Le CAC 40 enregistre ce mardi 6 mai 2026 une hausse de 3,39 %, sa plus forte progression depuis le 8 avril (+4,5 %), sous l’effet d’un regain d’optimisme autour d’une potentielle résolution du conflit au Moyen-Orient. Selon BFM Bourse, cette embellie boursière intervient alors que des négociations en cours avec l’Iran pourraient aboutir à un accord facilitant la réouverture du détroit d’Ormuz et la levée du blocus américain dans la région.
Cette avancée diplomatique, évoquée par le site Axios, s’accompagne d’une chute brutale du prix du baril. Le contrat de juillet sur le Brent de mer du Nord recule de 10,5 %, s’établissant à 98,30 dollars le baril. Une baisse qui profite particulièrement aux secteurs les plus exposés à la volatilité géopolitique, comme l’aérien, le luxe ou les banques.
Ce qu'il faut retenir
- Le CAC 40 progresse de 3,39 % ce 6 mai 2026, sa meilleure performance depuis le 8 avril.
- Un accord en vue avec l’Iran pourrait réouvrir le détroit d’Ormuz et lever le blocus américain, selon Axios.
- Le prix du baril de Brent chute de 10,5 % à 98,30 dollars, soit le niveau le plus bas depuis plusieurs semaines.
- Air France-KLM (+10 %), Safran (+9,4 %) et Accor (+6,3 %) figurent parmi les valeurs les plus dynamiques.
- Les secteurs du luxe (LVMH, Kering, Hermès) et des banques (Société Générale, BNP Paribas) enregistrent des rebonds significatifs.
- Le conflit a entraîné une hausse de 197 % du kérosène sur un an, alourdissant les coûts des compagnies aériennes.
Un accord avec l’Iran relance les marchés
Les espoirs d’une désescalade au Moyen-Orient se concrétisent ce mardi. Selon BFM Bourse, la Maison Blanche et Téhéran seraient proches d’un accord sur un mémorandum d’une page, qui définirait un cadre de négociations plus larges sur le nucléaire iranien. La veille, Donald Trump avait déclaré que « de grands progrès » avaient été réalisés dans les discussions avec l’Iran.
Cette avancée se traduit immédiatement sur les marchés. Le baril de Brent, référence européenne, s’effondre de 10,5 %, revenant à 98,30 dollars. Une baisse qui s’ajoute à la volatilité persistante depuis l’éclatement du conflit fin février 2026. Le CAC 40, après des semaines de fluctuations, enregistre ainsi sa plus forte hausse en un mois, reflétant l’appétit des investisseurs pour les valeurs exposées à un apaisement des tensions.
L’aérien en tête des hausses, porté par la baisse du kérosène
Les compagnies aériennes et les équipementiers aéronautiques enregistrent les plus fortes progressions du jour. Air France-KLM bondit de 10 %, Lufthansa de 8 % et IAG (International Airlines Group) de 8,4 %. Cette embellie s’explique par deux facteurs : la chute du prix du baril et l’espoir d’une fin du conflit, qui réduiraient significativement les coûts carburant.
La hausse des prix du pétrole avait en effet entraîné une envolée du kérosène, carburant indispensable aux compagnies. Sur la semaine close le 1er mai 2026, le « jet fuel » avait progressé de 197 % sur un an, selon l’Association internationale du transport aérien (IATA). Cette flambée s’explique par la faible priorité accordée au kérosène dans les raffineries, qui privilégient des produits plus rentables comme le diesel ou l’essence. Résultat : les compagnies aériennes voient leur facture carburant s’alourdir de manière exponentielle.
Pour Air France-KLM, cette hausse se traduit par un coût total estimé à 9,3 milliards de dollars pour l’exercice 2026, soit une augmentation de 2,4 milliards par rapport à 2025. Lufthansa évoque pour sa part un surcoût de 1,7 milliard d’euros sur la même période. Face à cette pression, les compagnies pourraient être contraintes de réduire leurs capacités, comme l’a déjà fait Air France-KLM en ajustant ses objectifs de croissance.
Safran et Airbus profitent de l’embellie du trafic aérien
Safran enregistre la plus forte hausse du CAC 40 (+9,4 %), talonné par Airbus (+6,92 %). Cette performance s’inscrit dans la continuité de la dynamique observée début avril. Pour Safran, spécialiste des moteurs d’avion, la reprise du trafic aérien est cruciale : plus les avions volent, plus les compagnies ont besoin de maintenance et d’entretien, une activité génératrice de revenus récurrents pour le groupe.
