercepter avec des missiles classiques », explique un responsable de la DGA. Leur atout majeur réside dans leur coût opérationnel réduit : une fois l’investissement initial amorti, chaque tir revient à quelques euros en électricité, contre plusieurs millions pour un missile.
Cependant, leur déploiement opérationnel reste conditionné par des contraintes logistiques. Les lasers nécessitent une alimentation électrique puissante, souvent difficile à garantir près des lignes de front. « Le défi n’est pas seulement technologique, mais aussi tactique : il faut pouvoir positionner ces systèmes à proximité immédiate des zones de combat », souligne un expert en armement sous couvert d’anonymat. Ces limitations expliquent pourquoi les armes laser sont encore majoritairement utilisées pour la protection de sites sensibles, comme des bases militaires ou des infrastructures critiques, plutôt que pour des opérations en première ligne.
Une innovation ukrainienne dans un contexte de guerre asymétrique
L’Ukraine, confrontée depuis 2022 à une utilisation massive de drones par la Russie, mise sur l’innovation pour inverser le rapport de force. Les drones Shahed, fabriqués en Iran et utilisés en masse par Moscou, coûtent entre 10 000 et 20 000 dollars selon les versions. Pour les intercepter, Kiev dépend en grande partie de systèmes occidentaux comme le Patriot PAC-3, dont le prix unitaire varie entre 3 et 5 millions de dollars. « Même avec un taux de réussite de 100 %, cette stratégie est économiquement insoutenable à long terme », estime un analyste de l’Institut international d’études stratégiques (IISS).
Le « Trident » pourrait donc apporter une réponse partielle à ce dilemme. Selon les premières estimations, son coût de production serait bien inférieur à celui des missiles, même si aucune donnée officielle n’a été communiquée. « Si ce système tient ses promesses, il pourrait permettre à l’Ukraine de réduire sa dépendance aux missiles coûteux tout en maintenant une pression constante sur les drones russes », commente un spécialiste des technologies de défense. Reste à savoir si le laser ukrainien pourra être déployé à grande échelle et dans quelles conditions.
« Le déséquilibre des coûts entre drones et missiles est un problème structurel pour l’Ukraine. Les solutions technologiques comme le laser « Trident » sont une piste sérieuse, mais leur efficacité dépendra de leur capacité à fonctionner dans des conditions réelles, et non seulement en laboratoire. »
En attendant, l’Ukraine continue de miser sur l’innovation pour compenser son infériorité numérique face à la Russie. Entre lasers, drones kamikazes et guerre électronique, le conflit s’inscrit désormais dans une course technologique où chaque avancée pourrait faire pencher la balance. Une chose est sûre : la bataille de demain ne se gagnera pas seulement avec des missiles, mais aussi avec des faisceaux lumineux.
Le coût exact du « Trident » n’a pas été dévoilé par l’entreprise ukrainienne Celebra Tech. Cependant, selon BFM Business, il serait « infiniment moins cher » que les missiles intercepteurs comme le Patriot PAC-3, estimés entre 3 et 5 millions de dollars l’unité. Les armes à énergie dirigée, une fois leur coût initial amorti, reviennent à quelques euros en électricité par tir.
Selon les annonces de Celebra Tech rapportées par BFM Business et le média ukrainien Militarnyi, le système laser « Trident » est capable de perforer des drones russes Shahed à plus de cinq kilomètres de distance. Il peut également neutraliser des drones FPV à moins d’un kilomètre, avec une précision améliorée grâce à un logiciel intégrant l’intelligence artificielle.