Dans les années 1980, la grand-mère de l’autrice de cet article feuilletait religieusement les magazines de l’époque pour y lire son horoscope. Entre les pages des revues féminines et les suppléments people s’empilaient sur la table basse du salon, comme en témoignent les souvenirs familiaux rapportés selon Courrier International. Chaque semaine, elle s’intéressait aux prédictions du Scorpion, signe qu’elle partageait avec son petit-fils, tandis que sa petite-fille se tournait vers l’horoscope de la Gazzetta, dont les colonnes abordaient les questions de sexualité avec une pointe d’humour et de complicité. Pourtant, malgré ces pratiques communes, la grand-mère y croyait avec une conviction inébranlable, presque aussi ferme que sa foi en la volonté divine ou en la force gravitationnelle.

Ce qu'il faut retenir

  • Une étude italienne révèle que 65 % des Italiens consultent régulièrement leur horoscope, malgré leur scepticisme affiché, selon Il Post, média généraliste lancé en 2010 et reconnu pour ses décryptages.
  • Les horoscopes sont souvent perçus comme un divertissement inoffensif, mais certains y voient un moyen de comprendre leur personnalité ou leurs relations, comme l’illustre l’exemple de la grand-mère, qui attribuait aux signes du zodiaque des traits de caractère déterminants.
  • Les magazines féminins et les revues people ont longtemps été des vecteurs majeurs de cette pratique, avec des rubriques dédiées intégrées en dernière page.

Son mari, un homme de signe Vierge, ne manquait jamais de lui rappeler que ces prédictions n’étaient que des sornettes. Sa réponse était systématique : « Tu dis ça parce que tu es Vierge. » Une répartie qui illustre l’ambivalence de la croyance en l’astrologie. Pour elle, lire son horoscope n’était pas un simple passe-temps, mais une forme de guidance presque spirituelle. Elle établissait des liens entre les signes du zodiaque et le tempérament des individus, voire leur moralité. « C’est bien parce que tu es ma petite-fille, me disait-elle, mais je préférerais ne pas avoir affaire aux Gémeaux, ce sont tous des menteurs. » Une affirmation qui mêlait superstition et certitude.

Cette pratique, bien que souvent moquée ou minimisée, reste profondément ancrée dans les habitudes de lecture. Comme le souligne l’autrice, consulter son horoscope relève parfois d’un réflexe social, presque d’un rituel familial. « Mon cousin et moi-même jetions toujours un œil à celui de la Gazzetta », explique-t-elle. Les magazines people et les revues féminines, avec leurs colonnes astrologiques, offraient une échappatoire ludique aux routines quotidiennes. Pour la grand-mère, en revanche, l’horoscope était bien plus qu’un jeu : il s’agissait d’une clé pour décrypter le monde et les autres.

L’horoscope, entre divertissement et quête de sens

L’attrait pour les horoscopes s’inscrit dans une histoire plus large des croyances populaires. Selon Il Post, ces prédictions astrologiques sont apparues dans la presse italienne dès les années 1960, avant de se démocratiser dans les années 1980 avec l’essor des magazines féminins. Les rubriques astrologiques, souvent reléguées en fin de revue, sont devenues un incontournable des titres comme Femme, Elle ou Oggi. Aujourd’hui encore, elles occupent une place centrale dans ces publications, malgré la montée en puissance des médias numériques.

Pour beaucoup, consulter son horoscope relève d’une forme de divertissement passif. On y cherche une prédiction légère, un clin d’œil complice ou une justification a posteriori à ses choix de vie. « Un vieil oncle éméché aux repas de famille », comme le décrit l’autrice, résume bien cette dimension presque théâtrale. Pourtant, pour certains, comme la grand-mère, l’horoscope dépasse ce cadre ludique. Il devient un outil pour interpréter les comportements, justifier ses préférences ou même prendre des décisions, comme jouer à la loterie de Naples « si les astres étaient favorables ».

