Deux praticiennes en protection de l’enfance, Pauline Chaste et Emanuelle Tyberg, ont tiré la sonnette d’alarme dans une tribune publiée par Le Monde, soulignant le décalage croissant entre les signalements de maltraitance infantile et les délais de traitement par les pouvoirs publics.
Ce qu'il faut retenir
- Une tribune publiée dans Le Monde met en lumière l’écart entre les signalements de maltraitance infantile et les réponses des institutions.
- Pauline Chaste et Emanuelle Tyberg, deux praticiennes, alertent sur les retards dans les prises en charge.
- Le « temps psychique de l’enfant », souvent urgent, n’est pas compatible avec les délais administratifs des institutions.
Dans leur texte, les deux spécialistes rappellent que les enfants victimes de maltraitance nécessitent une prise en charge immédiate. Pourtant, les signalements déposés auprès des services sociaux ou judiciaires se heurtent fréquemment à des délais incompatibles avec leur besoin de stabilité et de sécurité. Pauline Chaste et Emanuelle Tyberg évoquent un « temps psychique de l’enfant » distinct de celui des institutions, un décalage qui aggrave la vulnérabilité des jeunes concernés.
« Le temps psychique de l’enfant n’est pas celui des institutions. Quand un enfant est en danger, chaque jour compte, et les procédures administratives ne peuvent pas suivre le rythme de l’urgence », ont-elles déclaré dans leur tribune au Monde.
Les deux praticiennes, qui interviennent quotidiennement auprès d’enfants en situation de risque, expliquent que les retards dans les évaluations ou les placements aggravent les traumatismes subis. Elles citent notamment des cas où des enfants, signalés pour maltraitance grave, ont dû attendre plusieurs semaines avant qu’une décision ne soit prise. « Autant dire que pour un enfant en détresse, ces délais sont une seconde forme de violence », précisent-elles.
Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il s’est accentué ces dernières années, selon les deux autrices. Les services sociaux, sous-financés et en sous-effectif, peinent à absorber le volume croissant de signalements, tandis que les tribunaux pour enfants sont engorgés. « Les institutions fonctionnent avec des priorités qui ne sont pas toujours alignées sur les besoins immédiats des enfants », a souligné Emanuelle Tyberg.
Cette tribune intervient alors que les chiffres de la maltraitance infantile continuent d’augmenter en France. Selon les dernières données de l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE), près de 100 000 enfants ont été victimes de maltraitance en 2025, un chiffre en hausse de 12 % par rapport à 2023. Pourtant, seulement 30 % des signalements donnent lieu à une prise en charge dans les 48 heures, comme le préconisent les bonnes pratiques.
Les deux praticiennes rappellent également que la France a été rappelée à l’ordre à plusieurs reprises par le Comité des droits de l’enfant de l’ONU pour ses manquements en matière de protection des mineurs. « Les retards dans les prises en charge sont systématiquement pointés du doigt par les experts internationaux, mais les changements concrets se font attendre », a déploré Pauline Chaste.
Face à cette situation, des associations comme la Fondation pour l’enfance ou le Secours catholique appellent à une mobilisation accrue des pouvoirs publics. Une pétition, lancée en mars 2026, exige notamment la création de 500 postes supplémentaires dans les services sociaux et une augmentation des budgets alloués à la protection de l’enfance. Pour l’instant, ces demandes restent sans réponse officielle.
Selon les bonnes pratiques, une prise en charge doit intervenir dans les 48 heures après un signalement urgent. Pourtant, dans de nombreux départements, ce délai peut s’étendre à deux ou trois semaines, voire plus, en raison de l’engorgement des services. Les deux praticiennes citent des cas où des enfants ont attendu jusqu’à un mois avant qu’une évaluation ne soit réalisée.