Une enquête interne de Médecins Sans Frontières (MSF) dans l’est du Tchad a révélé 59 allégations d’abus et d’exploitation sexuelle impliquant des employés de l’organisation auprès de réfugiés soudanais, selon une note interne confidentielle révélée par l’agence Associated Press et rapportée par RFI. Dix-huit salariés ont été licenciés dans la foulée, a confirmé l’ONG humanitaire.
Ce qu'il faut retenir
- 59 allégations d’abus et d’exploitation sexuelle documentées par une enquête interne de MSF dans l’est du Tchad.
- Dix-huit employés de MSF Tchad ont été licenciés à la suite de ces révélations.
- Les faits concernent des réfugiés soudanais pris en charge par l’ONG dans cette région.
- L’enquête interne a été menée par MSF avant d’être révélée par Associated Press.
- L’affaire porte sur des comportements sexistes et abusifs commis par des membres du personnel de MSF.
Une enquête interne menée dans le plus grand secret
L’enquête en question, classée confidentielle, a été menée par MSF au Tchad entre 2024 et 2025, comme le précise RFI. Elle visait à examiner les signalements d’abus sexuels et d’exploitation commis par des employés de l’ONG auprès des populations réfugiées accueillies dans les camps de l’est du pays. Ces allégations, au nombre de 59, concernent des actes graves dont certains auraient été perpétrés entre 2018 et 2024, selon des sources proches du dossier.
Parmi les faits évoqués, des témoignages font état de pressions exercées sur des bénéficiaires en échange de soins, de nourriture ou d’autres formes d’assistance. Certains cas impliqueraient des relations sexuelles non consenties, tandis que d’autres relèveraient de harcèlements ou d’exploitation économique sous couvert d’aide humanitaire.
Dix-huit licenciements confirmés par MSF
MSF a indiqué dans un communiqué que dix-huit employés ont été licenciés à la suite de l’enquête, sans préciser s’il s’agissait de contrats locaux ou internationaux. « Nous prenons ces allégations extrêmement au sérieux et avons mené une enquête rigoureuse », a déclaré un porte-parole de l’ONG, cité par RFI. Il a ajouté que « toutes les mesures nécessaires ont été prises pour garantir la sécurité et la protection des populations que nous assistons ».
L’organisation n’a pas détaillé les sanctions prises à l’encontre des personnes licenciées, ni précisé si des poursuites judiciaires avaient été engagées. Contacté par RFI, MSF a refusé de commenter davantage, évoquant la confidentialité de l’enquête interne.
Un contexte humanitaire déjà fragile dans l’est du Tchad
L’est du Tchad abrite depuis plusieurs années des centaines de milliers de réfugiés soudanais fuyant le conflit qui déchire leur pays depuis 2023. Selon les dernières estimations de l’ONU, plus de 400 000 Soudanais ont trouvé refuge dans cette région, où les conditions de vie restent précaires. Les camps de réfugiés, gérés en partie par des ONG comme MSF, font face à des défis majeurs : manque de ressources, insécurité persistante et tensions avec les communautés locales.
« Ces allégations surviennent dans un contexte où la confiance entre les populations réfugiées et les acteurs humanitaires est déjà mise à rude épreuve », a souligné un analyste spécialiste des crises humanitaires en Afrique centrale. Les abus présumés de membres de MSF risquent d’aggraver la méfiance des populations envers les organisations internationales, alors que leur rôle est crucial pour leur survie.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si d’autres mesures seront prises par MSF ou si des enquêtes judiciaires seront ouvertes au Tchad. En attendant, la question de la protection des réfugiés, déjà vulnérables, reste plus que jamais d’actualité dans une région où l’aide humanitaire est vitale.
À ce stade, aucune information officielle n’a été communiquée par les autorités tchadiennes. MSF a indiqué avoir mené une enquête interne, mais n’a pas précisé si des plaintes avaient été déposées ou si les autorités locales avaient été saisies. Une enquête judiciaire dépendrait des signalements émanant des victimes ou d’ONG partenaires.