Le Parlement européen a adopté mercredi 17 juin, à une large majorité, le règlement retour, un texte controversé qui durcit la politique migratoire de l’Union en permettant la création de centres de rétention hors des frontières européennes pour les demandeurs d’asile déboutés. Le scrutin s’est soldé par 418 voix pour, 218 contre et 30 abstentions, selon les résultats publiés par l’institution. L’adoption de cette réforme, soutenue par le gouvernement français, s’est notamment appuyée sur les voix de l’extrême droite, une alliance que le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, a qualifiée de regrettable, sans pour autant remettre en cause le fond du texte.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Parlement européen a adopté le 17 juin le règlement retour sur les migrants, avec 418 voix pour, 218 contre et 30 abstentions.
  • Le texte prévoit la création de centres de rétention hors UE pour les demandeurs d’asile déboutés et un durcissement des recours.
  • Le ministre Benjamin Haddad a regretté l’adoption du texte grâce aux voix du Rassemblement national, tout en défendant son contenu.
  • Une partie de la gauche européenne a boudé les négociations, ce que le ministre a pointé du doigt pour expliquer l’absence de majorité plus large.
  • Le gouvernement français défend ce texte comme une avancée pour renforcer le contrôle des frontières et l’exécution des obligations de quitter le territoire.

Intervenant jeudi 18 juin dans l’émission « Les 4V » sur France 2, Benjamin Haddad a reconnu, sans détour, son désaccord avec la méthode d’adoption du texte. « Je regrette la façon, peut-être, dont le texte a été adopté », a-t-il déclaré, en référence à l’appui des députés du Rassemblement national (RN). « La vérité, c’est que vous aviez toute une partie de la gauche qui a décidé de ne pas prendre part à cette négociation », a-t-il ajouté, soulignant que ce désistement avait facilité le vote du texte.

Le ministre a défendu le bien-fondé du règlement retour, présenté comme un outil pour accélérer les retours des migrants en situation irrégulière. Selon lui, ce texte permettra de renforcer les mécanismes de rétention administrative, de prioriser les cas des étrangers jugés dangereux pour l’ordre public, et d’améliorer l’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF), dont seulement 20 % sont actuellement exécutées. « Aujourd’hui, on parle de 20 % d’OQTF exécutées sur le sol européen. Ce texte va permettre de faire du retour forcé la norme », a-t-il insisté.

Benjamin Haddad a balayé les critiques internes à sa majorité, notamment celles d’élus Renaissance qui estiment que le texte « passe une ligne rouge ». « Les Français ne s’intéressent pas à la politique politicienne et à la tambouille du Parlement européen. Ce qu’ils voient, c’est ce qu’il y a dans la rue : comment on maîtrise nos frontières, comment on contrôle l’immigration, comment on fait exécuter les OQTF », a-t-il argumenté. Pour lui, le RN, qui avait initialement qualifié le texte de « mortifère », a finalement voté en sa faveur, révélant une absence de cohérence idéologique au sein de l’extrême droite.

Le ministre a également rejeté l’idée selon laquelle ce texte s’inscrirait dans la continuité des revendications du RN. « Marine Le Pen s’était opposée à ce texte lorsque la Commission européenne a proposé cette révision. Finalement, ils l’ont voté. C’est pour ça qu’ils n’ont plus aucun logiciel. Je ne comprends pas ce qu’ils souhaitent », a-t-il lancé, soulignant les contradictions du parti sur les questions européennes.

« Le Rassemblement national, depuis des années, nous dit qu’il faut sortir des textes européens. Marine Le Pen s’était opposée à ce texte lorsque la Commission européenne a proposé cette révision du "règlement retour". [...] Finalement, ils l’ont voté. Mais c’est pour ça qu’ils n’ont plus aucun logiciel. Je ne comprends pas ce qu’ils souhaitent. »
Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l’Europe

Le règlement retour, négocié dans le cadre d’un compromis entre les États membres, vise à harmoniser les règles européennes en matière de retour des migrants en situation irrégulière. Il prévoit notamment que les pays de l’UE pourront conclure des accords avec des États tiers pour y installer des « hubs de retour », où les demandeurs d’asile déboutés seraient placés en attendant leur expulsion. Une mesure qui a suscité de vives critiques de la part des associations de défense des droits humains, ainsi que de plusieurs pays européens, notamment ceux du groupe de Visegrád (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie).

À l’inverse, le gouvernement français a salué cette avancée, la présentant comme une réponse à la crise migratoire persistante. « Ce texte va renforcer le pouvoir des États membres pour faire respecter leurs frontières et appliquer le droit », a argumenté Benjamin Haddad. Il a également mis en avant les fouilles administratives et les priorités de traitement des dossiers pour les étrangers considérés comme une menace pour l’ordre public, des mesures destinées à rassurer les électeurs sur la fermeté de la politique migratoire.

Le ministre a profité de son intervention pour répondre à une autre polémique, celle de l’interdiction du concert de La France insoumise (LFI) prévu pour la fête de la musique à Paris. Interrogé sur la décision du préfet de police de Paris d’annuler l’événement en raison de la présence d’artistes ayant tenu des propos jugés antisémites, Benjamin Haddad a défendu cette décision. « Pas quand cette manifestation peut représenter un trouble à l’ordre public. [...] Quand vous avez des chanteurs, des artistes qui ont tenu des propos antisémites sur Rachel Khan, qui promeuvent la violence, la question se pose », a-t-il expliqué. Il a également dénoncé les propos de l’élu de Saint-Denis, qui avait justifié les sifflets contre la Marseillaise par une prétendue « déshonneur » de la France à l’international, qualifiant ces déclarations d’« irresponsables » pour un élu de la République.

Et maintenant ?

Le texte doit désormais être transposé dans le droit national par chaque État membre, une étape qui pourrait donner lieu à de nouveaux débats, notamment en France où l’opposition de gauche a déjà annoncé son intention de contester certaines dispositions. Au Parlement européen, la mise en œuvre du règlement retour fera l’objet d’un suivi régulier, avec une évaluation prévue d’ici deux ans. En France, le gouvernement pourrait s’appuyer sur ce texte pour accélérer les expulsions, mais devra composer avec les réticences de certains partenaires européens, notamment sur la question des « hubs de retour » en dehors de l’UE.

Cette adoption intervient dans un contexte européen marqué par une montée des tensions sur la question migratoire, alors que plusieurs pays frontaliers de l’UE, comme l’Italie ou la Grèce, font face à une pression migratoire accrue. Elle intervient également alors que la France prépare activement l’organisation du G7 de 2026, dont l’un des axes centraux portera sur la coopération internationale en matière de lutte contre l’immigration clandestine.

Le règlement retour prévoit notamment la création de centres de rétention hors de l’UE pour les demandeurs d’asile déboutés, un durcissement des conditions de recours, la priorisation des cas des migrants jugés dangereux pour l’ordre public, et l’augmentation des obligations de quitter le territoire (OQTF) exécutées. Il renforce aussi les pouvoirs des États membres pour contrôler leurs frontières et appliquer les décisions d’éloignement.

Benjamin Haddad a exprimé son désaccord avec la méthode d’adoption du texte, qui s’est appuyée sur les voix de l’extrême droite. Il a pointé du doigt l’absence de participation de la gauche aux négociations, ce qui a facilité le vote. « Je regrette la façon, peut-être, dont le texte a été adopté », a-t-il déclaré, tout en défendant le fond du texte comme une avancée nécessaire pour contrôler l’immigration.