Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), a annoncé vouloir « réduire de moitié » la contribution nette de la France au budget de l’Union européenne si son parti remporte l’élection présidentielle de 2027. Dans un entretien accordé à Politico et publié le 15 juin 2026 par BFM Business, le leader d’extrême droite a précisé ses intentions, alors que les débats sur le budget pluriannuel de l’UE pour 2028-2034 s’intensifient à Bruxelles.

Ce qu'il faut retenir

  • Réduction de moitié de la contribution nette française au budget de l’UE, passant de 12 à 15 milliards d’euros actuellement à 6 ou 7,5 milliards en cas de victoire du RN.
  • Négociations envisagées avec la Commission européenne pour diminuer, entre autres, les dépenses de fonctionnement jugées « excessives ».
  • Critique d’une UE qualifiée de « totalement obsolète », notamment sur les questions de défense, et dénonciation d’un « scandale démocratique ».
  • Le RN maintient sa position sur l’Otan : pas de sortie du traité, mais un retrait du commandement intégré pour retrouver une souveraineté stratégique.
  • Condamnation du positionnement « erratique » de Donald Trump et de sa doctrine Monroe, perçue comme un retour à l’isolationnisme américain.
  • Le budget 2028-2034 de l’UE est en discussion, avec un objectif d’accord d’ici fin 2026, avant l’élection présidentielle française.

Une contribution française jugée « excessive » et un projet de réduction ambitieux

Dans son entretien à Politico, repris par BFM Business, Jordan Bardella a présenté son projet comme une réponse à ce qu’il considère comme une contribution « excessive » de la France au budget européen. « Au lieu de voter une contribution au budget de l’Union européenne à 12 ou 15 milliards [d’euros], eh bien, elle sera réduite de moitié », a-t-il affirmé. Pour justifier cette baisse, le président du RN a expliqué vouloir négocier directement avec la Commission européenne, en ciblant notamment les dépenses de fonctionnement qu’il juge superflues.

Cette annonce intervient alors que les négociations sur le cadre financier pluriannuel de l’UE pour 2028-2034 sont en cours à Bruxelles. Selon Bardella, l’objectif des institutions européennes serait de finaliser cet accord d’ici la fin de l’année 2026, soit quelques mois avant l’élection présidentielle française. « L’idée est évidemment de verrouiller le budget avant potentiellement un changement de majorité en France », a-t-il dénoncé, évoquant une UE « profondément antidémocratique » qui agirait « au-dessus des peuples ».

Défense et sécurité : le RN cible l’Otan et la politique européenne de défense

Parmi les autres sujets abordés par Jordan Bardella, la défense occupe une place centrale. Le leader du RN a qualifié l’Union européenne de « totalement obsolète » sur ce thème, pointant notamment le manque de cohérence des États membres. « Nous ne sommes pas pour sortir de l’Otan », a-t-il précisé. « En revanche, nous sommes pour sortir du commandement intégré de l’Otan pour retrouver des marges de manœuvre. » Cette position s’inscrit dans une volonté de restaurer une souveraineté nationale en matière de sécurité, tout en maintenant une alliance stratégique avec les États-Unis.

Cette nuance est importante : le RN exclut une sortie de l’Otan tant que la guerre persiste aux portes de l’Europe. Une posture qui reflète à la fois une critique de l’intégration militaire actuelle et une prudence géopolitique, alors que la menace russe reste prégnante à l’est du continent. Bardella a également souligné l’importance de repenser le rôle de l’Alliance atlantique, dans un contexte où les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, adoptent des positions jugées « erratiques » et « changeantes » par le RN.

Critique de l’administration Trump et de la doctrine Monroe

Jordan Bardella s’est longuement attardé sur la politique étrangère américaine, qu’il juge dangereuse pour l’Europe. Il a dénoncé un « renouement » de Donald Trump avec la doctrine Monroe, perçue comme un retour à un isolationnisme américain où les États-Unis se placeraient au-dessus des autres nations. « Le positionnement des États-Unis est d’erratique, extrêmement mouvant et extrêmement changeant », a-t-il déclaré, soulignant les risques d’un désengagement militaire américain en Europe. Cette analyse s’ajoute aux tensions commerciales actuelles, où Washington menace régulièrement d’imposer des droits de douane massifs sur les produits français, comme les vins et champagnes, en réponse à la taxe numérique française.

Pour le RN, cette instabilité américaine justifie encore davantage la nécessité pour l’Europe — et la France en particulier — de retrouver une autonomie stratégique. Bardella a insisté sur l’urgence de renforcer les capacités européennes en matière de défense, sans pour autant remettre en cause l’alliance transatlantique dans son ensemble.

L’abandon du Frexit, mais pas de l’idée de « tout changer sans rien détruire »

Bien que le Rassemblement national ait abandonné depuis plusieurs années son projet de sortie de l’Union européenne (Frexit), Jordan Bardella a réaffirmé sa volonté de « tout changer sans rien détruire ». Cette formule, souvent reprise par le parti, résume sa stratégie : réformer en profondeur les institutions européennes depuis l’intérieur, plutôt que de les quitter. Le leader du RN a dénoncé à plusieurs reprises ce qu’il qualifie de « scandale démocratique », accusant l’UE de fonctionner sans tenir compte des aspirations des peuples européens.

Cette rhétorique s’inscrit dans un contexte où les partis eurosceptiques progressent dans plusieurs États membres, notamment en France, en Italie ou aux Pays-Bas. Pour Bardella, la réduction de la contribution française au budget européen serait un premier pas concret vers cette refonte, avant d’autres réformes plus structurelles si le RN accède au pouvoir.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront à la fois des négociations en cours à Bruxelles sur le budget 2028-2034 et du calendrier politique français. Si un accord est trouvé d’ici fin 2026, comme le souhaite la Commission européenne, le RN aura moins de marge de manœuvre pour remettre en cause les dépenses déjà actées. Par ailleurs, la candidature de Jordan Bardella à l’élection présidentielle de 2027 reste conditionnée à la situation judiciaire de Marine Le Pen, qui pourrait l’empêcher de se présenter. Enfin, les relations entre la France et l’UE devraient rester tendues dans les mois à venir, avec des débats récurrents sur la souveraineté, la défense et le poids économique des contributions nationales.

En attendant, les déclarations de Jordan Bardella visent autant les institutions européennes que les électeurs français, dans une stratégie de positionnement pour les prochains scrutins. Son discours, à la fois critique envers l’UE et pragmatique sur l’Otan, reflète une ligne où la souveraineté nationale prime, sans rupture brutale avec les alliances existantes.

Le Rassemblement national considère que la contribution nette de la France au budget européen est « excessive ». Selon Jordan Bardella, cette réduction permettrait de récupérer des marges de manœuvre budgétaires pour financer des priorités nationales, tout en dénonçant une UE jugée « antidémocratique » et éloignée des préoccupations des citoyens.

Non. Le RN exclut une sortie de l’Alliance atlantique, mais souhaite se retirer du commandement intégré pour retrouver une souveraineté stratégique. Cette position s’applique tant que la guerre persiste aux portes de l’Europe, notamment en Ukraine.