Près d’un million de demandes d’asile déposées par des Afghans ont été enregistrées dans l’Union européenne entre 2013 et 2024, selon les données officielles du bloc. Face à ce flux migratoire et alors que le taux d’acceptation de ces demandes ne dépasse pas les 50 %, l’exécutif européen envisage d’engager un dialogue direct avec les autorités talibanes. Une initiative controversée, présentée jeudi 11 juin 2026 par le commissaire européen aux Migrations, Magnus Brunner, qui justifie cette démarche par la nécessité d’améliorer les mécanismes de retour des migrants déboutés.
Ce qu'il faut retenir
- Près d’un million de demandes d’asile afghanes ont été déposées dans l’UE entre 2013 et 2024, avec un taux d’acceptation d’environ 50 % sur cette période.
- La Commission européenne envisage une réunion à Bruxelles avec des responsables talibans, malgré l’absence de reconnaissance officielle de leur régime.
- Vingt États membres de l’UE ont exprimé en 2025 leur intérêt pour le renvoi d’Afghans en situation irrégulière, notamment ceux condamnés pénalement.
- L’Allemagne a déjà expulsé plus de 100 Afghans condamnés depuis 2024, selon les chiffres officiels.
- Les discussions avec les talibans visent à faciliter les expulsions, alors que la crise humanitaire en Afghanistan s’aggrave, avec des millions de personnes en insécurité alimentaire.
Une rencontre sous haute tension politique et morale
La Commission européenne a officiellement invité des représentants du gouvernement taliban à Bruxelles pour discuter des modalités de retour des migrants afghans en situation irrégulière. Une initiative que le commissaire Magnus Brunner, en poste depuis 2024, défend sans détour : « On ne peut pas se permettre de ne pas parler à ces gens si l’on veut améliorer la situation », a-t-il déclaré aux journalistes lors d’une conférence de presse. Les responsables talibans n’ont pour l’instant pas obtenu les visas nécessaires pour se rendre en Belgique, et aucune date n’a été fixée pour cette réunion. Pourtant, l’annonce suffit à provoquer un tollé parmi les défenseurs des droits humains et certains États membres, qui y voient une forme de légitimation du régime afghan.
Cette approche s’inscrit dans un contexte de durcissement des politiques migratoires en Europe, où la baisse des arrivées de migrants ces dernières années a recentré l’attention sur l’efficacité des systèmes de rapatriement. Depuis 2021, les capitales européennes ont fermé leurs ambassades à Kaboul après le retour des talibans au pouvoir et l’instauration de leur interprétation rigoriste de la charia. Les restrictions imposées aux femmes et aux filles, notamment l’interdiction d’accéder aux lieux publics et la limitation de la scolarité à 12 ans, ont renforcé l’isolement du pays sur la scène internationale.
Un dialogue controversé au nom de la « sécurité européenne »
Pour Magnus Brunner, ces échanges ne constituent en aucun cas une reconnaissance du régime taliban. « Ces discussions ne reviennent pas à reconnaître le régime taliban », a-t-il précisé, soulignant que l’objectif était avant tout « d’améliorer la situation des Européens et celle des demandeurs d’asile ». Il s’appuie sur l’intérêt manifesté par plusieurs États membres, dont une vingtaine ont, dans une lettre adressée à l’exécutif européen en 2025, exprimé leur volonté de faciliter les expulsions vers l’Afghanistan. Certains pays ont d’ores et déjà passé à l’acte : l’Allemagne a ainsi expulsé plus de 100 Afghans condamnés pour des infractions pénales depuis 2024, selon les données communiquées par Berlin.
Pourtant, cette stratégie suscite de vives critiques. Les organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International ou Human Rights Watch, dénoncent le risque d’expulsions vers un pays en proie à une crise humanitaire majeure. Selon l’ONU, des millions d’Afghans sont aujourd’hui confrontés à la famine et à des difficultés économiques sans précédent. « Renforcer les expulsions dans un tel contexte revient à exposer les migrants à un danger certain », a réagi une porte-parole de l’ONG Médecins Sans Frontières, qui rappelle que l’Afghanistan reste l’un des pays les plus dangereux au monde pour les civils.
Bruxelles et Bruxelles : une préparation sous surveillance
Côté belge, où doit se tenir cette réunion, les autorités ont d’ores et déjà entamé les vérifications nécessaires. Le gouvernement a indiqué à l’AFP avoir reçu de la Commission européenne les noms des responsables talibans pressentis pour faire partie de la délégation. « Les services de sécurité ont lancé les vérifications d’usage », a précisé une source gouvernementale, tout en précisant qu’aucune demande de visa n’avait encore été déposée par les représentants afghans. La Belgique, qui assure la présidence tournante du Conseil de l’UE pour six mois, se retrouve ainsi au cœur d’un débat géopolitique et moral complexe.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de restriction des flux migratoires en Europe. Avec la montée des partis d’extrême droite dans plusieurs États membres et une opinion publique de plus en plus réticente à l’accueil des migrants, les institutions européennes cherchent à montrer leur fermeté. La question des expulsions vers des pays tiers, notamment ceux considérés comme peu sûrs, reste l’un des sujets les plus sensibles de la politique migratoire de l’UE. En 2023, la Cour européenne des droits de l’homme avait d’ailleurs condamné plusieurs États membres pour des expulsions vers des pays où les migrants risquaient des traitements inhumains ou dégradants.
Quoi qu’il en soit, cette initiative rappelle que la gestion des migrations reste l’un des défis les plus complexes pour l’Union européenne, tiraillée entre ses valeurs fondatrices, les impératifs sécuritaires et les réalités géopolitiques.
Selon Euronews FR, la Commission européenne justifie cette démarche par la nécessité de faciliter les expulsions des migrants afghans en situation irrégulière, notamment ceux dont la demande d’asile a été rejetée. Magnus Brunner, commissaire européen aux Migrations, a déclaré que ces discussions ne constituaient pas une reconnaissance du régime taliban, mais visaient à « améliorer la situation des Européens et celle des demandeurs d’asile ».