Un procès pour recrutement de mineurs en vue d’exécuter des contrats criminels s’est ouvert ce lundi à Paris. Selon Le Figaro, Hacène Larbi, 24 ans, est jugé en correctionnelle pour avoir recruté, depuis sa cellule, des adolescents afin qu’ils commettent des meurtres commandités dans les quartiers nord de Marseille pour le compte du groupe criminel DZ Mafia.

Parmi les prévenus figure également un homme de 30 ans et une femme de 23 ans, tous deux soupçonnés d’avoir joué un rôle dans cette organisation. Le procès, qui devrait s’achever mercredi, met en lumière l’utilisation des réseaux sociaux comme outils de recrutement, ainsi que la porosité entre criminalité organisée et délinquance juvénile.

Ce qu'il faut retenir

  • Hacène Larbi, alias « Le H », est jugé à Paris pour avoir recruté des mineurs depuis sa prison afin qu’ils exécutent des contrats à Marseille pour le compte de la DZ Mafia.
  • Un adolescent de 17 ans, originaire des Yvelines, a été recruté en 2023 via Snapchat pour tuer deux hommes dans les quartiers nord de Marseille, moyennant plusieurs dizaines de milliers d’euros.
  • Un autre mineur, âgé de 15 ans, a été condamné en février 2026 à 17 ans de réclusion criminelle pour le meurtre d’un chauffeur de VTC marseillais en octobre 2024, commandité par Larbi.
  • La femme de 23 ans, en liberté, est suspectée d’avoir fourni armes, munitions et logements aux tueurs à gages.
  • Hacène Larbi, déjà condamné à plusieurs reprises pour trafic de stupéfiants et violences, affiche un parcours marqué par l’instabilité familiale et des placements précoces en foyer.

Un recrutement organisé depuis la prison

Hacène Larbi, incarcéré depuis plusieurs années, est soupçonné d’avoir utilisé sa détention pour organiser un réseau de tueurs à gages mineurs. Selon Le Figaro, il aurait recruté via Snapchat un jeune homme de 17 ans, originaire des Yvelines, pour exécuter en juin 2023 deux contrats à Marseille. L’adolescent, payé quelques dizaines de milliers d’euros, avait pour mission de tuer deux hommes non identifiés dans les quartiers nord de la ville.

L’affaire a basculé lorsque le mineur, surpris dans une impasse par un passant qu’il avait blessé à l’arme blanche, a fui avant d’être dénoncé par un appel anonyme aux forces de l’ordre. Il sera jugé prochainement à huis clos par le tribunal pour enfants. Ce cas illustre une tendance récurrente : l’exploitation de la vulnérabilité des adolescents par les réseaux criminels, qui n’hésitent pas à les instrumentaliser pour des missions à haut risque.

Un second dossier accablant : le meurtre d’un chauffeur de VTC

En octobre 2024, un mineur de 15 ans a été commandité par Larbi pour assassiner un chauffeur de VTC marseillais. Selon les enquêteurs, le tueur avait été dénoncé par un appel passé depuis le téléphone de Larbi, dont l’interlocuteur anonyme lui reprochait d’avoir abattu une personne sans lien avec la cible initiale. Le jeune homme, déjà connu des services de police, a été arrêté et condamné en février 2026 à 17 ans de prison pour ce meurtre.

Cette affaire révèle un dysfonctionnement dans l’exécution des contrats : les mineurs, souvent peu expérimentés, commettent des erreurs qui attirent l’attention des autorités. Pourtant, malgré ces ratés, les réseaux criminels persistent dans cette stratégie, combinant précarité sociale et promesse de gains rapides pour recruter des jeunes en quête de repères.

