Depuis plusieurs semaines, le Mali fait face à une escalade inédite de violences, plongeant le pays dans sa pire crise sécuritaire depuis le début du conflit en 2012. Selon France 24, les attaques coordonnées se multiplient dans la capitale Bamako, tandis que des groupes armés ont repris le contrôle de la ville de Kidal, dans le nord du pays. Parallèlement, les massacres se densifient dans les régions centrales, où des communautés entières sont prises pour cible. Dans ce contexte, la junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta voit ses marges de manœuvre se réduire comme peau de chagrin.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Mali connaît sa pire crise sécuritaire depuis 2012, marquée par des attaques coordonnées contre Bamako et la reprise de Kidal par des groupes armés.
  • Les massacres dans le centre du pays s’intensifient, exacerbant la crise humanitaire.
  • La junte du général Assimi Goïta est critiquée pour son incapacité à endiguer la dégradation de la situation.
  • Le sociologue malien Mohamed Amara analyse les causes structurelles de cette crise, dans un entretien accordé à France 24.

Pour décrypter les racines de cette instabilité, France 24 a interrogé le sociologue malien Mohamed Amara, auteur de l’ouvrage Marchands d’angoisse : le Mali tel qu’il est, tel qu’il devrait être. Dans cet entretien, il met en lumière les causes profondes de l’effondrement sécuritaire, soulignant notamment l’échec des réponses purement militaires mises en œuvre jusqu’ici. « Les stratégies de sécurisation n’ont pas pris en compte les dynamiques sociales et politiques locales », explique-t-il. Selon lui, la crise actuelle révèle un État malien profondément fragilisé, incapable de garantir la sécurité de sa population.

Les événements récents illustrent cette déliquescence. À Bamako, les attaques, bien que moins fréquentes qu’auparavant, restent symboliquement lourdes : elles ciblent désormais des lieux stratégiques, comme des infrastructures administratives ou des quartiers résidentiels. À Kidal, la reprise par des groupes armés, dont certains sont liés à des mouvements jihadistes, marque un tournant. La ville, déjà sous tension depuis des années, était jusqu’alors un bastion de la résistance malienne et internationale aux groupes terroristes. « La chute de Kidal est un camouflet pour les forces maliennes et leurs alliés », précise Mohamed Amara. Quant aux régions centrales, elles subissent une vague de violences intercommunautaires, avec des bilans humains de plus en plus lourds. Selon des ONG locales citées par France 24, plus de 200 civils auraient péri dans des massacres en deux mois seulement.

Une junte sous le feu des critiques

Face à cette dégradation, la junte d’Assimi Goïta est de plus en plus contestée. Arrivée au pouvoir par un coup d’État en 2020, puis consolidée après une transition chaotique, elle a promis de rétablir l’ordre et la stabilité. Pourtant, les résultats sont loin des attentes. Les retards accumulés dans la formation de l’armée, la corruption endémique et les divisions internes au sein de la junte ont affaibli sa capacité à répondre à la crise. « La junte a misé sur une militarisation accrue, mais sans vision stratégique », analyse Mohamed Amara. Les partenariats avec des acteurs extérieurs, comme la Russie à travers le groupe Wagner, n’ont pas permis de renverser la tendance.

Les appels à une transition civile et à un retour à l’ordre constitutionnel se multiplient, y compris au sein de la société civile malienne. Pourtant, le général Goïta et ses proches refusent catégoriquement cette option, arguant que le pays n’est pas encore prêt pour une démocratie « sous surveillance militaire ». Cette position isole davantage Bamako sur la scène internationale, où de nombreux partenaires, dont la France et les États-Unis, conditionnent leur aide à un retour progressif à l’ordre constitutionnel.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives pour le Mali. La junte devrait présenter un nouveau plan sécuritaire d’ici la fin du mois de mai, selon des sources proches du gouvernement citées par France 24. Ce plan pourrait inclure un renforcement des effectifs militaires, mais aussi des mesures de décentralisation pour répondre aux revendications des régions marginalisées. Reste à voir si ces annonces suffiront à inverser la tendance. Par ailleurs, la communauté internationale pourrait durcir le ton, notamment si les violations des droits humains se poursuivent. Une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU est prévue pour le 15 mai, où la situation au Mali sera à l’ordre du jour.

Une chose est sûre : la crise actuelle dépasse le simple cadre sécuritaire. Elle interroge la viabilité même de l’État malien à moyen terme. Comme le rappelle Mohamed Amara, « le Mali est aujourd’hui à un carrefour : soit il parvient à reconstruire un contrat social viable entre ses différentes composantes, soit il risque de s’enfoncer dans une fragmentation durable, avec des conséquences imprévisibles pour toute la région du Sahel. » Entre attentes de la population, pressions internationales et stratégies militaires contestées, le chemin vers la stabilité reste plus que jamais semé d’embûches.

Selon les informations rapportées par France 24, la reprise de Kidal serait l’œuvre de coalitions de groupes armés, incluant des mouvements liés à l’ex-rébellion touarègue et des factions jihadistes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Ces groupes sont actifs dans le nord du Mali depuis plusieurs années, profitant des vides sécuritaires pour étendre leur influence.