À Nancy comme à Metz, la prolifération des pigeons urbains pousse les municipalités à tester des méthodes de régulation toujours plus innovantes. Alors que l’une mise sur des pigeonniers contraceptifs, l’autre explore une solution plus radicale : le gazage au CO₂. Une question qui divise, mais que les deux villes ont tranchée à leur manière, selon Ouest France.

Ce qu'il faut retenir

  • Nancy teste un système de pigeonniers contraceptifs pour limiter la reproduction des volatiles.
  • Metz a recours à des pièges à gaz CO₂ pour euthanasier les pigeons capturés.
  • Les deux méthodes visent à réduire les nuisances liées aux fientes et aux dégradations causées par ces oiseaux.
  • Ces initiatives s’inscrivent dans une politique plus large de gestion des espèces nuisibles en milieu urbain.
  • Les résultats et l’efficacité de ces dispositifs restent encore à évaluer sur le long terme.

Nancy mise sur la contraception pour freiner la reproduction

La ville de Nancy a opté pour une approche progressive en installant des pigeonniers contraceptifs. Ces structures, installées dans plusieurs quartiers, permettent de capturer les oiseaux avant de leur administrer un contraceptif. Cette méthode vise à réduire la natalité sans recourir à l’élimination directe, explique un responsable municipal cité par Ouest France. Les pigeons sont ensuite relâchés, mais leur capacité à se reproduire est significativement diminuée. L’objectif est de stabiliser la population à moyen terme, tout en limitant les nuisances comme les fientes sur les monuments ou les bâtiments publics.

Les premiers retours sur cette expérimentation, lancée il y a près de deux ans, sont jugés encourageants par la mairie. Les chiffres montrent une baisse de 15 % des naissances de pigeons dans les zones équipées, selon les données communiquées. Pour autant, les autorités n’envisagent pas, pour l’instant, d’étendre le dispositif à l’ensemble de la ville. « Nous voulons d’abord évaluer l’impact réel sur la population globale », a précisé un élu nancéien. Le coût de l’opération reste modéré, soit environ 50 000 euros par an pour l’entretien et la gestion des pigeonniers.

Metz privilégie une méthode radicale : le gazage au CO₂

De son côté, Metz a choisi une solution plus controversée : le recours à des pièges à gaz CO₂ pour euthanasier les pigeons capturés. Cette technique, utilisée depuis 2024, consiste à placer des appâts dans des cages spécialement conçues, où les oiseaux sont asphyxiés par le dioxyde de carbone. Une méthode qui soulève des questions éthiques, mais qui s’avère efficace selon les autorités. « Le gaz CO₂ est une solution rapide et indolore, contrairement à d’autres procédés », a justifié un porte-parole de la mairie de Metz.

Les chiffres officiels indiquent que plus de 3 000 pigeons ont été euthanasiés depuis le début de l’expérimentation. « Cela représente une baisse de 20 % de la population dans certains quartiers », a indiqué la mairie. Pourtant, cette approche reste critiquée par des associations de protection animale, qui dénoncent une méthode « inhumaine et disproportionnée ». La ville assure, en revanche, que les procédures respectent strictement les normes en vigueur. Le dispositif, dont le coût annuel est estimé à 70 000 euros, pourrait être maintenu si les résultats se confirment.

Deux philosophies opposées, un même objectif : réduire les nuisances

Derrière ces stratégies radicalement différentes se cache une même préoccupation : limiter les dégâts causés par les pigeons en milieu urbain. Selon Ouest France, ces oiseaux occasionnent chaque année des millions d’euros de réparations pour les bâtiments publics, sans compter les risques sanitaires liés à la prolifération de leurs fientes. Les deux villes misent donc sur des solutions radicalement opposées, l’une privilégiant la régulation naturelle, l’autre l’élimination ciblée. Mais toutes deux reconnaissent que ces méthodes sont des pis-aller en attendant une solution plus globale.

Les experts en biodiversité urbaine soulignent, en effet, que la régulation des populations de pigeons reste un défi complexe. « Ces oiseaux s’adaptent très bien aux environnements urbains et leur prolifération est difficile à endiguer sans mesures drastiques », explique un biologiste spécialisé. Les méthodes douces, comme la contraception, demandent du temps pour produire des effets visibles. Quant aux solutions radicales, elles soulèvent des débats éthiques et juridiques. Pour l’heure, aucune des deux villes ne semble prête à abandonner sa stratégie.

Et maintenant ?

Les deux expérimentations devraient se poursuivre jusqu’à la fin de l’année 2026, période à l’issue de laquelle les municipalités de Nancy et Metz feront un bilan complet de leurs dispositifs. Selon les premiers retours, une extension des méthodes pourrait être envisagée, mais aucune décision n’a encore été prise. Les associations de protection animale, elles, appellent à une réflexion plus large sur la cohabitation avec ces espèces. Une chose est sûre : le débat sur la régulation des pigeons en ville n’est pas près de s’éteindre.

Quelle que soit la méthode retenue, une chose est certaine : la question de la gestion des pigeons urbains reste un enjeu de taille pour les municipalités françaises. Entre contraintes budgétaires, impératifs sanitaires et considérations éthiques, les élus devront trouver un équilibre pour concilier efficacité et respect du vivant.

Les pigeons urbains causent des dégradations importantes sur les bâtiments, notamment par leurs fientes acides qui attaquent la pierre et les façades. Ils peuvent également transmettre des maladies via leurs déjections, et leur prolifération non maîtrisée pose des problèmes de salubrité publique. Les nuisances sonores liées à leurs roucoulements sont également un motif de plainte fréquent des habitants.