Il y a quatre-vingts ans, le 8 mai 1946, Raymond Du Perron de Maurin était fusillé à Rennes après avoir été condamné pour intelligence avec l’ennemi. Ce Dinardais, passé par le front russe en 1941 avant de devenir commissaire aux questions juives à Rennes puis chef de la Milice en Ille-et-Vilaine, incarne l’un des parcours les plus controversés de la collaboration en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Selon Ouest France, son histoire, marquée par un engagement précoce aux côtés du régime nazi, illustre les ramifications locales d’un collaborationnisme organisé, souvent moins médiatisé que les figures parisiennes.
Ce qu'il faut retenir
- Raymond Du Perron de Maurin s’est engagé comme volontaire français sur le front russe dès 1941, avant de rejoindre les rangs de la collaboration en Bretagne.
- Il a occupé les fonctions de commissaire aux questions juives à Rennes avant de devenir chef de la Milice dans ce département.
- En août 1944, il fuit en Allemagne avec sa femme et leurs six enfants, avant de se rendre aux Alliés.
- Condamné à mort pour intelligence avec l’ennemi en 1946, il est exécuté à Rennes le 8 mai de la même année.
- Son cas reflète l’étendue de l’engagement collaborationniste en Bretagne, une région pourtant marquée par une résistance notable.
Un engagement précoce aux côtés des nazis
Dès 1941, Raymond Du Perron de Maurin n’hésite pas à rejoindre les rangs des volontaires français combattant aux côtés de la Wehrmacht sur le front russe. Ce choix, bien que minoritaire, s’inscrit dans une logique de soutien actif au régime nazi, alors en pleine expansion militaire. Selon les archives consultées par Ouest France, son engagement précoce contraste avec celui de nombreux collaborationnistes bretons, souvent plus opportunistes que convaincus. Bientôt, il se distingue par son zèle, ce qui lui ouvre les portes d’une carrière au sein de l’administration collaborationniste en Bretagne.
À partir de 1943, il occupe le poste de commissaire aux questions juives à Rennes, une fonction clé dans la mise en œuvre des politiques antisémites du régime de Vichy. Ce rôle lui vaut une réputation de radicalité, même parmi les cercles collaborationnistes. Les historiens soulignent que, dans cette région, la Milice – dont il deviendra plus tard le chef en Ille-et-Vilaine – a joué un rôle actif dans la répression des résistants et des opposants politiques, en plus de participer à la traque des Juifs.
La fuite en Allemagne et la reddition
Alors que les Alliés progressent en France à l’été 1944, Du Perron de Maurin organise sa fuite vers l’Allemagne avec sa famille. Le 8 août, il quitte Rennes en compagnie de sa femme et de leurs six enfants, emportant avec lui les derniers espoirs d’un régime en déroute. Ce départ précipité, typique de nombreux collaborateurs, vise à échapper aux représailles immédiates des Forces françaises de l’intérieur (FFI) et à négocier une reddition plus favorable auprès des Alliés. Selon les témoignages recueillis par Ouest France, son arrivée en Allemagne ne lui apporte cependant pas la sécurité escomptée : les autorités nazies, en pleine décomposition, ne lui offrent qu’un soutien limité.
Finalement, il se rend aux Américains en 1945, probablement dans l’espoir d’échapper à une condamnation immédiate. Pourtant, les procédures judiciaires se mettent rapidement en place : son dossier, examiné par les tribunaux d’épuration, retient contre lui non seulement son engagement militaire aux côtés des nazis, mais aussi ses responsabilités locales dans la répression. Le 8 mai 1946, il est fusillé dans la cour de la prison de Rennes, à l’âge de 42 ans.
Un héritage local et national
Le parcours de Raymond Du Perron de Maurin illustre la diversité des engagements collaborationnistes en France, souvent réduits à la figure parisienne de Philippe Pétain ou à celle, plus symbolique, de Pierre Laval. En Bretagne, où la résistance fut particulièrement active, des réseaux collaborationnistes se sont structurés autour de figures locales comme lui. Les archives départementales d’Ille-et-Vilaine conservent d’ailleurs des documents attestant de son rôle dans la traque des résistants et des Juifs, notamment via des dénonciations et des rafles organisées par la Milice sous son commandement.
Quatre-vingts ans après son exécution, son cas reste un sujet de débats parmi les historiens. Pour certains, il symbolise la banalisation du mal au sein de l’administration collaborationniste, où des fonctionnaires ordinaires ont appliqué avec zèle des politiques criminelles. Pour d’autres, il incarne une forme de « collaboration par opportunisme », où l’engagement idéologique aurait été moins marqué que la recherche d’un avantage personnel. Quoi qu’il en soit, son histoire rappelle que la Bretagne, souvent présentée comme un bastion de la résistance, a aussi été le théâtre d’une collaboration active, même si elle fut moins médiatisée que dans d’autres régions.
Quatre-vingts ans après sa mort, l’histoire de Raymond Du Perron de Maurin sert toujours de miroir à une époque où la frontière entre collaboration et résistance fut souvent floue, même dans les régions les plus engagées dans la lutte contre l’occupant.
La Milice française, créée en 1943, a opéré en Bretagne comme dans le reste du pays en tant qu’auxiliaire de la Gestapo et de la police allemande. Elle était chargée de traquer les résistants, les opposants politiques et les Juifs, en plus de participer à des opérations de maintien de l’ordre au service du régime de Vichy. Dans le département d’Ille-et-Vilaine, sous l’autorité de Du Perron de Maurin, la Milice a notamment organisé des rafles et des dénonciations, contribuant à la répression des réseaux clandestins.