Le règlement européen sur les retours des migrants en situation irrégulière, définitivement adopté par le Parlement européen mercredi 11 juin 2026, entre immédiatement en vigueur. Ce texte, fruit de huit ans de négociations, remplace la directive précédente jugée « dysfonctionnelle » et ouvre de nouvelles perspectives pour les États membres, notamment la possibilité de créer des centres de rétention hors d’Europe en coopération avec des pays tiers. François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains au Parlement européen et eurodéputé, détaille pour Le Figaro les opportunités offertes par ce dispositif, tout en pointant du doigt les hésitations de l’exécutif français à en tirer pleinement parti.

Ce qu'il faut retenir

  • Le règlement retour, voté définitivement le 11 juin 2026, remplace une directive européenne jugée inefficace après des décennies d’échecs dans la gestion des retours des migrants en situation irrégulière.
  • Il autorise les États membres à instaurer des centres de rétention hors d’Europe, une mesure permettant de contourner le « chantage » de certains pays refusant de reprendre leurs ressortissants.
  • François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains, souligne que 8 ans de blocage ont précédé l’adoption de ce texte, dont l’application est immédiate.
  • L’eurodéputé critique l’inaction française et demande à l’exécutif de s’emparer de ce dispositif pour renforcer la lutte contre l’immigration illégale.

Un outil juridique pour mettre fin à l’impuissance européenne

Pour François-Xavier Bellamy, ce règlement marque une rupture avec l’ancien cadre légal. « Le règlement retour va s’appliquer immédiatement, comme nous l’avons obtenu après une dernière négociation », explique-t-il au Figaro. Selon lui, ce texte met fin à l’impuissance de l’Europe face à l’immigration illégale, un enjeu récurrent depuis des années. L’un des principaux obstacles à l’efficacité des retours résidait jusqu’ici dans le refus de certains pays tiers de reprendre leurs ressortissants. Avec ce nouveau dispositif, les États membres pourront désormais contourner ce blocage en organisant des retours via des centres situés hors d’Europe.

Des centres de rétention hors d’Europe : une solution controversée mais opérationnelle

L’une des innovations majeures de ce règlement concerne précisément la création de ces centres, où les migrants en situation irrégulière pourraient être détenus en attendant leur expulsion. « Aujourd’hui, des étrangers issus de ces pays savent qu’ils ne seront jamais expulsés », souligne Bellamy. « S’ils reçoivent une obligation de quitter le territoire, ils restent simplement sur place. » Avec ces centres, les États européens gagnent en levier de pression : les pays concernés, sous peine de perdre des accords de coopération, seraient incités à coopérer activement aux retours. « C’est la fin du chantage exercé par les pays qui refusent de reprendre leurs propres ressortissants », martèle l’eurodéputé.

La France, à la traîne dans l’application du règlement ?

Si le texte est désormais en vigueur, son application concrète dépendra de la volonté des États membres. François-Xavier Bellamy s’interroge sur la détermination de la France à utiliser ces nouveaux outils. « Après des décennies d’échec, et huit ans de blocage dans la révision de la directive précédente, nous mettons fin à l’impuissance de l’Europe face à l’immigration illégale », rappelle-t-il. Pourtant, aucune annonce officielle n’a encore été faite par l’exécutif français concernant la mise en place de tels centres. L’eurodéputé, qui n’est affilié à aucun groupe gouvernemental, appelle donc le gouvernement à saisir cette opportunité pour renforcer la politique migratoire du pays.

« Le règlement retour va s’appliquer immédiatement, comme nous l’avons obtenu après une dernière négociation. Il remplace le cadre légal dysfonctionnel qui prévalait en la matière. »
— François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains au Parlement européen, Le Figaro, 16 juin 2026

Quel impact sur le nombre de retours ?

L’efficacité de cette mesure reste à démontrer. Pour Bellamy, la clé réside dans la coopération avec les pays tiers. Sans leur collaboration, les centres de rétention ne pourront remplir leur rôle. Aujourd’hui, les migrants en situation irrégulière savent que leurs chances d’être expulsés sont quasi nulles. Avec ce nouveau dispositif, la donne pourrait changer. « Nos États pourront par exemple créer des centres de retour hors d’Europe », précise-t-il. Cette approche permettrait non seulement de désengorger les systèmes de rétention européens, mais aussi d’accélérer les procédures d’éloignement.

Et maintenant ?

L’adoption du règlement retour marque une étape importante, mais son succès dépendra de son application par les États membres. La France, qui n’a pas encore communiqué sur une éventuelle mise en place de centres de rétention hors d’Europe, pourrait être appelée à se positionner d’ici la fin de l’année. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer si l’exécutif français entend faire de ce texte un levier concret contre l’immigration illégale. Par ailleurs, les associations de défense des droits des migrants pourraient contester cette mesure devant les tribunaux, ce qui retarderait ou limiterait son déploiement.

Reste à voir si les pays européens, et notamment la France, sauront transformer ce cadre juridique en une politique migratoire efficace. Une chose est sûre : avec ce règlement, l’Union européenne dispose désormais d’un outil inédit pour tenter de reprendre le contrôle d’une question qui divise depuis des années.

Le règlement ne désigne aucun pays en particulier. Les États membres devront négocier des accords bilatéraux avec des pays tiers, notamment en Afrique du Nord ou en Afrique subsaharienne. Des discussions pourraient s’engager avec des pays comme le Maroc, la Tunisie ou encore le Sénégal, mais aucun nom n’a été évoqué officiellement à ce stade.

C’est l’objectif affiché par ses promoteurs. Aujourd’hui, moins de 40 % des obligations de quitter le territoire français (OQTF) donnent lieu à une expulsion effective. Avec les centres de rétention hors d’Europe, les autorités espèrent améliorer ce taux en facilitant les retours via des accords avec les pays d’origine.