Alors que les indicateurs économiques et géopolitiques continuent de peser sur les décisions des ménages et des investisseurs, le secteur immobilier français reste sous haute surveillance. Le Figaro - Immobilier revient sur les analyses livrées par deux experts du marché lors d’un entretien télévisé, décryptant l’évolution des transactions, les conditions d’accès au crédit et les stratégies à adopter pour les futurs acquéreurs.

Ce qu'il faut retenir

  • Une baisse de 12% du volume des transactions sur un an, selon les dernières données du marché.
  • Des taux d’emprunt en légère hausse, s’établissant en moyenne à 3,8% en avril 2026, contre 3,5% un an plus tôt.
  • Les conseils pratiques pour sécuriser un projet immobilier malgré un contexte incertain, détaillés par les experts.
  • L’impact des tensions internationales sur les prix de l’énergie et leur répercussion sur le pouvoir d’achat des ménages.
  • Laura Martino (Cafpi) et Eric Allouche (ERA) ont partagé leur analyse dans l’émission Figaro Immo.

Un marché en ralentissement, mais pas en crise

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le nombre de transactions immobilières a reculé de 12% sur les douze derniers mois, un repli significatif qui s’inscrit dans un contexte de hausse des taux d’intérêt et d’inflation persistante. Laura Martino, directrice des études chez Cafpi, souligne que « cette baisse reste modérée comparée à d’autres cycles de ralentissement ». Elle rappelle que le marché conserve une certaine résilience, portée par la demande locative et les investisseurs institutionnels. Eric Allouche, directeur général d’ERA France, abonde dans ce sens : « Les fondamentaux du marché sont solides, mais les acquéreurs doivent désormais composer avec des conditions d’emprunt moins favorables qu’il y a deux ans. »

Des taux d’intérêt en progression, mais des écarts selon les profils

Les conditions d’accès au crédit se sont durcies, avec un taux moyen à 3,8% en avril 2026, contre 3,5% en avril 2025. Cette hausse, bien que modérée, pèse sur le pouvoir d’achat des ménages, notamment pour les primo-accédants. Laura Martino précise que « les banques restent sélectives, privilégiant les profils stables avec un apport personnel conséquent ». Eric Allouche ajoute que « les taux varient fortement selon les régions : jusqu’à 4,2% dans les zones tendues comme l’Île-de-France, contre 3,5% dans le Grand Ouest, où la pression sur les prix est moindre ».

L’inflation et les tensions internationales, des facteurs clés

L’inflation, qui a atteint 4,5% en moyenne annuelle en 2025, continue de peser sur le budget des ménages. Les deux experts s’accordent à dire que « les prix de l’énergie et des matériaux de construction restent des variables critiques pour le marché ». Les tensions géopolitiques, notamment en Europe de l’Est et au Moyen-Orient, alimentent une incertitude persistante sur les coûts et les délais de chantier. Laura Martino estime que « ces éléments pourraient freiner encore davantage la construction neuve, déjà en berne depuis 2024 ».

« Les acquéreurs doivent désormais anticiper une période de patience : les prix pourraient encore reculer dans certaines zones, mais les opportunités se feront plus rares. »
— Eric Allouche, directeur général d’ERA France

Les stratégies pour sécuriser son projet immobilier

Face à ce contexte, les deux spécialistes ont livré une série de recommandations pour les ménages souhaitant se lancer. En premier lieu, ils conseillent de « renforcer son apport personnel pour obtenir des conditions de prêt plus avantageuses ». Ensuite, ils recommandent de « surveiller les évolutions des aides publiques, comme le PTZ ou les dispositifs locaux, qui pourraient s’adapter aux nouvelles réalités du marché ». Enfin, ils invitent à « élargir ses critères de recherche pour ne pas se limiter aux zones les plus tendues, où la concurrence reste féroce ».

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient redessiner le paysage immobilier d’ici la fin de l’année. Les observateurs attendent notamment les annonces de la Banque centrale européenne sur sa politique monétaire, prévues pour juillet 2026. Une baisse des taux pourrait relancer la demande, tandis qu’un maintien de la rigueur prolongerait le statu quo actuel. Par ailleurs, les négociations commerciales entre l’Union européenne et la Russie, qui pèsent sur les approvisionnements en énergie, restent un facteur d’incertitude majeur. Les prochains mois s’annoncent donc décisifs pour les acteurs du secteur.

Les analyses de Laura Martino et Eric Allouche, diffusées dans l’émission Figaro Immo, offrent un éclairage précieux sur un marché en mutation. Si les défis sont réels, leur message reste mesuré : « Il n’y a pas de fatalité, mais une nécessité de s’adapter », résument-ils. Une chose est sûre : les acquéreurs et investisseurs devront faire preuve de pragmatisme pour naviguer dans ce paysage complexe.

Plusieurs aides persistent, comme le Prêt à taux zéro (PTZ), sous conditions de ressources, ou les dispositifs locaux comme les prêts Action Logement. Laura Martino (Cafpi) précise que « ces mécanismes évoluent régulièrement » et recommande de consulter les sites des préfectures ou des caisses d’allocations familiales pour les dernières mises à jour. Les primo-accédants peuvent également bénéficier d’exonérations partielles de taxes foncières dans certaines communes.