Selon Euronews FR, les quatre modèles d’intelligence artificielle développés par Mistral AI figurent parmi les plus exposés à la diffusion de la propagande russe. Une étude de l’Institut de la langue estonienne met en lumière leurs lacunes dans la détection et le filtrage des discours du Kremlin, malgré leur positionnement comme alternative européenne face aux géants américains.

Ce qu'il faut retenir

  • Les quatre versions de Mistral évaluées affichent un taux inférieur à 40 % pour leur capacité à détecter les éléments de langage du Kremlin.
  • Au moins 12 réponses de Mistral ont renvoyé vers des sources sanctionnées comme Russia Today ou Sputnik News.
  • En avril 2026, NewsGuard a constaté que Le Chat, le chatbot de Mistral, relayait des contre-vérités russes dans 50 % des cas en anglais et 56,6 % en français.
  • Le réseau Pravda (Portal Kombat), composé de 370 sites dont 286 actifs, serait le principal responsable de cette orientation pro-russe.
  • Mistral a signé des partenariats avec le gouvernement français, Airbus, BMW et le Luxembourg pour l’intégration de ses technologies.

Une étude qui évalue 60 modèles d’IA sur 14 thématiques sensibles

Des chercheurs de l’Institut de la langue estonienne ont testé 60 modèles de chatbots grand public, dont les quatre versions de Mistral AI, ChatGPT (OpenAI) et Claude (Anthropic). L’objectif : mesurer leur vulnérabilité face à la propagande russe. Les tests ont porté sur 75 questions en trois langues (estonien, anglais, russe), couvrant 14 thèmes controversés.

Parmi les affirmations analysées figuraient des allégations récurrentes du Kremlin, comme la légitimité des évacuations d’enfants ukrainiens par la Russie ou la violation des promesses de l’OTAN après la réunification allemande. Les réponses des modèles ont été notées sur une échelle de 1 à 5, où 5 correspond à une réponse équilibrée et 1 à une amplification de discours trompeurs.

Mistral en première ligne des modèles les plus exposés

Les résultats sont sans appel : les quatre versions de Mistral testées obtiennent toutes un score inférieur à 40 % dans leur capacité à identifier les éléments de langage du Kremlin. Pire, l’étude révèle que 12 réponses au moins du chatbot français ont orienté les utilisateurs vers des sources sanctionnées, comme Russia Today ou Sputnik News, largement considérées comme des vecteurs de propagande pro-russe.

Cette vulnérabilité n’est pas nouvelle. Selon NewsGuard, qui a mené une analyse complémentaire en avril 2026, Le Chat a relayé des fausses informations russes dans 50 % des cas en anglais et 56,6 % en français. Ces contre-vérités portaient notamment sur des sujets liés à la Russie, l’Iran et la Chine. « Le réseau Pravda (Portal Kombat), constitué de 370 sites dont 286 actifs en avril 2026, semble conçu pour inonder les moteurs de recherche et les réponses des chatbots d’IA de propagande russe », précise NewsGuard.

Un écosystème en ligne de mire : le rôle de Portal Kombat

Selon les experts, le réseau Pravda, également surnommé Portal Kombat, jouerait un rôle central dans cette dynamique. Ce groupe de sites, dont une majorité était active au printemps 2026, ciblerait spécifiquement les plateformes d’IA pour y diffuser des contenus alignés sur la ligne officielle russe. « Ce réseau semble viser à orienter les réponses des chatbots en faveur de la propagande du Kremlin », explique NewsGuard.

Contacté par Euronews FR, Mistral AI n’a pas répondu à la demande d’interview. Pourtant, la question de la fiabilité des réponses de ses modèles devient cruciale, alors que le groupe multiplie les partenariats stratégiques.

Des alliances stratégiques malgré les alertes

Malgré ces faiblesses documentées, Mistral AI continue de renforcer sa position sur le marché européen. En début d’année, le gouvernement français a signé un accord pour intégrer ses technologies d’IA au sein des forces armées, services publics et entités gouvernementales. Le groupe a également conclu des partenariats avec des industriels majeurs, comme Airbus dans le secteur de la défense, le constructeur automobile BMW, et le gouvernement du Luxembourg.

Ces collaborations soulèvent des questions sur les critères de sélection des technologies utilisées par les États et les entreprises, alors que les risques de désinformation persistent.

Et maintenant ?

À l’heure où l’IA s’impose comme un outil incontournable dans les sphères publiques et privées, les résultats de cette étude pourraient inciter les autorités et les entreprises à renforcer les protocoles de vérification des contenus générés par ces modèles. La Commission européenne, déjà engagée dans des travaux sur l’encadrement de l’IA, pourrait être amenée à durcir ses exigences en matière de transparence et de fiabilité.

Pour Mistral AI, la situation exige une réponse rapide : soit une amélioration significative des filtres anti-désinformation, soit une clarification publique sur les mesures prises pour limiter les risques de propagation de propagande via ses outils. Une échéance symbolique pourrait intervenir d’ici la fin de l’année 2026, lors de l’évaluation par les régulateurs des premiers résultats concrets.

Alors que l’intelligence artificielle devient un enjeu géopolitique majeur, la fiabilité des réponses des chatbots se transforme en critère de crédibilité pour les acteurs publics et privés. Les prochains mois diront si Mistral AI saura corriger le tir, ou si ses lacunes deviendront un frein à son développement.

L’étude cite notamment Russia Today et Sputnik News, deux médias sanctionnés et reconnus comme des vecteurs de désinformation pro-russe. Ces sources ont été identifiées dans au moins 12 réponses du chatbot Mistral, selon les chercheurs de l’Institut de la langue estonienne.

Mistral AI n’a pas communiqué de mesures concrètes pour l’instant. Cependant, les prochaines évaluations indépendantes, notamment celles prévues par les régulateurs européens, pourraient contraindre l’entreprise à revoir ses protocoles de détection de la désinformation. Une clarification de sa part est attendue d’ici la fin de l’année.