Depuis près de dix ans, la province de Cabo Delgado, au Mozambique, est le théâtre d’un conflit armé entre le groupe jihadiste Ahlu Sunnah Wa-Jamma et les Forces armées du Mozambique (FADM). Un affrontement d’une violence persistante, dont les habitants paient le prix fort chaque jour, comme le rapporte RFI.
Ce qu'il faut retenir
- Le conflit à Cabo Delgado oppose depuis 2017 le groupe jihadiste Ahlu Sunnah Wa-Jamma, surnommé localement les « shebabs », aux Forces armées du Mozambique (FADM).
- Cette région, frontalière avec la Tanzanie, est régulièrement le théâtre d’affrontements sanglants, mais reste largement inaccessible à la presse internationale.
- Les populations locales subissent des déplacements massifs et des violations répétées de leurs droits fondamentaux depuis le début du conflit.
Un conflit meurtrier et sous-médiatisé
Cabo Delgado, province la plus au nord du Mozambique, est en proie à une insurrection islamiste depuis octobre 2017. Le groupe Ahlu Sunnah Wa-Jamma, affilié à l’État islamique, y mène une guérilla contre les autorités mozambicaines. Selon RFI, les combats ont déjà fait des milliers de morts et déplacé plus d’un million de personnes. Bref, une crise humanitaire majeure, mais dont l’écho médiatique reste faible.
Le conflit est d’autant plus difficile à couvrir que les autorités mozambicaines restreignent strictement l’accès des journalistes à la région. Les rares reportages disponibles, comme celui de RFI, révèlent pourtant une réalité brutale : villages incendiés, exécutions sommaires et enlèvements quotidiens. Autant dire que la population civile est prise en étau entre les groupes armés et les forces de sécurité.
Des conséquences humanitaires dévastatrices
Les Nations unies estiment que plus d’un million de personnes ont été contraintes de quitter leur foyer depuis 2017. Les camps de déplacés, souvent surpeuplés et mal équipés, peinent à répondre aux besoins les plus élémentaires. Les ONG locales et internationales alertent régulièrement sur les conditions de vie dans ces structures, où la malnutrition et les épidémies font des ravages.
Les attaques des shebabs ciblent aussi bien les civils que les infrastructures stratégiques. En avril 2026, une série d’assauts a visé des villages près de la ville de Palma, déjà endeuillée par un massacre en 2021. Les autorités locales évoquent des dizaines de morts, mais le bilan réel reste difficile à établir en raison des restrictions d’accès.
Une réponse militaire insuffisante
Face à l’ampleur de la menace, le Mozambique a reçu le soutien de plusieurs partenaires internationaux. Le Rwanda et le groupe Wagner (Russie) ont déployé des troupes et des mercenaires pour aider les FADM à reprendre le contrôle de la région. Pourtant, ces interventions n’ont pas mis fin aux violences. Les shebabs multiplient les attaques éclair et les attentats suicide, comme en témoignent les rapports des organisations de défense des droits humains.
Un officier des FADM, sous couvert d’anonymat, a déclaré à RFI : « La situation est complexe. Nos forces sont en sous-effectif et mal équipées face à un ennemi mobile et déterminé. » Les autorités mozambicaines reconnaissent elles-mêmes les limites de leur réponse militaire, tout en appelant à une solution politique.
Une chose est sûre : sans une couverture médiatique accrue et une aide humanitaire renforcée, la population de Cabo Delgado continuera de payer le prix d’un conflit oublié.
Plusieurs facteurs expliquent ce manque de visibilité. D’abord, les autorités mozambicaines restreignent l’accès des journalistes à la région, comme l’a souligné RFI. Ensuite, Cabo Delgado est éloignée des grands centres urbains, ce qui limite les possibilités de reportage. Enfin, la guerre en Ukraine et les tensions au Sahel captent une grande partie de l’attention médiatique internationale.