Safran tire une grande partie de sa rentabilité de sa coentreprise CFM International (avec GE Aerospace), qui produit notamment le moteur CFM56 – le plus vendu au monde – et le LEAP, équipant les monocouloirs de nouvelle génération comme l’A320neo d’Airbus. Fin 2024, Safran comptait 23 000 moteurs CFM56-5B-7B en service, dont 70 % n’avaient jamais subi de visite en atelier. Une manne potentielle pour les années à venir, à condition que le trafic aérien ne subisse pas de nouveau choc.
La situation reste cependant fragile. Le conflit en Iran a déjà contraint plusieurs compagnies du Golfe à suspendre ou réduire leurs vols, tandis que la hausse des coûts du kérosène a pesé sur les marges. Jefferies a d’ailleurs abaissé son opinion sur Safran à « conserver » en avril, craignant que les compagnies aériennes ne réduisent le périmètre de leurs visites en atelier dès le troisième trimestre 2026. Un scénario que la fin du conflit permettrait d’éviter.
Accor et le luxe rebondissent, les banques suivent
Accor, premier groupe hôtelier français et le plus exposé au Moyen-Orient (10 % de ses revenus contre 6 % pour IHG), enregistre une hausse de 6,3 %. Le groupe, propriétaire de marques comme Ibis ou Sofitel, avait déjà rassuré les marchés fin avril en publiant un revenu par chambre disponible (RevPAR) supérieur aux attentes au premier trimestre. Selon Barclays, l’évolution future du titre dépendra toutefois de l’issue du conflit, avec un risque de baisse si la guerre se prolonge au second semestre.
Le secteur du luxe affiche également une belle performance, avec Kering (+5,6 %), Hermès (+5,5 %) et LVMH (+4,8 %). Le conflit au Moyen-Orient avait lourdement impacté ces groupes au premier trimestre, en raison de la baisse des ventes locales et de la réduction du pouvoir d’achat des touristes du Golfe en Europe. LVMH avait estimé à 1 point de pourcentage l’impact sur sa croissance annuelle, et jusqu’à 3 points pour le seul mois de mars. Bank of America anticipait un effet similaire pour le secteur au deuxième trimestre.
Côté banques, Société Générale (+5,7 %), BNP Paribas (+5,4 %) et Crédit Agricole SA (+4,7 %) profitent elles aussi de l’embellie. Le conflit avait alimenté des craintes sur l’inflation et la croissance, tout en poussant les taux d’intérêt à la hausse – un environnement peu favorable aux établissements financiers. UBS soulignait dans une note récente que « les banques n’apprécient pas la stagflation », et que les banques françaises y étaient particulièrement sensibles en raison de leur structure de taux (taux fixes sur les crédits mais taux des livrets rémunérés indexés sur l’inflation).
L’automobile en léger rebond, mais les défis persistent
Renault et Stellantis enregistrent tous deux une hausse de 5,3 %, dans un secteur toujours sous pression. Morgan Stanley évoquait en avril une « tempête parfaite » pour les constructeurs européens, avec une concurrence accrue des groupes chinois et une volatilité des coûts des matières premières (pétrole, aluminium, électricité) liée au conflit. « Le conflit avec l’Iran accroît la complexité logistique et fait baisser les ventes, tout en ébranlant la confiance des consommateurs », analysait l’établissement.
Le risque est double : d’une part, une hausse prolongée des prix de l’énergie pourrait freiner les achats de véhicules, souvent considérés comme des dépenses importantes. D’autre part, la transition vers l’électrique, où les Chinois disposent d’un avantage concurrentiel, pourrait s’accélérer, fragilisant davantage les constructeurs européens. Citi notait que « les investisseurs dans le secteur automobile européen semblent structurellement pessimistes », avec des marchés devenus « superficiels et peu actifs ».
Reste à savoir si cette embellie boursière se confirmera dans les semaines à venir. Une chose est sûre : le moindre rebondissement géopolitique pourrait inverser la tendance, comme en témoignent les dernières semaines de volatilité.
Plusieurs facteurs pourraient inverser la tendance actuelle. D’abord, un échec des négociations avec l’Iran ou une reprise des hostilités au Moyen-Orient. Ensuite, une remontée des prix de l’énergie, notamment si les accords ne se traduisent pas par une levée immédiate des blocus. Enfin, une dégradation de la conjoncture économique en Europe ou une rechute des indicateurs de croissance pourrait aussi peser sur les marchés, notamment pour les valeurs bancaires et automobiles.