Un collectif d’artistes et d’intellectuels, dont Taysir Batniji, Judith Butler et Adèle Haenel, a vivement critiqué, ce lundi 11 juin 2026, le partenariat entre le centre Pompidou et la fondation du groupe coréen Hanwha, un géant industriel lié à des entreprises d’armement israéliennes. Dans une interpellation publique adressée aux « amis » du musée, ces figures dénoncent ce qu’elles qualifient de « stratégie d’artwashing », visant selon elles à redorer le blason de Hanwha via une collaboration culturelle.

Ce qu'il faut retenir

  • Un collectif d’artistes et d’intellectuels, incluant Taysir Batniji, Judith Butler et Adèle Haenel, dénonce le partenariat entre le centre Pompidou et la fondation Hanwha.
  • Le groupe coréen Hanwha est lié à des entreprises d’armement israéliennes, selon les signataires.
  • L’interpellation vise les « amis » du musée, réunis le 11 juin 2026, pour alerter sur cette collaboration.
  • Les opposants y voient une tentative de « artwashing », c’est-à-dire une opération de communication pour blanchir l’image de Hanwha.
  • Le partenariat culturel est perçu comme une stratégie pour légitimer l’implication du groupe dans l’industrie de l’armement.

Selon Libération, cette initiative s’inscrit dans un contexte où les institutions culturelles sont de plus en plus scrutées pour leurs liens avec des acteurs controversés. Le groupe Hanwha, présent en France via sa filiale Hanwha Aerospace, est notamment connu pour ses activités dans la défense, notamment avec des contrats passés avec Israël. Les signataires de l’appel rappellent que Hanwha figure parmi les fournisseurs de l’armée israélienne, un point qui, selon eux, rend ce partenariat moralement inacceptable.

Dans leur déclaration, les artistes et intellectuels soulignent que cette collaboration « normalise » les activités du groupe, malgré son implication dans des industries liées à des conflits armés. « Accepter ce partenariat, c’est cautionner une forme de propagande », a indiqué Adèle Haenel, avant d’ajouter : « L’art ne peut être un paravent pour des entreprises dont les activités violent les droits humains. » Judith Butler, philosophe américaine, a quant à elle rappelé que « l’art doit rester un espace de résistance, pas un outil de légitimation pour des acteurs économiques complices de violations ».

« Ce partenariat est une insulte à l’éthique artistique et à la mémoire des victimes des conflits armés. »
Taysir Batniji, artiste palestinien

Le centre Pompidou, contacté par Libération, n’a pas encore réagi officiellement à cette interpellation. Le musée, qui accueille régulièrement des expositions internationales, se trouve désormais au cœur d’un débat sur la responsabilité sociale des institutions culturelles. Pour les signataires, cette affaire rappelle les polémiques passées, comme celles ayant visé le partenariat entre le Louvre et des entreprises pétrolières ou encore les collaborations controversées de certaines fondations avec des régimes autoritaires.

Et maintenant ?

Les organisateurs de l’appel appellent à une mobilisation plus large des milieux artistiques et intellectuels pour exiger la rupture du partenariat avec Hanwha. Une pétition a été lancée en ligne, recueillant déjà plusieurs milliers de signatures. Une réunion est prévue ce week-end à Paris pour discuter des prochaines étapes, notamment d’éventuelles actions symboliques au sein du centre Pompidou. Reste à voir si cette pression suffira à faire évoluer la position du musée, ou si l’institution choisira de maintenir sa collaboration malgré les critiques.

Cette affaire soulève plus largement la question de l’engagement des institutions culturelles face aux enjeux géopolitiques. Alors que les débats sur l’éthique des partenariats se multiplient, les musées et autres lieux d’art devront-ils systématiquement vérifier les antécédents de leurs partenaires économiques ? Pour les signataires de l’appel, la réponse est claire : « L’art ne peut être neutre quand des vies sont en jeu. »

Hanwha est un conglomérat sud-coréen dont la filiale Hanwha Aerospace fournit du matériel militaire à Israël, notamment des composants pour des systèmes de défense. Le groupe est régulièrement cité dans les rapports sur les exportations d’armes vers la région, en particulier pour son implication dans des projets liés à l’industrie de l’armement israélienne.

À ce stade, le centre Pompidou n’a pas encore pris position publiquement sur cette affaire. Le musée n’a pas répondu aux sollicitations de Libération au moment de la publication de cet article.