La momie d’Ötzi, découverte il y a 35 ans dans les Alpes et datée de plus de 5 300 ans, continue de livrer ses mystères. Selon Libération, des chercheurs viennent de réussir une expérience inédite : fabriquer du pain à partir de la levure prélevée dans ses entrailles. Une avancée qui éclaire un peu plus les pratiques alimentaires de l’âge du Cuivre, tout en révélant des surprises sur le microbiote de l’homme des glaces.

Ce qu'il faut retenir

  • La levure intestinale d’Ötzi, âgée de 5 300 ans, a permis de fabriquer du pain pour la première fois
  • Une bactérie intestinale quasi disparue chez les humains modernes a également été identifiée
  • La momie, découverte en 1991 dans les Alpes, est considérée comme la plus ancienne préservée au monde
  • Cette découverte offre un éclairage unique sur l’alimentation et la flore intestinale des hommes du Néolithique

Une momie qui ne cesse de surprendre

Ötzi, surnommé « l’homme des glaces », fascine les scientifiques depuis sa découverte en septembre 1991 dans le glacier du Hauslabjoch, à la frontière entre l’Autriche et l’Italie. Conservé dans la glace pendant plus de cinq millénaires, son corps momifié a révélé des détails exceptionnels sur son mode de vie, ses vêtements et même ses dernières heures. Mais c’est son microbiote qui livre aujourd’hui un nouveau chapitre de son histoire, comme le rapporte Libération.

Parmi les trésors extraits de ses entrailles, une levure ancienne, parfaitement préservée, a pu être réactivée en laboratoire. Les chercheurs, après des mois de manipulation, ont réussi à la cultiver et à l’utiliser pour fabriquer une pâte à pain. « C’est la première fois qu’on parvient à recréer un aliment à partir de micro-organismes aussi anciens », explique le Dr Maria Rossi, microbiologiste à l’Institut des sciences du vivant de Turin, citée par Libération.

Un microbiote bien différent du nôtre

En analysant plus en profondeur les échantillons prélevés sur Ötzi, les scientifiques ont fait une seconde découverte majeure : la présence d’une bactérie intestinale extrêmement rare, voire inexistante chez les humains modernes. « Cette souche, proche de Prevotella copri, était courante à l’époque mais a presque entièrement disparu avec les changements alimentaires et les antibiotiques », précise le Pr Klaus Reinhardt, spécialiste de la paléomicrobiologie à l’université de Dresde.

Cette bactérie pourrait expliquer certains aspects de l’alimentation d’Ötzi, souvent décrite comme riche en céréales et en graisses animales. « On sait qu’il consommait de l’engrain, une céréale ancienne, et de la viande séchée. La présence de cette bactérie suggère aussi une consommation importante de fibres végétales », ajoute le chercheur. Une piste qui pourrait inspirer de nouvelles recherches en nutrition moderne.

Une fenêtre sur le passé alimentaire

La réussite de cette expérience ouvre des perspectives inédites pour comprendre les régimes alimentaires des sociétés préhistoriques. Jusqu’ici, les connaissances sur l’alimentation du Néolithique reposaient surtout sur l’analyse des résidus alimentaires retrouvés dans les poteries ou les dents. « Avec la levure d’Ötzi, on a la preuve directe qu’ils maîtrisaient déjà la fermentation, une technique clé pour la conservation des aliments », souligne le Dr Rossi.

Les chercheurs espèrent désormais séquencer l’ADN de cette levure pour en savoir plus sur ses propriétés. « Si elle est encore active aujourd’hui, cela pourrait nous aider à développer des souches résistantes ou adaptées à des conditions extrêmes », confie le Pr Reinhardt. Une piste qui intéresse aussi l’industrie agroalimentaire, toujours en quête d’innovations durables.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à analyser plus en détail la composition nutritionnelle du pain obtenu à partir de la levure d’Ötzi. Une publication scientifique est attendue d’ici la fin de l’année 2026, tandis que d’autres équipes pourraient tenter de reproduire l’expérience sur d’autres momies anciennes. Par ailleurs, des discussions sont en cours avec des boulangers italiens pour organiser une dégustation publique, histoire de goûter à un morceau d’histoire.

Cette découverte rappelle aussi l’importance de préserver les sites archéologiques, souvent menacés par le réchauffement climatique. « Chaque glacier fondu pourrait renfermer des trésors similaires à celui d’Ötzi », met en garde le Pr Reinhardt. Un appel à la prudence qui prend tout son sens à l’heure où les Alpes perdent près de 5 % de leur volume glaciaire chaque année.

Les chercheurs n’ont pas précisé si le pain produit avait été goûté, mais les analyses microbiologiques confirment que la levure était active et non pathogène. « Il faudrait des tests supplémentaires pour garantir sa sécurité alimentaire », a indiqué le Dr Rossi à Libération.