La question de la plus ancienne ville de France agite régulièrement les débats historiques et culturels. Si Marseille est souvent citée spontanément en raison de son héritage phocéen, l’archéologie apporte des éléments moins connus, selon Ouest France. La Cité phocéenne, fondée vers 600 av. J.-C., n’est en effet pas forcément la plus ancienne commune de l’Hexagone, comme l’explique l’édition du soir de ce média dans son podcast quotidien.

Pour trancher, il faut remonter aux traces les plus anciennes de peuplement urbain, celles qui préexistent à la romanisation. Autant dire que la réponse n’a rien d’évident, car elle repose sur des découvertes archéologiques parfois fragmentaires et des interprétations chronologiques variables. Le débat reste donc ouvert, nourri par les travaux des historiens et des préhistoriens.

Ce qu'il faut retenir

  • Marseille, fondée vers 600 av. J.-C. par des colons grecs, est souvent citée comme la plus ancienne ville française, mais ce statut est contesté par d’autres sites.
  • L’archéologie a révélé des traces de peuplement antérieures à Marseille, notamment à Narbonne et dans la région du Languedoc.
  • La question de la plus ancienne ville de France n’a pas de réponse unique, car elle dépend des critères retenus : continuité urbaine, fondations antérieures à la romanisation, ou premières mentions écrites.
  • Certains historiens avancent que Bibracte, ville gauloise mentionnée par César, pourrait prétendre au titre, bien que son statut urbain soit débattu.

Marseille, la favorite des manuels d’histoire

Marseille, ou Massalia en grec ancien, est généralement présentée comme la plus ancienne ville de France. Fondée vers 600 avant notre ère par des colons venus de Phocée, en Asie Mineure actuelle, elle incarne une continuité urbaine ininterrompue depuis l’Antiquité. Les fouilles archéologiques menées dans le Vieux-Port et sur le site de l’oppidum de Saint-Charles ont confirmé l’ancienneté de son peuplement, avec des vestiges remontant au VIIe siècle av. J.-C.

Pourtant, comme le rappelle Ouest France, cette antériorité n’est pas absolue. D’autres sites, bien que moins médiatisés, revendiquent une ancienneté comparable, voire supérieure. La question mérite donc d’être examinée à la lumière des dernières découvertes, qui bousculent parfois les idées reçues.

Narbonne et le Languedoc, rivaux historiques de Marseille

Si Marseille domine l’imaginaire collectif, d’autres villes du sud de la France présentent des arguments solides. Narbonne, par exemple, a été fondée en 118 av. J.-C. sous le nom de *Narbo Martius*, devenant la première colonie romaine en Gaule. Mais des traces de peuplement antérieures, remontant au néolithique et à l’âge du fer, y ont été identifiées, notamment sur le site de l’oppidum de Montlaurès.

Dans la même région, Ensérune, un site archéologique majeur situé près de Béziers, témoigne d’une occupation humaine continue depuis le VIe siècle av. J.-C., avec des fortifications et des vestiges d’une cité proto-urbaine. Ces éléments font du Languedoc un sérieux concurrent dans la course à la plus ancienne ville de France.

Bibracte et les cités gauloises, des candidates inattendues

Plus au nord, la question de la plus ancienne ville de France se complexifie encore. Bibracte, située en Bourgogne et célèbre pour avoir été le théâtre de la victoire de Vercingétorix contre César en 52 av. J.-C., était une cité gauloise majeure. Bien que son statut urbain fasse débat – certains historiens la qualifiant plutôt de « ville-temple » ou de lieu de rassemblement –, elle reste une candidate sérieuse.

D’autres sites comme Alésia ou Gergovie, également liés à des épisodes de la guerre des Gaules, pourraient prétendre à une ancienneté comparable. Mais leur fonction militaire ou religieuse les éloigne du modèle classique de la ville, telle que définie par les Grecs ou les Romains.

Lyon, entre romanisation et héritage antique

Lyon, fondée en 43 av. J.-C. sous le nom de *Lugdunum*, est souvent citée comme l’une des plus anciennes villes de France. Son rôle de capitale des Gaules et son développement urbain rapide en ont fait un centre politique et économique majeur dès l’Antiquité. Pourtant, son ancienneté est postérieure à celle de Marseille ou de Narbonne, même si son héritage romain est tout aussi impressionnant.

Les fouilles menées à Fourvière et dans le quartier de la Croix-Rousse ont révélé des vestiges remarquables, mais Lyon ne peut prétendre au titre de plus ancienne ville de France. Elle incarne plutôt l’apogée de la romanisation en Gaule.

Et maintenant ?

Les débats sur la plus ancienne ville de France pourraient rebondir dans les prochaines années avec les avancées de l’archéologie préventive. Des fouilles programmées dans le sud de la France, notamment dans l’Hérault et l’Aude, pourraient révéler de nouveaux indices sur les premiers peuplements urbains. Une datation plus précise des sites comme Ensérune ou Montlaurès pourrait, à terme, redistribuer les cartes.

Quoi qu’il en soit, cette question dépasse le simple cadre historique. Elle interroge aussi notre rapport au passé et la manière dont nous choisissons de mettre en avant certains récits plutôt que d’autres. La réponse définitive pourrait donc rester insaisissable, au gré des découvertes et des interprétations.

Marseille, fondée vers 600 av. J.-C. par des colons grecs, est la plus ancienne ville de France dont la fondation est clairement attestée par des sources écrites et des vestiges archéologiques. Son héritage phocéen en fait un symbole de la présence grecque en Méditerranée, bien avant la conquête romaine.