Une logistique rodée et des profils complémentaires

Outre Larbi, deux autres prévenus sont jugés aux côtés de la jeune femme de 23 ans, libre depuis le début des débats. Selon les éléments présentés par l’accusation, elle aurait joué un rôle clé dans la logistique : fourniture d’armes, de munitions et mise à disposition de logements pour les tueurs. Son profil contraste avec celui de Larbi, dont l’attitude lors du procès oscille entre provocation et récit biographique.

Face aux juges, Larbi a d’abord nié toute appartenance à un groupe criminel : « Je n’appartiens à aucun groupe, je n’appartiens à aucune mafia », a-t-il déclaré. « Je suis juste une personne qui a su faire son argent, qui défend ses intérêts. » Il a ensuite évoqué son enfance fracturée, placée en foyer dès son plus jeune âge avant d’être séparé de son jumeau à 12 ans, puis incarcéré pour la première fois en 2017, alors qu’il était encore mineur.

Un parcours marqué par la violence et l’instabilité

L’enfance et l’adolescence de Larbi, marqué par des placements successifs et une séparation précoce avec son frère jumeau, dessinent un profil de jeune en rupture avec les institutions. En 2022, alors qu’il était provisoirement libéré, il a été victime d’une séquestration accompagnée d’actes de barbarie, un épisode dont il n’a jamais souhaité parler aux enquêteurs. Malgré ce passé tumultueux, ses condamnations répétées pour trafic de stupéfiants, violences — y compris envers le personnel pénitentiaire — et son implication présumée dans la DZ Mafia en font une figure emblématique des parcours criminels organisés.

Son cas soulève une question plus large : comment des individus comme lui, issus de milieux défavorisés et souvent marginalisés, basculent-ils dans la criminalité organisée ? Les experts s’accordent à dire que l’absence de repères stables, couplée à une exposition précoce à la délinquance, favorise ce type d’engagement dans des réseaux où la violence est monnayée.

Une justice face à l’émergence de la « DZ Mafia » en France

Ce procès intervient alors que les autorités judiciaires françaises renforcent leur lutte contre les groupes criminels d’origine algérienne, dont la DZ Mafia est l’un des principaux représentants. Selon les services de police, ce réseau, actif depuis plusieurs années, s’est spécialisé dans le trafic de stupéfiants, les règlements de comptes et le recrutement de mineurs pour des missions délictuelles. Son expansion en région parisienne et dans le Sud-Est du pays en fait une cible prioritaire pour les enquêteurs.

Les récents démantèlements, comme celui d’un important trafic de cannabis saisi en mars 2026 à Marseille, illustrent l’ampleur de ces réseaux. Cependant, leur capacité à recruter des jeunes, parfois dès 15 ans, pose un défi majeur pour les institutions, qui peinent à endiguer ce phénomène en pleine croissance.

Et maintenant ?

Le tribunal correctionnel de Paris devrait rendre son verdict d’ici la fin de la semaine. Parallèlement, le mineur recruté en 2023 sera jugé à huis clos le mois prochain, tandis que les enquêteurs continuent de démanteler les réseaux logistiques liés à la DZ Mafia. Une prochaine étape consistera à identifier les commanditaires finaux des meurtres commis à Marseille, dont les cibles restent à ce jour inconnues.

Cette affaire rappelle l’urgence d’une réponse coordonnée entre justice, éducation et protection de l’enfance pour prévenir le recrutement des mineurs par les réseaux criminels. Reste à voir si les condamnations prononcées lors de ce procès dissuaderont d’autres groupes de recourir à des tueurs aussi jeunes.

La « DZ Mafia » est un groupe criminel d’origine algérienne, actif en France depuis plusieurs années. Il est principalement impliqué dans le trafic de stupéfiants, les règlements de comptes et le recrutement de mineurs pour des missions à haut risque, notamment des meurtres commandités.

Les mineurs sont souvent perçus comme plus vulnérables et moins surveillés par les forces de l’ordre. Leur jeune âge leur permet d’échapper à des peines aussi lourdes que les adultes, tout en étant plus faciles à manipuler pour des missions à risque.