Depuis cinq mois, une châtelaine de Dieppe s’engage dans une opération de sauvetage des armoires normandes, ces meubles emblématiques menacés de disparition. Selon Franceinfo – Culture, Nathalie Romatet parcourt la France pour récupérer des armoires abandonnées ou destinées à la destruction, puis les expose dans le château de Miromesnil, où elles trouvent une seconde vie auprès des visiteurs. Une initiative qui met en lumière un savoir-faire artisanal vieux de plusieurs siècles.
Ce qu'il faut retenir
- 170 ans d’histoire pour l’armoire de Marie-Rose Fleury, transmise sur cinq générations, sauvée in extremis par Nathalie Romatet.
- Plus de 200 km parcourus entre Houilles, où l’armoire était stockée, et Dieppe, où elle est désormais exposée au château de Miromesnil.
- 21 armoires sauvées en cinq mois grâce à une petite annonce relayée massivement sur les réseaux sociaux et par des appels téléphoniques quotidiens.
- Une opération gratuite pour les propriétaires, qui peuvent ainsi éviter l’abandon ou l’incinération de ces meubles en bois ouvragé.
- Le château de Miromesnil, lieu de naissance de Guy de Maupassant, prévoit d’ouvrir une boutique dédiée à ces pièces historiques.
Les armoires normandes, autrefois dot essentielle des mariées, ne correspondent plus aux standards d’habitat contemporains. Trop encombrantes, trop lourdes, elles finissent souvent reléguées dans des garages, avant d’être jetées ou brûlées. Nathalie Romatet, châtelaine du domaine de Miromesnil, a décidé d’agir. « Mon idée pour la France, c’est d’adopter des armoires normandes pour éviter qu’elles ne soient brûlées ou jetées et sauvegarder le savoir-faire normand », explique-t-elle. Depuis cinq mois, elle sillonne les routes à la recherche de ces pièces chargées d’histoire.
Son périple l’a menée récemment à Houilles, en région parisienne, où elle est venue chercher une armoire normande du modèle de Bayeux. Une opération qui n’est pas toujours simple : « Là, je vais à Houilles et je vais chercher une armoire normande. Je vais là où les armoires normandes m’appellent », précise-t-elle. Ce meuble, comme tant d’autres, était entreposé depuis des décennies dans le garage de Marie-Rose Fleury. « Elle reste dans le garage et puis on ne sait pas trop comment faire. On n’a pas envie de s’en séparer. Elles font partie de la vie, de la famille », confie Nathalie Romatet. Après 40 ans de stockage, l’armoire quitte enfin son abri précaire pour un nouveau destin.
L’armoire de Bayeux, avec ses motifs floraux et ses feuilles sculptées, témoigne d’un travail artisanal minutieux. « Il y a certains motifs de fleurs, on voit un travail un peu ouvragé, des feuilles aussi... On sent que c’est un travail ancien », observe la châtelaine. Et ancien, elle l’est assurément : cette armoire a été fabriquée il y a 170 ans. Elle a traversé cinq générations dans la famille Fleury, transmise de mère en fille, avant d’être sauvée de justesse.
Le sauvetage de ces meubles ne relève pas seulement de la préservation du patrimoine. Il s’agit aussi de redonner une valeur à un savoir-faire normand en voie de disparition. « C’est un savoir-faire, c’est un don, c’est un talent », s’enthousiasme Nathalie Romatet. Les armoires normandes, autrefois symbole de statut social – elles constituaient souvent la dot des mariées –, incarnent aujourd’hui un héritage culturel à ne pas perdre. Leur valeur ne se limite pas à leur fonction de rangement : ce sont des œuvres d’art à part entière, porteuses d’histoire et de traditions.
Arrivée au château de Miromesnil, l’armoire de Marie-Rose Fleury rejoint les 20 autres pièces déjà sauvées. La petite annonce lancée par Nathalie Romatet a suscité un engouement inattendu. « C’était incroyable le nombre de personnes d’abord qui ont réagi sur les réseaux sociaux, ensuite qui nous ont envoyé des mails et encore maintenant, aujourd’hui, j’ai entre 3 et 5 coups de téléphone par jour », rapporte-t-elle. Une mobilisation qui témoigne de l’attachement des Français à ces objets chargés de mémoire.
Le montage de l’armoire, une fois sur place, s’est révélé plus simple que prévu. « Ce qui est génial avec ce genre de meubles, c’est que ce n’est pas comme certains meubles maintenant où il y a 46 000 vis, on passe 4 heures à le monter, alors que ça, en 10 minutes, c’est monté », explique Jean-Charles Le Floch-Jouis, guide du château de Miromesnil. Le bois, bien que fatigué par le temps, a conservé sa robustesse, même si quelques ajustements ont été nécessaires. Bayeux, Cherbourg, Vire… chaque ville a son modèle, chaque armoire raconte une histoire différente.
Le public, venu découvrir le lieu de naissance de Guy de Maupassant, découvre au passage cette initiative originale. Les visiteurs peuvent désormais admirer ces armoires, témoins silencieux d’une époque révolue, mais bien vivante grâce à des gestes comme celui de Nathalie Romatet. Une manière concrète de célébrer le patrimoine normand, sans tomber dans le pathos ni l’exaltation excessive.
Nathalie Romatet reçoit entre trois et cinq appels par jour concernant des armoires à sauver. Les propriétaires peuvent la joindre directement par téléphone ou via les réseaux sociaux, où elle a lancé une petite annonce relayée massivement. Aucune démarche administrative n’est nécessaire : l’opération est entièrement gratuite pour les donateurs.