La France n’a jamais accueilli autant d’étrangers, alors que les reconduites à la frontière des personnes en situation irrégulière restent exceptionnelles. C’est ce que révèle le bilan migratoire du pays, qui illustre les limites du volontarisme affiché par Emmanuel Macron depuis son arrivée au pouvoir en 2017, comme le rapporte Le Figaro.

Ce qu'il faut retenir

  • Jamais la France n’a enregistré autant d’entrées légales sur son territoire qu’aujourd’hui, tandis que les reconduites à la frontière des étrangers en situation irrégulière restent marginales.
  • Emmanuel Macron avait promis en 2017 une politique migratoire « intraitable » avec des expulsions immédiates pour les étrangers en situation irrégulière commettant une infraction.
  • Gérard Collomb, alors ministre de l’Intérieur, avait démissionné en 2018 en dénonçant l’absence de moyens pour appliquer cette politique.
  • Les reconduites effectives restent rares malgré les annonces répétées, en raison de contraintes juridiques et logistiques.
  • La coopération avec certains pays d’origine, comme l’Algérie, reste un enjeu clé pour faciliter les retours.

Un objectif affiché, des résultats en demi-teinte

En octobre 2017, Emmanuel Macron fixait un cap clair : « Je veux être ici intraitable. Toutes celles et ceux qui, étant étrangers en situation irrégulière, commettent un acte délictueux, quel qu’il soit, seront expulsés. Dès les prochains jours, nous prendrons des dispositions d’organisation, mais cela signifie que l’on doit aussi être plus efficace dans nos politiques de reconduite. » Ces propos, tenus aux côtés de Gérard Collomb, alors ministre de l’Intérieur, marquaient le début d’une politique migratoire volontariste.

Près de neuf ans plus tard, force est de constater que l’exécutif peine à concrétiser ses ambitions. Malgré un afflux record d’étrangers sur le territoire français, les reconduites à la frontière des personnes en situation irrégulière restent exceptionnelles. Les raisons ? Des contraintes juridiques, des obstacles logistiques, mais aussi un contexte géopolitique complexe, notamment avec certains pays d’origine comme l’Algérie, comme le souligne Le Figaro.

Gérard Collomb, l’homme qui a claqué la porte de Beauvau

Gérard Collomb, nommé à la tête du ministère de l’Intérieur en mai 2017, avait été chargé de mettre en œuvre cette politique migratoire stricte. Mais dès octobre 2018, il quittait ses fonctions en dénonçant l’absence de moyens alloués pour appliquer ses orientations. « On ne me donne pas les moyens de ma politique », avait-il alors expliqué. Son départ avait marqué un tournant dans la gestion de la question migratoire sous la présidence Macron.

« Il est décédé le 25 novembre 2023, en laissant ce testament, s’agissant des quartiers difficiles qui cristallisent bien des déséquilibres. » — Le Figaro

Cette démission avait révélé les tensions internes à l’exécutif sur la question migratoire, un sujet qui continue de diviser jusqu’à aujourd’hui.

Un afflux record, mais des reconduites en chute libre

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : jamais la France n’a attiré autant d’étrangers, que ce soit pour des raisons économiques, familiales ou humanitaires. Pourtant, les reconduites effectives restent marginales. Selon les dernières données disponibles, moins de 10 % des obligations de quitter le territoire français (OQTF) aboutissent à une expulsion. Les raisons sont multiples : refus des pays d’origine de réadmettre leurs ressortissants, difficultés juridiques pour certains demandeurs d’asile, ou encore manque de places dans les centres de rétention.

Cette situation illustre les limites d’une politique migratoire qui peine à concilier fermeté affichée et réalités opérationnelles. Les associations de défense des droits des migrants dénoncent depuis des années un décalage entre les annonces politiques et les pratiques administratives.

L’Algérie, un partenaire clé mais récalcitrant

Parmi les pays d’origine concernés, l’Algérie occupe une place particulière. Le ministre de la Justice français doit se rendre à Alger ce lundi 19 mai 2026 pour tenter de relancer la coopération judiciaire avec les autorités algériennes. L’objectif ? Faciliter les retours des ressortissants algériens en situation irrégulière, à l’image des accords déjà conclus avec des pays comme le Maroc ou les Émirats arabes unis.

Cette visite s’inscrit dans la continuité des efforts diplomatiques menés pour renforcer les échanges en matière de lutte contre l’immigration irrégulière. Pourtant, les relations entre Paris et Alger restent tendues sur ce dossier, comme en témoignent les récentes tensions diplomatiques autour d’affaires judiciaires impliquant des ressortissants algériens en France.

Quelles perspectives pour l’avenir ?

Face à ce bilan contrasté, l’exécutif semble désormais chercher un équilibre entre fermeté affichée et réalisme politique. Les prochaines semaines pourraient être marquées par de nouvelles annonces sur la réforme des titres de séjour et des visas, ainsi que par des discussions avec les pays partenaires pour améliorer les taux de reconduite.

Et maintenant ?

La visite du ministre de la Justice à Alger ce 19 mai 2026 pourrait être un premier pas vers un renforcement de la coopération bilatérale. D’ici la fin de l’année, l’exécutif devrait également présenter un nouveau plan pour accélérer les éloignements, notamment en simplifiant les procédures administratives. Reste à savoir si ces mesures suffiront à inverser la tendance, alors que les flux migratoires continuent de battre des records.

En attendant, le débat sur l’immigration reste plus que jamais au cœur des préoccupations politiques, avec une gauche divisée entre ceux qui prônent un durcissement des règles et ceux qui défendent une approche plus humaniste. Une chose est sûre : la question migratoire, sous tension depuis près d’une décennie, n’est pas près de s’éteindre.

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. D’abord, les pays d’origine refusent souvent de réadmettre leurs ressortissants, faute d’accords diplomatiques ou par manque de moyens. Ensuite, les procédures judiciaires peuvent être longues, notamment pour les demandeurs d’asile dont le statut est en cours d’examen. Enfin, les centres de rétention sont saturés, et les éloignements nécessitent des escortes policières, une ressource limitée.