À 49 ans, Sébastien est artisan-pêcheur dans le Finistère. Comme il l’explique à Capital, il perçoit un revenu annuel brut compris entre 90 000 et 100 000 euros, avant déduction des impôts. Ce salaire correspond à une rémunération mensuelle de 6 000 à 10 000 euros, selon les mois et les résultats de la pêche. Un niveau de revenus qu’il juge satisfaisant, d’autant plus qu’il a abandonné l’école en classe de quatrième. Son parcours illustre ainsi une réussite professionnelle atypique, dans un secteur où les revenus varient fortement selon les conditions de travail et les ventes de poisson.
Ce qu'il faut retenir
- Sébastien, 49 ans, patron-pêcheur dans le Finistère, déclare un salaire annuel brut de 90 000 à 100 000 € selon Capital.
- Il perçoit entre 6 000 et 10 000 € brut par mois, avec une rémunération calculée à la part, incluant sa part et demie et celle de son équipage.
- Sur chaque vente de pêche, 60 % des revenus couvrent les frais du bateau (carburant, assurances, réparations, crédits), et 40 % sont répartis entre les six marins.
- Le secteur reste exigeant : le bateau doit naviguer en continu, faute de quoi les salaires ne sont pas versés.
- Les coûts d’exploitation sont élevés : 200 000 € de réparations annuelles, dont une hausse de 50 % depuis la crise sanitaire, et 1,2 million d’euros investis dans l’achat du bateau.
Un salaire à la part, dépendant des ventes de poisson
Sébastien est à la tête d’un bateau de pêche en Finistère, où il emploie six marins : quatre en mer et deux à terre. Comme il l’indique à Capital, le système de rémunération repose sur la part. À bord, chaque membre d’équipage reçoit une part proportionnelle à son grade. Sébastien touche ainsi une part et demie, tandis qu’un matelot en perçoit une. Ce système lie directement les revenus aux résultats de la pêche : plus les ventes sont élevées, plus les salaires augmentent.
Mais cette logique a un revers. Si le bateau reste à quai, aucun salaire n’est versé, précise-t-il. L’équipage alterne donc entre périodes en mer et à terre, selon un rythme de 20 jours en mer suivis de 10 jours à terre. Un rythme qui permet à Sébastien de gérer les contraintes du métier tout en maintenant une activité continue. Pour un marin de base, la rémunération s’élève à environ 5 000 euros brut par mois, un niveau qu’il considère comme correct compte tenu de son parcours.
Un investissement lourd et des coûts en hausse
Derrière ces revenus se cache un gouffre financier : le bateau lui-même. Sébastien a acquis son navire il y a cinq ans pour 1,2 million d’euros, financés en partie par un crédit. Chaque mois, il doit s’acquitter de 12 000 euros de mensualités, sans compter 2 500 euros d’assurances annuelles. Les charges ne s’arrêtent pas là. Les réparations annuelles s’élèvent à environ 200 000 euros, un poste de dépense qui a augmenté de 50 % depuis la crise du Covid-19. À cela s’ajoutent 15 000 euros pour une simple couche de peinture chaque année.
Ces contraintes expliquent pourquoi Sébastien doit maintenir une activité quasi continue. « Si je n’avais pas fait le choix de faire tourner le bateau tous les jours, je n’arriverais pas à payer mes échéances régulièrement », explique-t-il. Son objectif ? Acquérir un bateau neuf, d’une valeur d’environ 4 millions d’euros, pour réduire la pression financière et limiter l’impact sur les ressources halieutiques. Mais un tel investissement reste inaccessible sans aides publiques, notamment la taxe sur les Énergies Marines Renouvelables (EMR), dont les fonds ne sont pas encore mobilisables.
Une vie professionnelle rythmée par la mer et l’engagement
Sébastien exerce ce métier depuis 1995. Pour lui, la pêche représente une liberté que peu d’emplois salariés pourraient offrir. Avec un maximum de 225 jours en mer par an, il alterne entre activité professionnelle intense et temps de repos, un équilibre difficile à trouver ailleurs. « Je ne pourrais pas avoir ce rythme avec un poste de salarié. J’ai acheté une maison, je nourris mes trois enfants, et surtout, j’aime cette vie en mer », confie-t-il. Aujourd’hui, les conditions de travail ont évolué : grâce à Internet à bord, il peut maintenir un lien social et professionnel même lors de ses longues missions.
Son engagement va au-delà de la pêche. Très actif au niveau départemental et régional, il participe à de nombreuses réunions, en visioconférence ou en présentiel, même lorsqu’il est en mer. « Défendre mon métier, faire avancer les choses et lui donner un avenir, c’est essentiel pour moi. Et surtout, porter la voix de ceux qui naviguent », souligne-t-il. Ce métier, il l’a découvert comme mousse, en commençant par la plonge et la cuisine. « Je n’aurais pas eu le même parcours en travaillant dans une usine », résume-t-il avec fierté.
Un secteur en mutation, entre enjeux économiques et environnementaux
Contrairement aux idées reçues, Sébastien affirme que les stocks de poissons ne diminuent pas. Les efforts des dernières décennies portent leurs fruits : les mailles des filets ont été agrandies, les grilles sélectives se généralisent. Résultat, le poisson a le temps de grandir avant d’être pêché. Parfois, certains spécimens doivent même être rejetés à la mer, comme les soles, pour préserver les ressources. « Les efforts paient. Maintenant, le poisson a le temps de grandir », se félicite-t-il.
Cependant, le secteur fait face à des défis majeurs. Les coûts d’exploitation explosent, les aides publiques se font attendre, et la concurrence des énergies renouvelables marines empiète sur les zones de pêche. Sébastien mise sur la taxe EMR, qui devrait compenser partiellement ces pertes. Mais pour l’instant, ces fonds ne sont pas encore accessibles. Dans l’attente, il continue de naviguer, malgré les contraintes financières et les risques inhérents à la profession.
Son témoignage rappelle que la pêche, bien plus qu’une activité économique, est un mode de vie. Un équilibre fragile, où chaque euro gagné ou perdu compte, et où la mer reste à la fois le gagne-pain et le défi permanent.
Le salaire est calculé à la part, en fonction des ventes de pêche. Sébastien touche une part et demie, tandis que les autres membres de l’équipage en perçoivent une. 60 % des revenus couvrent les frais du bateau (carburant, assurances, réparations, crédits), et 40 % sont répartis entre les marins. Si le bateau ne prend pas la mer, aucun salaire n’est versé.