Près de 15 000 réponses collectées entre mars et juillet 2025 ont permis au collectif féministe #NousToutes de dresser un portrait inédit des militantes engagées contre les violences faites aux femmes. Les résultats de cette première enquête, publiée lundi par Ouest France, dessinent un profil majoritaire : des femmes jeunes, salariées et résidant en milieu urbain.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 15 000 réponses recueillies lors d’une enquête menée entre mars et juillet 2025
  • Une majorité de militantes âgées de moins de 35 ans, salariées et vivant en zone urbaine
  • Le collectif #NousToutes a diffusé son questionnaire en ligne et sur le terrain
  • Cette enquête constitue la première du genre publiée par le mouvement

Une mobilisation féministe jeune et active

Les chiffres révélés par #NousToutes montrent une implication militante majoritairement portée par des femmes jeunes. Selon l’enquête, plus de 60 % des répondantes ont moins de 35 ans, un constat qui reflète une génération particulièrement sensible aux enjeux d’égalité et de lutte contre les violences sexistes. « Cette jeunesse s’explique par une prise de conscience accrue des inégalités structurelles, mais aussi par l’accessibilité des outils numériques qui facilitent l’engagement », a expliqué une porte-parole du collectif lors de la publication des résultats.

Côté profil professionnel, près de 70 % des militantes sont salariées, travaillant principalement dans les secteurs de la santé, de l’éducation ou des services. Cette donnée souligne un engagement souvent réalisé en parallèle d’une activité professionnelle, et non pas au détriment de celle-ci. « Beaucoup de femmes assument cette double casquette, entre vie professionnelle et militantisme, sans pour autant bénéficier d’aménagements spécifiques », a précisé la même source.

Une géographie militante urbaine

Autre caractéristique marquante : la concentration géographique des répondantes. Plus de 80 % des militantes vivent dans des grandes villes ou des métropoles, où les réseaux associatifs et les initiatives locales sont plus visibles. Paris, Lyon et Bordeaux arrivent en tête des villes les plus représentées, suivies de près par d’autres agglomérations comme Toulouse ou Nantes. « La densité des collectifs féministes et la visibilité des actions dans les grandes villes jouent un rôle clé dans cette mobilisation », a analysé #NousToutes dans un communiqué.

Cette répartition n’est pas anodine : elle reflète aussi l’accès inégal à l’information et aux structures d’accompagnement selon les territoires. « Les femmes en milieu rural ou dans des petites villes disposent de moins de ressources pour s’informer et s’engager, ce qui limite leur participation à ce type d’enquêtes », a souligné une militante interrogée par Ouest France.

Un engagement motivé par des expériences personnelles

Parmi les répondantes, plus de 40 % déclarent avoir été victimes ou témoins de violences sexistes, un chiffre qui explique en partie leur engagement. Les témoignages recueillis mettent en avant des parcours variés, mais souvent marqués par une prise de conscience tardive ou précoce des inégalités. « Beaucoup de femmes racontent avoir découvert l’ampleur des violences sexistes après avoir elles-mêmes été confrontées à des situations de harcèlement ou d’agressions », a indiqué #NousToutes.

L’enquête révèle également que près de 30 % des militantes ont déjà participé à des manifestations féministes avant de rejoindre le collectif. Ce chiffre montre une forme de progression dans l’engagement, passant d’actions ponctuelles à un militantisme plus structuré au sein d’une organisation comme #NousToutes.

Et maintenant ?

Cette première enquête ouvre la voie à de nouvelles investigations pour #NousToutes, qui prévoit d’approfondir certains aspects, comme les freins à l’engagement en milieu rural ou les spécificités des violences subies par les militantes. Le collectif pourrait aussi s’appuyer sur ces résultats pour renforcer ses actions de sensibilisation dans les zones sous-représentées. Une nouvelle campagne de collecte de données est d’ores et déjà annoncée pour la fin de l’année 2026, avec l’objectif d’élargir encore l’échantillon.

Reste à voir si ces tendances se confirmeront dans les prochaines années. Les résultats de cette enquête pourraient aussi servir de base à des échanges avec les pouvoirs publics, afin d’adapter les politiques de prévention et de lutte contre les violences sexistes aux réalités sociodémographiques mises en lumière.

L’enquête a été réalisée entre mars et juillet 2025 via un questionnaire diffusé en ligne et sur le terrain par le collectif #NousToutes. Plus de 15 000 réponses ont été collectées et analysées pour établir ce portrait sociodémographique des militantes féministes en France.