Comme le rapporte Le Monde, le projet de char de combat principal du futur, le MGCS (Main Ground Combat System), traverse une zone de turbulences similaire à celle qui a conduit à l’abandon du SCAF, l’avion de combat européen. Porté par les industriels franco-allemands de KNDS, ce programme ambitieux, conçu pour succéder aux Leclerc français et aux Leopard allemands, se heurte à des désaccords persistants entre Paris et Berlin. Alors que les deux pays peinent à s’accorder sur les spécifications techniques et le calendrier, KNDS planche déjà sur des solutions de repli pour la France.
Ce qu'il faut retenir
- Le projet MGCS, char franco-allemand du futur, risque de subir le même sort que le SCAF en raison de désaccords persistants entre la France et l’Allemagne.
- L’industriel KNDS, porteur du projet, travaille activement à une solution de repli pour la France.
- Les tensions portent notamment sur les spécifications techniques et le calendrier du programme.
Un projet stratégique sous haute tension
Le MGCS n’est pas un simple char de plus : il représente l’avenir de la puissance blindée européenne. Conçu pour remplacer à terme les Leclerc français et les Leopard 2 allemands, il devait incarner la coopération industrielle entre les deux pays. Pourtant, comme le souligne Le Monde, les divergences entre Paris et Berlin se multiplient. Côté français, on insiste sur une plateforme hautement technologique, intégrant l’intelligence artificielle et des systèmes de combat collaboratifs. Les Allemands, eux, privilégient une approche plus progressive, avec des technologies éprouvées et un coût maîtrisé.
Ces désaccords ne datent pas d’hier. Dès 2017, l’Allemagne et la France avaient signé un accord pour développer conjointement ce char du futur. Pourtant, cinq ans plus tard, les négociations piétinent. Les responsables industriels reconnaissent désormais publiquement que le projet pourrait être remis en cause. « Les discussions restent complexes, et il est clair que sans accord rapide, le MGCS pourrait ne jamais voir le jour sous sa forme initiale », confie un cadre de KNDS sous couvert d’anonymat.
KNDS prépare l’après-MGCS pour la France
Face à l’incertitude, KNDS, co-entreprise née de la fusion des branches allemandes et françaises de Krauss-Maffei Wegmann (KMW) et Nexter, a déjà commencé à explorer des alternatives. Selon des sources proches du dossier, l’entreprise travaille sur une version « allégée » du char, adaptée aux besoins strictement français. Ce scénario de repli consisterait à développer un véhicule de combat d’infanterie (VCI) modernisé, capable de combler le vide capacitaire en attendant une éventuelle relance du MGCS.
Cette stratégie n’est pas sans risque. Un VCI, même modernisé, ne remplacera pas un char lourd en termes de puissance de feu et de protection. Les militaires français savent que ce type de solution ne sera qu’un pis-aller. « On ne remplace pas un Leclerc par un VCI, même performant. Il y a un gap capacitaire que personne ne nie », explique un officier supérieur de l’armée de Terre. Pourtant, faute de consensus européen, Paris n’a guère le choix que de se préparer à cette hypothèse.
Le SCAF, un précédent qui pèse lourd
L’échec du SCAF (Système de Combat Aérien du Futur) a servi de rappel brutal. Ce programme, lancé en 2017 pour succéder aux Rafale et Eurofighter, a été abandonné en 2025 après des années de tensions entre Dassault Aviation et Airbus Defence and Space. Les désaccords portaient sur la répartition industrielle, la gouvernance et les exigences opérationnelles. Résultat : la France a dû lancer seule le FCAS (Future Combat Air System), un projet national coûteux et risqué. « Le MGCS ne doit pas devenir le SCAF bis. Les leçons doivent être tirées », avertit un haut fonctionnaire du ministère des Armées.
Les experts s’interrogent désormais sur l’opportunité de maintenir une coopération franco-allemande sur le char du futur. Certains estiment que l’Allemagne pourrait se tourner vers d’autres partenaires, comme les États-Unis pour un nouveau char lourd, tandis que la France accélérerait son propre projet national. D’autres rappellent que l’Europe de la défense a tout à gagner d’une industrie unie, malgré les difficultés.
Le risque, pour les deux pays, est de se retrouver avec des capacités militaires diminuées face à des menaces croissantes. Alors que la Russie modernise son arsenal et que les tensions en Europe de l’Est persistent, l’urgence d’un char moderne ne fera que s’accroître. Reste à savoir si Paris et Berlin parviendront à surmonter leurs divergences avant qu’il ne soit trop tard.
Les désaccords portent principalement sur le niveau de technologie à intégrer, le calendrier de développement et la répartition industrielle. La France souhaite un char hautement technologique, avec une forte composante en intelligence artificielle et en systèmes collaboratifs, tandis que l’Allemagne privilégie une approche plus progressive, avec des technologies éprouvées et un coût maîtrisé.