Le géant américain des bases de données et du cloud Oracle a vu son action s’effondrer de 10,5 % ce jeudi 11 juin 2026 à la Bourse de New York, après l’annonce de ses résultats trimestriels et de ses prévisions d’investissements record pour les prochains mois. Selon BFM Bourse, cette chute représente la plus forte baisse en séance pour l’action depuis le 11 décembre 2025.
Ce qu'il faut retenir
- Oracle enregistre une hausse de 363 % de ses « remaining performance obligations » (RPO) à 638 milliards de dollars sur un an, reflétant une demande soutenue pour ses services cloud et IA.
- Les revenus du quatrième trimestre ont progressé de 20 % (hors effets de change) à 19,18 milliards de dollars, tandis que le bénéfice par action a augmenté de 24 % à 2,11 dollars.
- La société prévoit de lever 40 milliards de dollars en 2026-2027, dont 20 milliards via une émission d’actions, pour financer ses investissements massifs dans l’IA et le cloud.
- Oracle table sur des dépenses d’investissement nettes de 70 milliards de dollars pour l’exercice 2026-2027, un montant qui inclut des paiements anticipés de 20 à 25 milliards de dollars.
- Le marché sanctionne ces annonces, avec une chute de 10,5 % de l’action, reflétant des craintes sur la gestion de la dette et des coûts liés à la croissance.
Historiquement positionné comme un acteur clé des bases de données, Oracle s’est transformé en un pilier des infrastructures cloud et de l’intelligence artificielle. Le groupe, désormais classé parmi les « hyperscalers » aux côtés de Microsoft, Amazon Web Services ou Alphabet, mise sur l’engouement mondial pour les services liés à l’IA, notamment l’entraînement des grands modèles de langage. Cette stratégie, bien que porteuse, s’accompagne d’une hausse significative de ses coûts et de sa dette.
Des résultats solides, mais un marché inquiet
Les chiffres publiés par Oracle pour son quatrième trimestre clos fin mai 2026 sont globalement supérieurs aux attentes des analystes. Les « remaining performance obligations » (RPO), qui mesurent le chiffre d’affaires futur garanti par les contrats clients, ont bondi de 363 % sur un an pour atteindre 638 milliards de dollars. Selon la direction, cette progression s’explique principalement par des contrats à grande échelle liés à l’IA, où les clients préfinancent l’achat de GPU ou en fournissent directement à Oracle.
Les revenus ont progressé de 20 % (hors effets de change) à 19,18 milliards de dollars, tandis que le chiffre d’affaires du cloud a enregistré une hausse de 47 %, s’élevant à 9,9 milliards de dollars. Le bénéfice par action a, quant à lui, augmenté de 24 %, atteignant 2,11 dollars. Ces performances ont légèrement dépassé les attentes des marchés, qui tablaient sur un chiffre d’affaires de 19,09 milliards de dollars et un bénéfice par action de 1,95 dollar.
Des investissements massifs qui inquiètent les investisseurs
Si les résultats financiers sont encourageants, c’est la stratégie de financement d’Oracle qui suscite des interrogations. Pour soutenir sa croissance dans l’IA et le cloud, le groupe a annoncé vouloir lever 40 milliards de dollars en 2026-2027, dont 20 milliards via une émission d’actions. Une annonce qui a immédiatement fait réagir Wall Street, où les craintes portent sur l’impact de cette levée de fonds sur la structure financière du groupe.
Lors de la présentation des résultats, Hilary Maxson, directrice financière d’Oracle, a précisé que les 70 milliards de dollars prévus en dépenses d’investissement nettes pour l’exercice 2026-2027 incluaient des paiements anticipés de 20 à 25 milliards de dollars. Cette somme sera notamment utilisée pour acquérir des infrastructures dédiées à l’IA et renforcer ses capacités cloud. Pour financer ces dépenses, Oracle a déjà levé 43 milliards de dollars via des emprunts et 5 milliards via des augmentations de capital au cours de l’exercice 2026.
Le marché craint que ces investissements massifs ne creusent davantage la dette d’Oracle, alors que le groupe affiche déjà une situation financière tendue. Contrairement à ses concurrents comme Microsoft ou Alphabet, qui génèrent d’importants flux de trésorerie, Oracle brûle actuellement du cash, une situation qui alimente les inquiétudes des investisseurs.
Oracle maintient ses prévisions, mais le marché reste sceptique
Malgré les craintes, Oracle a confirmé ses prévisions pour l’exercice 2026-2027, tablant sur des revenus supérieurs à 90 milliards de dollars. La direction a également relevé ses anticipations de bénéfice par action, désormais attendues à 8,05 dollars pour l’exercice. Pour le trimestre en cours, Oracle prévoit une croissance des revenus de 27 à 29 % (hors effets de change), avec une progression de 57 à 63 % pour ses activités cloud. Le bénéfice par action est lui estimé entre 1,71 et 1,75 dollar.
Ces annonces n’ont toutefois pas suffi à rassurer les marchés. L’action d’Oracle a chuté de 10,5 % en séance, soit sa plus forte baisse depuis près de six mois. Les analystes de Briefing.com, cités par BFM Bourse, soulignent que les investisseurs restent « inquiets » après l’annonce de la levée de 20 milliards de dollars en capitaux supplémentaires. La chute de l’action reflète une méfiance persistante face à la capacité d’Oracle à concilier croissance rapide, investissements massifs et gestion maîtrisée de sa dette.
Dans un secteur où la concurrence entre les « hyperscalers » s’intensifie, Oracle devra également prouver qu’elle peut se différencier et capitaliser sur son expertise historique en bases de données, tout en accompagnant la révolution de l’IA. La réussite de cette transition sera un enjeu majeur pour le groupe, dont la valorisation dépend désormais autant de ses performances financières que de sa capacité à innover.
Les « remaining performance obligations » (RPO) désignent le chiffre d’affaires futur garanti par les contrats signés par une entreprise avec ses clients. Pour Oracle, cette métrique a progressé de 363 % sur un an, atteignant 638 milliards de dollars, reflétant une forte demande pour ses services cloud et IA. Autrement dit, il s’agit du « carnet de commandes » de l’entreprise.
Les investisseurs craignent que cette levée de fonds n’aggrave la situation financière d’Oracle, déjà marquée par une dette élevée et des dépenses d’investissement massives. Une émission d’actions peut également diluer la valeur des titres existants, ce qui a poussé le marché à sanctionner l’action par une baisse de 10,5 %.