Le Parlement européen s’apprête à voter un nouveau règlement sur les techniques génomiques dites « nouvelles », une décision qui pourrait profondément modifier l’agriculture européenne. Selon Libération, ces méthodes permettraient de créer des plantes plus résistantes aux aléas climatiques, mais suscitent des inquiétudes parmi une partie de la communauté scientifique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Parlement européen doit bientôt voter un règlement encadrant les nouvelles techniques génomiques (NGT), qui autoriseraient la culture de plantes génétiquement modifiées sans les mêmes contraintes que les OGM classiques.
  • Ces plantes, conçues pour mieux s’adapter au changement climatique, pourraient inclure des variétés de blé, de maïs ou de soja résistantes à la sécheresse ou aux maladies.
  • Une partie des scientifiques met en garde contre les risques environnementaux et sanitaires, évoquant un possible « jeu avec des allumettes au pied d’un brasier » selon les termes d’un chercheur.
  • L’Union européenne pourrait ainsi rejoindre le camp des pays comme les États-Unis ou le Brésil, où ces techniques sont déjà largement utilisées.
  • La décision finale du Parlement est attendue d’ici la fin de l’année 2026, après un vote en session plénière.

Des techniques génomiques présentées comme une solution climatique

Les nouvelles techniques génomiques (NGT) regroupent plusieurs méthodes de modification du génome, comme la mutagenèse dirigée ou l’édition génétique par CRISPR-Cas9. Selon leurs partisans, elles permettraient de créer des cultures plus résilientes face aux défis climatiques actuels : canicules, inondations, ou encore prolifération de pathogènes. « On peut ainsi imaginer des variétés de blé capables de pousser avec 30 % d’eau en moins, ou des tomates résistantes à des températures dépassant 40 °C », explique un agronome cité par Libération.

L’Union européenne justifie ce projet de dérégulation par la nécessité de « renforcer la souveraineté alimentaire » du continent, alors que les rendements agricoles sont menacés par le réchauffement climatique. La Commission européenne a même présenté ces NGT comme un outil clé pour atteindre les objectifs de neutralité carbone d’ici 2050. Pourtant, cette approche divise profondément les experts.

Des scientifiques alertent sur les risques potentiels

Une partie de la communauté scientifique s’alarme des conséquences à long terme de ces techniques. « C’est comme jouer avec des allumettes au pied d’un brasier », a déclaré Christophe D’Enfert, directeur scientifique à l’Institut Pasteur, dans une tribune publiée par Libération. Selon lui, les modifications génétiques pourraient avoir des effets imprévus, comme la création de nouveaux pathogènes ou la perturbation des écosystèmes.

D’autres chercheurs soulignent l’absence de données suffisantes sur les impacts sanitaires de ces plantes à long terme. « Nous manquons de recul sur les effets des NGT sur la santé humaine, notamment en cas de consommation prolongée », a indiqué Marie-Angèle Hermitte, juriste spécialisée en droit de l’environnement. Ces critiques rejoignent celles formulées par des associations écologistes, qui dénoncent une précipitation législative dangereuse.

Une dérégulation qui s’inscrit dans un contexte international

Si l’Europe hésite depuis des années sur la réglementation des OGM classiques, elle semble désormais prête à adopter une position plus souple pour les NGT. Cette évolution la rapprocherait des pratiques en vigueur aux États-Unis ou au Brésil, où ces techniques sont déjà largement déployées. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a autorisé en 2023 la commercialisation de plantes génétiquement modifiées par CRISPR, sans évaluation stricte des risques.

En Europe, la France et l’Allemagne, traditionnellement réticentes aux OGM, apparaissent plus divisées. « La question n’est plus de savoir si ces techniques sont sûres, mais si nous pouvons nous permettre de ne pas les utiliser face à l’urgence climatique », a commenté un représentant du ministère de l’Agriculture. Pourtant, certains États membres, comme l’Italie, restent fermement opposés à cette dérégulation.

Et maintenant ?

Le Parlement européen doit adopter définitivement le texte d’ici la fin de l’année 2026, après une série de votes en commission et en séance plénière. Si le règlement est adopté, les États membres auront deux ans pour transposer les nouvelles règles dans leur législation nationale. Les premières cultures issues de ces NGT pourraient ainsi apparaître sur les étals européens dès 2028, sous réserve de contrôles a posteriori renforcés.

Cette dérégulation soulève aussi la question de l’étiquetage des produits. Les associations de consommateurs exigent que les aliments issus de NGT soient clairement identifiés, à l’image de ce qui est déjà obligatoire pour les OGM classiques. « Sans transparence, le risque est de voir se développer un marché opaque, où les citoyens ignoreraient ce qu’ils consomment », avertit une porte-parole de l’UFC-Que Choisir.

Quoi qu’il en soit, cette décision pourrait marquer un tournant dans l’histoire de l’agriculture européenne, entre innovation technologique et précaution environnementale.