Alors que la République démocratique du Congo (RDC) fait face à la 17e épidémie d'Ebola de son histoire, Médecins sans frontières (MSF) tire la sonnette d'alarme sur l'ampleur de la crise sanitaire. Selon BMF - International, l'ONG dénonce une réponse « insuffisante » et des « lacunes dangereuses » dans la lutte contre la propagation du virus, un mois après la déclaration officielle de l'épidémie le 15 mai 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • L'épidémie d'Ebola en RDC progresse plus vite que les capacités de réponse mises en place sur le terrain, selon MSF.
  • La souche Bundibugyo, pour laquelle aucun vaccin ni traitement n'est homologué, circule dans les provinces d'Ituri et du Nord-Kivu.
  • L'OMS recense 782 cas, dont 181 décès, mais MSF estime que ces chiffres ne reflètent qu'une partie de la réalité.
  • Le taux de létalité s'élève à 23 %, tandis que seulement 70 % des contacts sont correctement tracés, contre 45 % début juin.
  • Les principaux freins identifiés sont le manque de dépistage, l'insécurité dans certaines zones et la méfiance des populations locales.

Une épidémie qui dépasse les capacités de réponse

« Un mois après la déclaration d'épidémie, la maladie progresse plus rapidement que la réponse », a déclaré Kate White, coordinatrice médicale d'urgence de MSF en RDC. Dans un communiqué publié le 15 juin 2026, l'ONG souligne que « personne ne connaît l'ampleur réelle de l'épidémie en RDC, ni quelles sont précisément les zones où le virus circule ». Elle appelle à une mobilisation « à la hauteur de la crise en cours », alors que les équipes sur le terrain peinent à suivre l'évolution de la situation.

La RDC, pays de plus de 100 millions d'habitants, avait déclaré l'épidémie le 15 mai 2026. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déclenché l'alerte sanitaire internationale deux jours plus tard. Pourtant, malgré l'intensification récente des efforts, MSF met en lumière des « lacunes majeures » dans plusieurs domaines : diagnostic, surveillance, recherche des contacts et engagement communautaire. « En dépit de l'intensification récente de la réponse, d'importantes lacunes compromettent les efforts visant à contrôler l'épidémie », précise l'ONG.

Des chiffres officiels incomplets et une souche sans traitement

Selon les dernières données de l'OMS, transmises par les autorités congolaises, 782 cas ont été recensés, dont 181 décès. Cependant, MSF estime que ces chiffres « ne reflètent probablement qu'une partie de la réalité ». La souche Bundibugyo, à l'origine de l'épidémie actuelle, n'a ni vaccin ni traitement homologué, ce qui complique davantage la prise en charge des patients.

Le taux de létalité de l'épidémie s'élève pour l'instant à 23 %, un chiffre qui reste sous surveillance étroite. Frédéric Lai Manantsoa, coordinateur d'urgence de MSF en RDC, a souligné lors d'une conférence de presse que « l'épidémie peut encore être maîtrisée, mais plus nous attendons, plus la marge de manœuvre se réduit ». Une course contre la montre s'est engagée pour endiguer la propagation du virus avant qu'il ne s'étende davantage.

Des faiblesses persistantes dans la réponse sanitaire

Parmi les principaux défis identifiés par MSF, le dépistage reste l'un des maillons faibles de la chaîne. Malgré des améliorations récentes des capacités de laboratoire et l'arrivée de centaines de tests mobiles dans l'est de la RDC, de nombreuses zones, en particulier celles touchées par l'insécurité, n'ont toujours qu'un accès limité à ces tests. « Les centres de traitement continuent d'attendre longtemps les résultats des tests », explique Kate White. Dans la région du Nord-Kivu, un seul laboratoire est disponible pour analyser les échantillons sanguins, entraînant des délais de plusieurs jours.

La méfiance des populations locales aggrave également la situation. Dans la province d'Ituri, qui comptabilise près de 95 % des cas recensés, MSF a observé « de la peur et de la méfiance parmi les habitants face à l'arrivée soudaine des équipes de réponse Ebola ». Frédéric Lai Manantsoa a rappelé que « mettre en place des activités et expliquer la maladie ne suffit pas à instaurer la confiance — il faut aussi écouter les préoccupations de la population et l'inclure pleinement dans la réponse ».

Et maintenant ?

Pour tenter de rattraper le retard accumulé, MSF indique envoyer des équipes dans « des zones plus reculées et instables » afin d'améliorer les capacités de détection et de réponse là où des alertes sont signalées. L'ONG insiste sur la nécessité d'une coordination renforcée entre les acteurs locaux et internationaux, ainsi que sur l'importance de la communication avec les communautés affectées. La situation reste sous haute surveillance, avec une épidémiologie qui pourrait évoluer rapidement dans les prochaines semaines.

Un rappel des enjeux et des leçons du passé

Cette épidémie survient alors que MSF, qui avait été l'un des critiques les plus virulents de l'OMS lors de la grande épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest (2013-2016), avait pointé du doigt le manque de réactivité de l'organisation. La crise de 2013-2016, la plus violente de l'histoire, avait causé plus de 11 300 morts sur quelque 29 000 cas, principalement en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. Les leçons de cette tragédie semblent encore peser sur les décisions actuelles.

La situation en Ituri, où la majorité des cas sont recensés, reste particulièrement préoccupante en raison de l'insécurité persistante. Les équipes de MSF doivent composer avec un environnement hostile, où l'accès aux populations est souvent restreint. « Nous devons agir rapidement pour éviter une nouvelle crise humanitaire », a conclu Kate White. L'épidémie d'Ebola en RDC, si elle n'est pas maîtrisée, pourrait en effet s'étendre bien au-delà des frontières congolaises, avec des conséquences potentiellement désastreuses.

La souche Bundibugyo d'Ebola, identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007, est moins connue que d'autres variantes comme la souche Zaïre, responsable de l'épidémie en Afrique de l'Ouest. Elle présente un taux de létalité élevé, estimé entre 20 % et 50 % selon les épidémies, et aucun vaccin ni traitement n'est actuellement homologué contre elle. Son identification et sa prise en charge sont donc plus complexes, ce qui explique en partie les difficultés rencontrées par les équipes médicales en RDC.

MSF et l'OMS misent sur plusieurs axes : renforcer les capacités de dépistage, notamment dans les zones reculées et instables, améliorer le traçage des contacts, et renforcer l'engagement communautaire pour lutter contre la méfiance des populations. Des missions supplémentaires sont prévues dans les prochaines semaines pour couvrir les zones les plus touchées, comme Ituri et le Nord-Kivu. La situation reste cependant très volatile, et l'évolution dépendra en grande partie de la capacité à mobiliser rapidement les ressources nécessaires.