Une croyance ancrée dans les traditions familiales et culturelles

L’exemple de la famille de l’autrice n’est pas isolé. En Italie, comme dans de nombreux pays, l’horoscope s’est intégré aux traditions culturelles. Les signes du zodiaque y sont souvent associés à des stéréotypes, parfois genrés ou sociaux. Par exemple, les Gémeaux sont régulièrement décrits comme « menteurs », les Scorpions comme passionnés ou vindicatifs, et les Vierges comme critiques ou perfectionnistes. Ces clichés, bien que largement décriés par les sceptiques, persistent dans l’imaginaire collectif.

Selon une enquête menée par Il Post, près d’un Italien sur deux admet lire son horoscope au moins une fois par semaine. Parmi eux, une minorité y croit dur comme fer, tandis que d’autres y voient une simple distraction. « Elle y croyait avec la même conviction inébranlable avec laquelle elle croyait à la volonté divine ou à la force gravitationnelle », écrit l’autrice. Une comparaison qui souligne l’importance de cette pratique dans le quotidien de certains. Pour eux, les prédictions astrologiques ne sont pas de simples mots jetés au hasard : elles structurent une vision du monde où le destin et les étoiles entretiennent un dialogue constant.

Pourquoi cette persistance malgré les critiques ?

Les sceptiques, comme le grand-père de l’autrice, restent nombreux. Les scientifiques et les psychologues expliquent souvent cette croyance par des mécanismes psychologiques bien connus, comme l’effet Barnum ou le biais de confirmation. L’effet Barnum, du nom du célèbre showman P.T. Barnum, désigne la tendance des individus à accepter des descriptions vagues et universelles comme étant spécifiques à leur personnalité. Quant au biais de confirmation, il pousse à retenir uniquement les prédictions qui correspondent à nos attentes ou à notre vécu, en ignorant les autres.

Pourtant, malgré ces explications rationnelles, l’horoscope continue de séduire. Peut-être parce qu’il offre une illusion de contrôle dans un monde souvent chaotique. Comme le suggère l’autrice, consulter son horoscope peut relever d’un besoin de se sentir connecté à quelque chose de plus grand que soi, même si cette « chose » n’est que le fruit de l’imagination humaine. « Une bonne conjoncture astrale pouvait l’encourager à jouer à la loterie », rappelle-t-elle. Autant dire que, pour certains, l’astrologie devient une boussole, si floue soit-elle, dans un océan d’incertitudes.

Et maintenant ?

Alors que les médias traditionnels déclinent, les horoscopes résistent. Les applications mobiles dédiées à l’astrologie, comme Co–Star ou The Pattern, ont même vu le jour pour répondre à une demande croissante. Selon Il Post, ces plateformes pourraient bien remplacer les magazines papier dans les années à venir. Reste à savoir si cette digitalisation renforcera ou affaiblira la crédibilité des prédictions astrologiques. Une chose est sûre : tant qu’il existera des signes du zodiaque, il y aura des gens pour y croire… ou du moins pour en rire.

L’horoscope, avec ses promesses de destin et ses stéréotypes, semble condamné à osciller entre superstition et divertissement. Pour les uns, il reste un rituel rassurant ; pour les autres, un simple objet de moquerie. Une chose est certaine : il ne disparaîtra pas de sitôt, bien au contraire. Les prochaines années nous diront si les jeunes générations, plus tournées vers la science et le rationalisme, parviendront à reléguer l’astrologie au rang des reliques du passé.

Non, l’astrologie n’est pas reconnue comme une science par la communauté scientifique. Les études menées sur le sujet, comme celles du CNRS ou de l’Académie nationale des sciences aux États-Unis, ont systématiquement démontré que les prédictions astrologiques ne résistent pas aux tests de reproductibilité ou de validation empirique. Les mécanismes psychologiques, comme l’effet Barnum ou le biais de confirmation, expliquent en grande partie l’adhésion à ces croyances.