Les cours du blé, du maïs et du soja ont fortement progressé mardi 12 mai après la publication du dernier rapport de l'USDA, le ministère américain de l'Agriculture, selon BFM Business. Ce document, attendu chaque année à cette période, marque la fin d'une décennie d'abondance pour les céréales mondiales et annonce une baisse des récoltes pour la campagne 2026-2027, entraînant une hausse des prix sur les marchés.
Ce qu'il faut retenir
- La production mondiale de blé devrait reculer de 3 % à 819,1 millions de tonnes en 2026-2027, selon l'USDA, avec une chute marquée aux États-Unis, en Union européenne, en Argentine et en Australie.
- Le prix du blé a bondi de près de 7 % à la Bourse de Chicago, tandis que le maïs et le soja enregistraient des hausses plus modérées, entre 1 % et 1,5 %.
- La sécheresse dans les Grandes Plaines américaines, notamment au Kansas où 65 % des sols sont en déficit hydrique, aggrave la situation pour le blé.
- Les stocks mondiaux de céréales devraient se réduire, alimentant une tension sur les prix déjà exacerbée par le blocage du détroit d'Ormuz et la hausse des coûts des engrais.
- Certains analystes, comme ceux d'Argus Media, estiment que les prévisions de l'USDA pourraient être surévaluées, notamment en Europe et en Russie.
Une campagne marquée par le recul des récoltes mondiales
Le rapport annuel de l'USDA, publié mardi soir, dresse un tableau contrasté pour les céréales en 2026-2027. Après plusieurs années de surplus et de stocks élevés, les prévisions annoncent un net repli. La production mondiale de blé, par exemple, est attendue à 819,1 millions de tonnes, soit une baisse de 3 % par rapport à la campagne précédente. Cette diminution touche particulièrement les grands exportateurs : les États-Unis, l'Union européenne, l'Argentine et l'Australie voient leurs volumes reculer, indique le document.
Côté américain, la sécheresse dans les Grandes Plaines pèse lourdement sur les perspectives. « Au Kansas, principal État producteur de blé, l'USDA a récemment indiqué que 65 % de la couche arable et 64 % du sous-sol présentaient un déficit hydrique », souligne Carsten Fritsch, analyste chez Commerzbank, cité par BFM Business. Cette situation devrait se traduire par une récolte américaine en net recul, avec 11 millions de tonnes de moins que l'an passé.
Pour le maïs, la production mondiale est projetée à 1,295 milliard de tonnes, en baisse de 1 %. La réduction des stocks est davantage liée à une consommation en hausse qu'à un déclin des surfaces cultivées, bien que certains arbitrages soient déjà envisagés aux États-Unis, où le soja pourrait prendre le pas sur le maïs.
Des prix sous pression en raison de tensions multiples
La publication du rapport a immédiatement fait réagir les marchés. Le prix du blé, céréale stratégique pour l'alimentation humaine, a enregistré une hausse de près de 7 % à la Bourse de Chicago, tandis que le maïs et le soja affichaient des progressions plus modestes, entre 1 % et 1,5 %. Cette réaction s'est prolongée mercredi, confirmant la nervosité des investisseurs face à l'évolution de l'offre.
Plusieurs facteurs expliquent cette tension sur les prix. D'abord, la baisse des stocks mondiaux de blé, anticipée par l'USDA, devrait alimenter un renchérissement de la céréale. Ensuite, les coûts de production explosent. Depuis le blocage du détroit d'Ormuz en février 2026, le prix de la solution azotée, engrais clé en Europe, a augmenté de 30 à 40 %. « Semer, pas semer ? Beaucoup d'agriculteurs se posent la question. Les coûts des engrais sont colossaux. On ne peut pas produire à perte », a déclaré Benoît Piétrement, président du conseil spécialisé des grandes cultures de FranceAgriMer, lors d'une intervention publique.
La situation est telle que « 2,5 tonnes de blé sont nécessaires pour acheter une tonne d'engrais » au prix actuel, selon FranceAgriMer. Une équation insoutenable pour de nombreux exploitants, alors que les rendements pourraient aussi être affectés par l'arrivée du phénomène climatique El Niño et la poursuite du conflit au Moyen-Orient, deux éléments de risque intégrés dans les prévisions de l'USDA.
Des divergences d'analyse sur l'ampleur du recul
Si le rapport de l'USDA fait autorité, certains experts estiment que les prévisions pourraient être exagérément pessimistes. C'est le cas d'Argus Media, qui estime que l'institution américaine sous-estime les récoltes de blé en Europe et en Russie. « Nous estimons que l'USDA sous-estime les productions de blé de 8 à 10 millions de tonnes en Europe et en Russie, où les conditions de culture restent très bonnes », a déclaré Maxence Devillers, analyste chez Argus Media.
« Il est normal que les prévisions de production baissent après les rendements exceptionnels de l'an dernier. Mais à ce stade, pour nous, l'USDA tend artificiellement le bilan mondial », a-t-il ajouté. Une analyse qui contraste avec celle de la plateforme de courtage StoneX, pour qui « le marché des céréales et oléagineux est sous l'effet de plusieurs facteurs haussiers », dont une offre d'engrais plus restreinte et une demande soutenue.
Pour le soja, la situation est différente : la production mondiale est attendue en hausse de 3 % à 441,5 millions de tonnes, mais cette progression est absorbée par une consommation en forte croissance, notamment pour les biocarburants. Les stocks devraient donc rester stables, mais les prix pourraient grimper en raison de la demande chinoise, dont les achats pourraient être relancés lors de la rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump, prévue dans les prochains mois.
Des réactions attendues dans les prochains mois
Les acteurs du secteur agricole et les gouvernements devraient multiplier les prises de position dans les semaines à venir. En Europe, où la baisse des surfaces cultivées en blé est déjà visible, la Commission pourrait être amenée à évaluer l'opportunité de mesures de soutien aux agriculteurs. Aux États-Unis, le département de l'Agriculture pourrait ajuster ses prévisions en fonction des données météo et des premiers résultats des semis.
Côté marché, la volatilité devrait persister tant que les stocks ne se seront pas reconstitués. Les importateurs, notamment en Afrique et au Moyen-Orient, pourraient se tourner vers de nouveaux fournisseurs ou accélérer leurs achats par crainte de pénuries, ce qui pourrait encore alimenter la hausse des prix.
Reste à voir si les prévisions d'Argus Media ou d'autres analystes, plus optimistes que l'USDA, se vérifieront. Une chose est sûre : après une décennie d'abondance, le monde agricole entre dans une période de transition où chaque tonne de céréale comptera.
Le détroit d'Ormuz est une voie maritime stratégique pour le transport des engrais et des céréales. Son blocage perturbe l'approvisionnement en engrais azotés, essentiels pour l'agriculture moderne. Leur prix a augmenté de 30 à 40 % depuis février 2026, ce qui renchérit les coûts de production et peut pousser certains agriculteurs à réduire leurs surfaces cultivées ou à changer de culture, limitant ainsi l'offre globale.
El Niño est un phénomène climatique qui se caractérise par un réchauffement anormal des eaux du Pacifique, entraînant des perturbations météorologiques mondiales. Il peut provoquer des sécheresses dans certaines régions productrices de céréales (comme l'Australie ou l'Argentine) et des pluies excessives dans d'autres, affectant les rendements. L'USDA a intégré ce risque dans ses prévisions, contribuant à l'incertitude sur les récoltes de 2026-2027.