Près de 4 000 participants issus de plus de 100 pays se sont réunis à Tachkent pour la cinquième édition du Forum international de l’investissement, selon Euronews FR. L’événement, qui s’est tenu sous le signe de la connectivité régionale et du développement industriel, a été marqué par l’annonce d’un projet d’envergure : la création d’un centre financier international doté d’un régime juridique inédit. Le président ouzbek Chavkat Mirzioïev a également détaillé six axes prioritaires pour attirer les investissements étrangers, lors de la cérémonie d’ouverture.

Ce qu'il faut retenir

  • Un centre financier international sera créé en Ouzbékistan, régi par une loi constitutionnelle spécifique et un régime juridique inspiré de la common law anglaise.
  • Des exonérations fiscales majeures sont prévues pour une durée de 50 ans : suppression de l’impôt sur les sociétés, de la TVA, de la taxe foncière et des droits de douane.
  • L’Ouzbékistan a attiré 123 milliards de dollars d’investissements étrangers en cinq ans, avec un PIB estimé à plus de 180 milliards de dollars en 2026.
  • Six domaines prioritaires ont été identifiés, dont l’énergie verte, l’intelligence artificielle et la transition vers des marchés de capitaux modernes.
  • Le pays a gagné 14 places dans l’Index of Economic Freedom et intègre pour la première fois le groupe des économies « modérément libres ».

Un cadre juridique inspiré de la common law pour séduire les investisseurs

Le projet de centre financier international, annoncé par le président ouzbek Chavkat Mirzioïev, repose sur une loi constitutionnelle spécifique et un régime juridique spécial. Ce cadre, fondé sur les principes de la common law anglaise, vise à offrir aux investisseurs internationaux un environnement réglementaire familier. Laziz Koudratov, ministre ouzbek de l’Investissement, de l’Industrie et du Commerce, a précisé que les entreprises étrangères n’auront plus besoin de maîtriser la législation locale pour opérer dans le pays.

« Toutes les entreprises, notamment les sociétés étrangères du secteur financier, qui souhaitent faire des affaires en Ouzbékistan n’auront pas besoin de maîtriser la législation locale. Elles pourront mener leurs opérations et leurs activités selon les standards internationaux, conformément au common law. »

Laziz Koudratov, ministre ouzbek de l’Investissement, de l’Industrie et du Commerce

Parmi les mesures phares figurent des exonérations fiscales exceptionnelles : suppression de l’impôt sur les sociétés, de la TVA, de la taxe foncière et des droits de douane pendant 50 ans. Le gouvernement prépare également une loi sur les fonds d’investissement alternatifs, incluant des protections pour le capital-risque et les investisseurs institutionnels.

Une croissance économique soutenue et des réserves financières solides

Lors de son discours, le président Mirzioïev a rappelé que l’Ouzbékistan avait attiré plus de 150 milliards de dollars d’investissements étrangers ces dernières années, dont 123 milliards sur les cinq dernières années seulement. En 2025, le pays a enregistré une croissance de 7,7 %, selon la Banque mondiale, tandis que les flux d’investissements étrangers ont atteint 43 milliards de dollars. Les réserves internationales ont dépassé les 70 milliards de dollars, et le PIB du pays devrait dépasser les 180 milliards de dollars en 2026.

Le chef de l’État a également souligné l’amélioration des notations internationales de l’Ouzbékistan. « La solidité de la position de crédit internationale de l’Ouzbékistan se renforce d’année en année. Cette année, notre pays a gagné 14 places dans l’Index of Economic Freedom et a, pour la première fois, intégré le groupe des pays reconnus comme ayant une “économie modérément libre” », a-t-il déclaré. Ces avancées sont présentées comme la preuve d’une économie en pleine mutation.

