Dans un contexte marqué par l’essor des constellations de satellites privées, l’Europe tente de rattraper son retard face à des acteurs comme Starlink. Selon BFM Business, Jean-Pierre Diris, coordinateur interministériel pour les programmes IRIS² et GOVSATCOM, a détaillé lundi 15 juin les ambitions européennes en matière d’accès souverain à l’espace, lors de son passage dans l’émission Tech & Co.
Face à la domination des acteurs américains, l’Union européenne mise sur une réponse structurée avec IRIS² (Infrastructure pour la Résilience, l’Interconnectivité et la Sécurité par Satellite), un projet visant à garantir une autonomie stratégique en orbite basse. Le programme s’inscrit dans la continuité des initiatives déjà engagées avec GOVSATCOM, dédié aux communications gouvernementales sécurisées.
Ce qu'il faut retenir
- IRIS² est présenté comme la réponse européenne à Starlink, avec pour objectif de renforcer l’autonomie spatiale du continent.
- Le programme GOVSATCOM, déjà en cours, complète IRIS² en assurant des communications gouvernementales sécurisées.
- Jean-Pierre Diris a souligné l’importance d’une « constellation européenne » pour éviter une dépendance aux acteurs privés étrangers.
- L’initiative s’inscrit dans le cadre des stratégies spatiales européennes, alors que l’UE accélère ses investissements dans les technologies spatiales.
Une constellation européenne face à la concurrence de Starlink
Lors de son intervention, Jean-Pierre Diris a rappelé que IRIS² vise à couvrir l’ensemble des besoins européens en matière de connectivité et de sécurité. « L’enjeu est double : garantir un accès indépendant à l’espace pour les États membres et répondre aux besoins croissants en communications sécurisées », a-t-il expliqué. Selon lui, la constellation devrait être opérationnelle d’ici la fin de la décennie, sous réserve des financements et des partenariats industriels nécessaires.
Côté calendrier, Diris a indiqué que les premières phases de déploiement pourraient débuter dès 2027, avec une montée en puissance progressive. « Nous travaillons en étroite collaboration avec l’Agence spatiale européenne (ESA) et les industriels du secteur », a-t-il précisé. L’objectif est de proposer une alternative crédible aux solutions américaines, tout en intégrant des exigences strictes en matière de cybersécurité.
GOVSATCOM : sécuriser les communications gouvernementales
Parallèlement à IRIS², le programme GOVSATCOM – déjà en phase opérationnelle – se concentre sur les communications sécurisées pour les gouvernements et les institutions européennes. Diris a rappelé que ce volet est « essentiel pour protéger les données sensibles et assurer la souveraineté des États ». Les services proposés incluent des liaisons haut débit et des solutions de communication chiffrée, adaptées aux besoins des ministères et des armées.
« GOVSATCOM n’est pas un simple projet technique, mais une réponse aux risques de dépendance », a insisté Diris. Selon les dernières estimations, le programme devrait couvrir 100 % des besoins européens d’ici 2030, avec un budget alloué de plusieurs milliards d’euros. Les appels d’offres sont en cours, et les premiers satellites dédiés devraient être lancés dès 2025.
Un écosystème spatial européen en pleine restructuration
L’intervention de Diris s’inscrit dans un contexte plus large de restructuration du secteur spatial européen. Alors que l’UE cherche à réduire sa dépendance aux acteurs privés américains, plusieurs initiatives ont été lancées ces derniers mois. Parmi elles, le projet MaiaSpace, présenté par son président Yohann Leroy dans la même émission, illustre cette dynamique.
MaiaSpace, filiale d’ArianeGroup, travaille sur le développement de lanceurs réutilisables, avec pour objectif un premier vol d’ici 2027. « Nous devons maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, de la conception à la récupération des lanceurs », a déclaré Leroy. Le projet s’appuie sur des technologies innovantes, comme les moteurs à ergols liquides, et pourrait concurrencer SpaceX sur le marché des lancements commerciaux.
Ces développements surviennent alors que le secteur spatial mondial connaît une accélération sans précédent. Avec plus de 12 000 satellites en orbite basse en 2026 – contre 3 000 en 2020 –, la question de la régulation et de la gestion des ressources orbitales devient un enjeu critique. Les autorités européennes devront également répondre aux préoccupations environnementales, alors que les lancements spatiaux contribuent à l’accumulation de débris en orbite.
Enfin, l’intervention de Diris a aussi mis en lumière les défis liés à la cybersécurité. « Une constellation de satellites est une cible potentielle pour les cyberattaques », a-t-il rappelé. Pour y répondre, l’UE travaille sur des normes strictes et des protocoles de chiffrement avancés, en collaboration avec l’Agence européenne de cybersécurité (ENISA).
IRIS² se distingue par son objectif de souveraineté européenne. Contrairement à Starlink, qui est une initiative privée américaine, IRIS² est porté par l’Union européenne et ses États membres, garantissant ainsi un contrôle total sur les données et les communications. De plus, le projet intègre des exigences strictes en matière de cybersécurité et de résilience, adaptées aux besoins gouvernementaux.
Selon Jean-Pierre Diris, les premiers services GOVSATCOM devraient être déployés dès 2025, avec une couverture complète prévue pour 2030. Les satellites dédiés sont actuellement en phase de conception, et les appels d’offres pour leur construction ont été lancés en 2025.