Le géant technologique Meta a été contraint de revoir certaines fonctionnalités de son programme de surveillance interne, sous la pression de ses propres salariés. Selon Courrier International, qui cite une note interne révélée par The Information, l’entreprise américaine a annoncé une mise à jour de son initiative Model Capability Initiative (MCI), lancée en avril 2026 pour entraîner ses modèles d’intelligence artificielle.

Cette initiative, conçue pour enregistrer l’ensemble des interactions souris-clavier des employés afin d’automatiser certaines tâches de bureau, a suscité une forte opposition en interne. Certains salariés ont contourné le système en refusant systématiquement les pop-up d’autorisation, tandis que d’autres ont trouvé des moyens de désactiver le logiciel. Face à ces résistances, Meta a décidé de limiter la portée du dispositif, tout en maintenant une partie de son fonctionnement pour répondre à ses besoins en matière d’IA.

Ce qu'il faut retenir

  • Meta a revu à la baisse son programme Model Capability Initiative (MCI), lancé en avril 2026, après des réticences de ses employés.
  • Le logiciel de surveillance, installé sur les postes des salariés aux États-Unis, enregistrait leurs interactions souris-clavier pour automatiser des tâches de bureau.
  • Des employés ont contourné le système en refusant les pop-up ou en désactivant le logiciel, malgré un plan de licenciements touchant 10 % des effectifs.
  • La mise à jour permettra aux salariés de demander des dérogations et de désactiver temporairement le suivi pendant trente minutes.
  • Le dispositif consommait tellement de données qu’il provoquait des pics de consommation Internet à domicile en télétravail.

Un outil controversé au cœur d’un plan de licenciements

Le programme MCI, tel qu’il était initialement conçu, visait à collecter le savoir-faire humain pour l’intégrer dans des modèles d’IA. Autrement dit, les employés participaient malgré eux à leur propre remplacement potentiel. Cette initiative, perçue comme intrusive, s’est heurtée à une opposition généralisée au sein de l’entreprise. Stéphane Kasriel, vice-président de la branche IA de Meta, a reconnu dans un mémo interne avoir pris en compte les « préoccupations concernant les données personnelles stockées sur les ordinateurs professionnels ».

Le mémo, dont Courrier International a eu connaissance via The Information, souligne également que le logiciel consommait tellement de ressources qu’il perturbait le travail à distance. « Nous avons pris note de vos préoccupations », écrit Stéphane Kasriel, évoquant une « optimisation » du programme pour réduire son impact sur les batteries des ordinateurs et la consommation Internet.

Un encadrement strict en Europe, absent aux États-Unis

Si le RGPD interdit strictement l’enregistrement des frappes clavier en Europe pour protéger la vie privée, les salariés de Meta aux États-Unis n’avaient jusqu’ici aucun cadre légal pour s’opposer à ce type de surveillance. Le logiciel MCI a donc été déployé sans restriction majeure sur leur poste de travail, exacerbant les tensions internes. L’annonce de sa révision intervient alors que l’entreprise mène une restructuration majeure, prévoyant le licenciement de 10 % de ses effectifs.

Cette coïncidence entre la mise en place d’un outil de surveillance intrusif et un plan social massif n’a pas manqué de soulever des questions sur la finalité réelle de l’initiative. Certains y voient une tentative de capter le savoir-faire des employés avant de les licencier, tandis que Meta affirme vouloir optimiser ses processus internes grâce à l’IA.

Des garde-fous introduits, mais des limites persistent

La mise à jour du programme MCI introduit désormais plusieurs garde-fous. Les salariés pourront « demander des dérogations » et désactiver temporairement le suivi pendant une demi-heure. Ces ajustements visent à répondre aux critiques tout en maintenant une partie des fonctionnalités initiales. Stéphane Kasriel a également précisé que l’outil continuerait d’être utilisé pour « contribuer à l’entraînement de ses modèles d’IA », sans pour autant détailler l’étendue des données collectées.

Pour autant, l’opposition au sein des équipes reste vive. Certains employés, interrogés par The Information, estiment que ces mesures ne suffisent pas à garantir leur vie privée. La consommation excessive de données, pointée du doigt dans le mémo, pose également des questions sur l’efficacité réelle du dispositif. « Le programme MCI consommait tellement de données qu’il provoquait un pic de consommation Internet à domicile », a souligné un dirigeant de Meta, sans préciser si ce problème technique était lié à la collecte de données ou à leur traitement.

Et maintenant ?

Meta n’a pas communiqué de calendrier précis pour la finalisation de cette mise à jour, mais l’entreprise devrait préciser les modalités d’application du nouveau dispositif dans les prochaines semaines. Il reste à voir si ces ajustements suffiront à apaiser les tensions internes, alors que le plan de licenciements de 10 % des effectifs est toujours en cours. Par ailleurs, l’entreprise pourrait être amenée à revoir davantage ses pratiques de surveillance, sous la pression des régulateurs ou des salariés, notamment si d’autres fuites ou contestations émergent.

Cette affaire illustre les défis éthiques et sociaux auxquels sont confrontées les grandes entreprises technologiques dans leur course à l’IA. Alors que les outils de surveillance se multiplient, la question de l’équilibre entre innovation et respect de la vie privée des employés reste entière.

Le programme Model Capability Initiative (MCI), lancé en avril 2026, visait à enregistrer les interactions souris-clavier des salariés pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle et automatiser certaines tâches de bureau. Selon Meta, cet outil devait permettre de « contribuer à l’entraînement de ses modèles d’IA », comme l’a indiqué Stéphane Kasriel, vice-président de la branche IA de l’entreprise.

La mise à jour permet aux employés de demander des dérogations et de désactiver temporairement le dispositif de suivi pendant trente minutes. Ces mesures visent à répondre aux préoccupations liées à la vie privée et à la consommation excessive de données, comme l’a expliqué Meta dans un mémo interne.