Six priorités pour attirer les capitaux et moderniser l’économie

Chavkat Mirzioïev a détaillé six axes stratégiques pour renforcer l’attractivité de l’Ouzbékistan. Parmi eux, le renforcement des garanties juridiques pour les investisseurs, le développement des marchés de capitaux et des instruments de financement alternatifs, ainsi que l’expansion des activités industrielles à forte valeur ajoutée. Le gouvernement prévoit aussi de lancer des obligations islamiques souveraines (sukuk) et de poursuivre un programme de privatisations évalué à 6 milliards de dollars pour 2026.

Les autres priorités incluent la coopération dans l’énergie verte et l’intelligence artificielle, ainsi que l’amélioration de la connectivité des transports régionaux. Enfin, des investissements ciblés seront alloués au développement régional pour réduire les disparités territoriales. Une nouvelle législation sur les marchés de capitaux et les fonds d’investissement alternatifs est en préparation, afin de structurer un écosystème financier plus dynamique.

La coopération internationale au cœur des débats

Le Forum de Tachkent a réuni des dirigeants de haut niveau, dont le président albanais Bajram Begaj. Ce dernier a mis en avant les similitudes entre l’Albanie et l’Ouzbékistan en matière de connectivité régionale et de développement économique. « L’Albanie et l’Ouzbékistan ont davantage en commun que ne le laisse penser la géographie. Nos deux pays investissent dans la connectivité. Tous deux cherchent à renforcer leur rôle au sein de réseaux régionaux plus larges », a-t-il déclaré.

Un débat central a porté sur le Partenariat stratégique UE-Asie centrale, lancé lors du sommet de Samarcande en début d’année. Les participants ont salué le passage des engagements politiques à la mise en œuvre de projets concrets, notamment dans les domaines des transports, de l’énergie et des matières premières critiques. De nouvelles routes commerciales et des investissements de long terme sont attendus pour renforcer les liens entre les deux régions.

Des rencontres bilatérales pour élargir les partenariats

En marge du forum, le président Mirzioïev a tenu plusieurs réunions bilatérales avec des dirigeants étrangers. Parmi eux figuraient le Premier ministre kazakh Olzhas Bektenov, une délégation des Émirats arabes unis dirigée par le ministre de l’Énergie et des Infrastructures Suhail Al Mazrouei, ainsi que le directeur de l’Administration nationale de l’énergie de Chine, Wang Hongzhi. Des représentants d’entreprises britanniques, menés par le ministre chargé de l’Investissement Lord Jason Stockwood, et le président d’ACWA Power, Mohammad Abunayyan, ont également participé à ces échanges.

Ces discussions ont porté sur l’élargissement de la coopération dans des secteurs clés comme l’énergie, les infrastructures, l’industrie et les transports. Ces rencontres s’inscrivent dans une dynamique plus large de renforcement des liens économiques entre l’Ouzbékistan et ses partenaires internationaux.

Et maintenant ?

La mise en place du nouveau centre financier international et l’entrée en vigueur des exonérations fiscales pourraient attirer rapidement des acteurs majeurs du secteur bancaire et financier. Les prochaines étapes incluent l’adoption des textes législatifs annoncés, dont la loi sur les fonds d’investissement alternatifs, prévue pour 2026. Les privatisations prévues pour 6 milliards de dollars devraient également générer un afflux de capitaux étrangers. Enfin, le renforcement des corridors commerciaux avec l’Union européenne et l’Asie centrale sera un indicateur clé de la réussite de cette stratégie.

Avec ces annonces, l’Ouzbékistan se positionne comme un acteur économique en pleine transformation, cherchant à capter une part croissante des flux d’investissements mondiaux. La réussite de ce projet dépendra désormais de la capacité du pays à concrétiser ses promesses et à attirer les capitaux dans un contexte géopolitique et économique en mutation.

Les secteurs financiers, industriels et technologiques sont les principaux ciblés. Les entreprises opérant dans les marchés de capitaux, l’énergie verte, l’intelligence artificielle et les infrastructures devraient profiter en priorité de ce régime fiscal avantageux.