En France, plus d’un tiers des adultes déclarent souffrir de difficultés d’endormissement ou de troubles du sommeil réguliers. Face à ce constat, les compléments alimentaires à base de mélatonine, une hormone naturelle sécrétée par le cerveau, séduisent de plus en plus de consommateurs. Ces produits, disponibles en pharmacie sous forme de gélules, sprays ou bonbons, promettent un endormissement plus rapide et un sommeil de meilleure qualité. Mais leur efficacité est-elle avérée ? Selon Franceinfo - Santé, l’analyse des témoignages et des données scientifiques révèle des résultats contrastés, entre bénéfices réels et risques d’effets indésirables.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 1 400 nouvelles références de compléments alimentaires à base de mélatonine ont été commercialisées en France ces dix dernières années, selon le Synadiet.
  • Les produits se présentent sous diverses formes : gélules, sprays sublinguaux ou bonbons gélifiés, souvent associés à d’autres plantes comme la valériane ou la camomille.
  • La mélatonine peut être efficace si elle est prise au bon moment, mais une mauvaise utilisation aggrave parfois les troubles du sommeil.
  • Les effets secondaires les plus fréquents incluent maux de tête et somnolence diurne, ce qui peut affecter la vigilance, notamment au volant.
  • Les professionnels de santé alertent sur les risques de l’automédication et recommandent une utilisation encadrée.

Une offre pléthorique en pharmacie, mais des résultats inégaux

Dans les rayons des pharmacies françaises, les étalages dédiés aux troubles du sommeil regorgent de produits censés faciliter l’endormissement. Sprays, gélules ou « gummies » à la mélatonine côtoient des associations avec des plantes comme le tilleul ou la camomille. Cette diversité répond à une demande croissante : « Au bout d’un mois et demi, ça a fait effet. Je dors mieux », témoigne une cliente interrogée en officine. Une autre ajoute : « Je ne me réveille plus. Si je me réveille, je me rendors plutôt vite ».

Jean-Charles Rossi, pharmacien à Paris, confirme cette tendance : « Vous allez avoir de la mélatonine avec de la valériane sous forme de gélule. Vous allez avoir aussi de la mélatonine sous forme de gummies, des petits bonbons. On va avoir aussi ce qu’on appelle des petits sprays que l’on met sous la langue. Vous savez que la voie sublinguale est la voie la plus rapide d’action. » Les prix varient entre 4 et 17 euros la boîte pour un mois de traitement, un budget que les consommateurs semblent prêts à engager pour retrouver un sommeil réparateur.

Un adolescent sur trois utilise la mélatonine pour réviser

Parmi les consommateurs, les jeunes occupent une place particulière. Dans une pharmacie parisienne, un lycéen explique consommer de la mélatonine la veille des examens : « Ça m’aide. Après comme disait ma mère, c’est assez psychologique même si c’est quand même un réel effet physique ». Cette remarque soulève une question centrale : l’effet placebo joue-t-il un rôle dans la perception des bénéfices ? Dr Sylvie Royant-Parola, médecin spécialiste du sommeil, nuance : « C’est amusant parce qu’ils rajoutent toujours un petit peu autre chose, un peu de tilleul, un peu de camomille, etc. Alors que ça, pour le coup, ça ne va rien ajouter de particulier. »

La mélatonine, hormone produite naturellement par le corps pour réguler le cycle veille-sommeil, est au cœur de ces produits. Son efficacité dépend cependant de son utilisation. Comme le rappelle le Dr Royant-Parola, « les gens la prennent comme ça, un peu n’importe quand, voire en cours de nuit même, alors que ce n’est pas du tout prévu pour. Ça modifie l’organisation du sommeil. Donc, si on la prend au mauvais moment, on peut avoir au contraire une aggravation des problèmes. »

Des effets secondaires à ne pas négliger

Si la mélatonine est souvent présentée comme une solution miracle, ses risques ne doivent pas être sous-estimés. Anne-Sophie Stamane, journaliste au magazine Que Choisir, alerte sur les effets indésirables possibles : « Très classique, les maux de tête et la somnolence qui peut survenir le lendemain. Donc il faut faire très attention si on est amené à prendre le volant. » Ces effets, bien que généralement légers, peuvent impacter la qualité de vie des utilisateurs, notamment dans leur activité professionnelle ou quotidienne.

Par ailleurs, l’Assurance Maladie souligne dans ses fiches conseils sur l’insomnie que l’automédication avec des compléments à base de mélatonine ne remplace pas une consultation médicale, surtout en cas de troubles persistants. Les professionnels insistent sur la nécessité de respecter les posologies et de ne pas prolonger la prise sans avis médical, au risque de perturber durablement le rythme circadien.

Un marché en pleine expansion, mais encadré

Avec plus de 1 400 nouvelles références de compléments alimentaires à la mélatonine mises sur le marché depuis 2015, le secteur connaît une croissance soutenue. Le Synadiet, syndicat représentant la filière, recense 280 entreprises adhérentes en 2025. Cette vitalité commerciale reflète l’engouement des Français pour des solutions naturelles, mais elle interroge aussi sur la qualité et la fiabilité des produits proposés.

Les autorités sanitaires rappellent que ces compléments relèvent du régime des denrées alimentaires, et non des médicaments. Leur efficacité n’est donc pas évaluée selon les mêmes critères stricts. Pour les consommateurs, cela implique une vigilance accrue : vérifier les mentions obligatoires sur les emballages, privilégier les marques reconnues, et consulter un professionnel de santé en cas de doute ou de symptômes persistants.

Et maintenant ?

Face à l’augmentation de la consommation de mélatonine, les autorités sanitaires pourraient renforcer les recommandations d’usage d’ici la fin 2026. Une révision des fiches pratiques de l’Assurance Maladie est en cours pour mieux informer le public sur les risques liés à une utilisation inappropriée. Par ailleurs, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) devrait publier d’ici l’automne un guide de bonnes pratiques destiné aux professionnels de santé, afin d’harmoniser les conseils prodigués aux patients.

En attendant, les experts insistent : la mélatonine peut être un outil utile, mais elle ne saurait se substituer à une hygiène de vie adaptée. Réduire les écrans avant le coucher, maintenir des horaires de sommeil réguliers et limiter la consommation de caféine restent des leviers essentiels pour retrouver un sommeil de qualité.

Non. Selon les fiches conseils de l’Assurance Maladie, la mélatonine n’est pas recommandée pour les enfants sans avis médical, ni pour les femmes enceintes ou allaitantes. Les seniors doivent également l’utiliser avec prudence, en raison des interactions possibles avec d’autres médicaments.

Les spécialistes recommandent de limiter la prise à quelques semaines, sauf avis contraire d’un médecin. Une utilisation prolongée peut entraîner une dépendance ou perturber le rythme naturel de production de mélatonine par l’organisme.