C’est une initiative qui fait figure d’exception en Europe : depuis plusieurs années, la petite ville irlandaise de Greystones, située à une trentaine de kilomètres au sud de Dublin, a fait le choix radical de restreindre l’usage des smartphones chez les préadolescents. Selon Courrier International, ce projet, baptisé « It Takes a Village » – une référence au proverbe africain selon lequel « il faut tout un village pour élever un enfant » –, vise avant tout à préserver les jeunes générations des effets néfastes des réseaux sociaux.

Avec ses quelque 22 000 habitants en 2022, Greystones n’a rien d’une cité industrielle ou surpeuplée. Son charme réside justement dans son atmosphère préservée, où les promeneurs longent la mer d’Irlande, les galets craquent sous les pas, et les châteaux de sable rappellent des vacances d’autrefois. Une image qui contraste avec l’omniprésence des écrans dans la plupart des sociétés occidentales. Pourtant, ici, le renoncement aux smartphones chez les enfants est devenu une norme locale, presque une fierté.

Ce qu'il faut retenir

  • Greystones, en Irlande, a mis en place un projet nommé « It Takes a Village » pour limiter l’usage des smartphones chez les préadolescents.
  • La ville compte 22 000 habitants (chiffre de 2022) et mise sur un environnement préservé pour favoriser le développement des enfants.
  • Les habitants évitent le terme « interdiction » et privilégient celui de « renoncement volontaire », même si la mesure repose sur une forme de contrainte collective.
  • L’objectif affiché est de protéger les jeunes des risques liés aux réseaux sociaux, comme le stress ou l’anxiété générés par leur usage.
  • Cette initiative a attiré l’attention des médias internationaux, dont le Sunday Telegraph britannique.

Un projet né d’une volonté collective

À Greystones, le smartphone est perçu comme un outil adulte, inapproprié pour les moins de 13 ans. Plutôt que d’imposer une interdiction formelle, les parents et les autorités locales ont choisi une approche collaborative. Les écoles, les associations et les familles se sont mobilisées pour encourager les enfants à se passer de ces appareils. « Renoncement volontaire » est le terme employé par les habitants, comme pour adoucir l’idée d’une privation. Pourtant, dans les faits, l’accès aux réseaux sociaux est fortement limité, voire inexistant, pour les préadolescents.

Les responsables du projet expliquent cette démarche par la volonté de préserver l’enfance. « À cet âge, les enfants ont besoin de jouer, de socialiser en face à face et de développer leur créativité sans la pression constante des écrans », a déclaré un porte-parole de l’initiative à Courrier International. L’accent est mis sur le bien-être mental et le retour à des activités plus traditionnelles, comme les jeux en plein air ou les interactions en famille.

Greystones, une exception qui interroge

Cette expérience est d’autant plus remarquable qu’elle s’inscrit dans un contexte où la plupart des pays occidentaux peinent à encadrer l’usage du numérique chez les jeunes. En France, par exemple, les débats sur le temps d’écran des enfants restent vifs, avec des propositions de lois souvent contestées. À Greystones, le projet « It Takes a Village » semble avoir trouvé un équilibre, même si ses résultats ne font pas encore consensus.

Les familles qui ont adopté cette règle évoquent un changement notable chez leurs enfants. « Ça nous a changé la vie », confie une mère de famille rencontrée par Courrier International. « Ils sont plus calmes, moins stressés, et passent plus de temps à lire ou à jouer dehors. » Les témoignages locaux abondent dans ce sens, même si aucune étude scientifique approfondie n’a encore été publiée pour valider ces observations de manière objective.

Une initiative médiatisée, mais encore isolée

L’histoire de Greystones a dépassé les frontières irlandaises. Des médias étrangers, dont le Sunday Telegraph, ont relayé cette initiative, soulignant son caractère pionnier. Le quotidien britannique, connu pour ses positions atlantistes et eurosceptiques, a décrit Greystones comme un modèle à suivre dans un monde où les écrans dominent le quotidien des jeunes. Pourtant, peu d’autres villes ou pays ont osé s’engager dans une voie aussi radicale.

En Irlande même, Greystones fait figure de précurseur. D’autres communes réfléchissent à des mesures similaires, mais aucune n’a encore franchi le pas de manière aussi explicite. Les sceptiques pointent du doigt le risque d’un isolement social pour les enfants privés de smartphones, ou encore la difficulté à appliquer une telle règle à l’ère du numérique. Pour ses défenseurs, en revanche, Greystones prouve qu’il est possible de concilier modernité et préservation de l’enfance.

Et maintenant ?

À Greystones, la question qui se pose désormais est celle de la pérennité du projet. Les prochaines années seront déterminantes pour évaluer son impact réel sur les enfants et leur développement. Une étude indépendante pourrait être menée pour mesurer les effets de ce renoncement aux écrans, notamment sur les résultats scolaires, la santé mentale ou les compétences sociales. Si les résultats s’avèrent positifs, d’autres villes pourraient s’en inspirer, transformant ainsi cette expérience locale en tendance plus large. Reste à savoir si les jeunes eux-mêmes, une fois adolescents, adhéreront toujours à ce choix parental.

En attendant, Greystones continue de cultiver son image de ville où le temps semble s’être arrêté – du moins pour les enfants. Entre les galets de la plage et les châteaux de sable, les rires résonnent comme un symbole de résistance face à l’omniprésence des écrans. Une résistance qui, pour l’instant, semble porter ses fruits.

Les parents de Greystones adoptent une approche collective : ils évitent d’acheter des smartphones à leurs enfants avant l’adolescence et encouragent les activités sans écran. Les écoles et les associations locales soutiennent cette démarche en organisant des ateliers ou des jeux en plein air. Aucune sanction n’est officiellement prévue, mais la pression sociale et la crainte de marginalisation poussent les familles à respecter la règle.

Les détracteurs de l’initiative soulignent que l’absence de smartphone pourrait limiter l’accès à certaines ressources éducatives ou sociales. Les enfants pourraient aussi se sentir exclus des conversations de leurs pairs, surtout s’ils vivent dans un environnement où le numérique est omniprésent. Cependant, les partisans du projet estiment que ces risques sont largement compensés par les bénéfices en termes de bien-être et de développement personnel.